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      <title>La construction de l'homo islamicus en France depuis l’orientalisme classique jusqu’à nos
      jours</title>
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      <meta name="description" content="Ce travail avait pour principale visée de dresser de manière la plus exhaustive possible, une vision d'ensemble de l'image du « musulman » en France, image souvent emprunte de nombreux stéréotypes. Il s'agissait en adoptant tout d'abord un plan chronologique de retracer depuis le Moyen-Age, la construction progressive de cette image essentialisée ; il était dès lors possible de relever de nombreuses continuités avec notre siècle actuel. Le troisième moment de ce travail était pour finir une tentative d'exposition des travaux post-coloniaux ayant tenté de rompre avec une vision erronée de l'islam. La fin de ce mini-mémoire proposait néanmoins un dépassement des études post-coloniales en en montrant les faiblesses."/>
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      <h1 class="title">
         <a id="d5e1" shape="rect"/>La construction de l'homo islamicus en France depuis
              l’orientalisme classique jusqu’à nos jours</h1>
      <h2 class="subtitle">Présentation et approche critique de cette image essentialisée</h2>
      <h3 class="author">
         <span class="firstname">Charlotte</span>
         <span class="surname">Galland</span>
      </h3>
      <span class="orgname">ENS-Lyon<br/>
      </span>
      <code class="email">&lt;<a class="email" href="mailto:charlotte.galland@ens-lyon.fr " shape="rect">charlotte.galland@ens-lyon.fr </a>&gt;</code>
      <p class="copyright">Copyright © 2021 <a class="link" href="           http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/           " target="_top" shape="rect">Livret mis à disposition selon les termes de la Licence Creative
                Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale Partage dans les mêmes
                conditions 4.0 International</a>
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         </span>
      </p>
      <p class="title">
         <strong>Résumé</strong>
      </p>
      <p>Ce travail avait pour principale visée de dresser de manière la plus exhaustive
                possible, une vision d'ensemble de l'image du « musulman » en France, image souvent
                emprunte de nombreux stéréotypes. Il s'agissait en adoptant tout d'abord un plan
                chronologique de retracer depuis le Moyen-Age, la construction progressive de cette
                image essentialisée ; il était dès lors possible de relever de nombreuses
                continuités avec notre siècle actuel. Le troisième moment de ce travail était pour
                finir une tentative d'exposition des travaux post-coloniaux ayant tenté de rompre
                avec une vision erronée de l'islam. La fin de ce mini-mémoire proposait néanmoins un
                dépassement des études post-coloniales en en montrant les faiblesses. </p>
      <hr/>
      <p>
         <strong>Table des matières</strong>
      </p>
      <dl class="toc">
         <dt>
            <span class="chapter">
               <a href="#d5e29" shape="rect">1. Introduction</a>
            </span>
         </dt>
         <dt>
            <span class="chapter">
               <a href="#d5e121" shape="rect">2. La représentation du « musulman » durant
                l’« orientalisme classique » à l’époque coloniale, époque où régnait une
                « islamophobie savante »</a>
            </span>
         </dt>
         <dd>
            <dl>
               <dt>
                  <span class="sect1">
                     <a href="#d5e123" shape="rect">Les ancêtres de l’orientalisme classique :
                    un rappel historique nécessaire avant d’aborder la période proprement coloniale
                    pour pleinement saisir comment a émergé par la suite
                l’orientalisme</a>
                  </span>
               </dt>
               <dd>
                  <dl>
                     <dt>
                        <span class="sect2">
                           <a href="#d5e125" shape="rect">Les premiers discours chrétiens au
                        Moyen-Age </a>
                        </span>
                     </dt>
                     <dt>
                        <span class="sect2">
                           <a href="#d5e150" shape="rect">Une période s’étendant de la Réforme au
                        siècle des Lumières ayant été marquée par une plus grande diversité de
                        discours sur l’islam</a>
                        </span>
                     </dt>
                  </dl>
               </dd>
               <dt>
                  <span class="sect1">
                     <a href="#d5e179" shape="rect">La naissance de l’« orientalisme classique »
                    ayant consolidé le « mythe musulman » dans le cadre de la période coloniale
                    amorcée à partir du XVIII<sup>e</sup> siècle </a>
                  </span>
               </dt>
               <dd>
                  <dl>
                     <dt>
                        <span class="sect2">
                           <a href="#d5e182" shape="rect">Qu’est-ce que
                      l’orientalisme ?</a>
                        </span>
                     </dt>
                     <dt>
                        <span class="sect2">
                           <a href="#d5e221" shape="rect">Ernest Renan, une figure emblématique de
                        l’orientalisme classique ayant donné une véritable assise universitaire à ce
                        courant en soutenant que l’islam était par nature opposé à toute forme de
                        science</a>
                        </span>
                     </dt>
                  </dl>
               </dd>
               <dt>
                  <span class="sect1">
                     <a href="#d5e270" shape="rect">Le mythe orientaliste d’une sexualité
                    débridée et déviante des hommes et des femmes, ces dernières étant
                    nécessairement soumises à l’ordre patriarcal</a>
                  </span>
               </dt>
               <dd>
                  <dl>
                     <dt>
                        <span class="sect2">
                           <a href="#d5e272" shape="rect">La polygamie comme trait propre à
                        l’islam étant à l’origine de nombreux maux</a>
                        </span>
                     </dt>
                     <dt>
                        <span class="sect2">
                           <a href="#d5e299" shape="rect">Un mythe orientaliste d’une sexualité
                        débridée se retrouvant particulièrement en littérature </a>
                        </span>
                     </dt>
                  </dl>
               </dd>
            </dl>
         </dd>
         <dt>
            <span class="chapter">
               <a href="#d5e326" shape="rect">3. Une vision essentialisée de l’islam s’étant
                également perpétuée sous d’autres formes durant la période post-coloniale entamée
                après la Seconde Guerre mondiale : la présence d’un « néo-orientalisme » propre aux
                médias de masse </a>
            </span>
         </dt>
         <dd>
            <dl>
               <dt>
                  <span class="sect1">
                     <a href="#d5e333" shape="rect">La révolution iranienne de 1979, un
                    évènement majeur dans l’histoire du Moyen-Orient ayant donné lieu à une
                    pluralité de discours concernant « le musulman »</a>
                  </span>
               </dt>
               <dd>
                  <dl>
                     <dt>
                        <span class="sect2">
                           <a href="#d5e361" shape="rect">Les intellectuels de gauche et la vision
                        de l’islam dans le cadre de la révolution iranienne de 1979</a>
                        </span>
                     </dt>
                     <dt>
                        <span class="sect2">
                           <a href="#d5e387" shape="rect">Une vision de l’islam beaucoup plus
                        sceptique sur les plateaux télévisés comme TF1</a>
                        </span>
                     </dt>
                  </dl>
               </dd>
               <dt>
                  <span class="sect1">
                     <a href="#d5e399" shape="rect">La présence « d’ambivalences
                    postcoloniales » concernant l’image de l’islam en France : un « homo islamicus »
                    apparaissant intégré sous certains aspects mais étant cependant toujours source
                    de craintes et de préjugés</a>
                  </span>
               </dt>
               <dd>
                  <dl>
                     <dt>
                        <span class="sect2">
                           <a href="#d5e405" shape="rect">La Grande Mosquée de Paris ou le symbole
                        de l’intégration apparente de l’islam en France</a>
                        </span>
                     </dt>
                     <dt>
                        <span class="sect2">
                           <a href="#d5e437" shape="rect">Une image « du musulman » et de l’islam
                        étant également restée empreinte de certains stéréotypes typiques de
                        l’époque coloniale : du mythe orientaliste de la « musulmane » au mythe
                        contemporain de la « beurette »</a>
                        </span>
                     </dt>
                  </dl>
               </dd>
               <dt>
                  <span class="sect1">
                     <a href="#d5e456" shape="rect">Les rééditions d’ouvrages islamophobes
                    oubliés, une conséquence directe l’hypermédiatisation des musulmans à la suite
                    des attentats du 11 septembre 2001</a>
                  </span>
               </dt>
            </dl>
         </dd>
         <dt>
            <span class="chapter">
               <a href="#d5e469" shape="rect">4. Les études post coloniales ou la tentative
                de remettre en cause les stéréotypes véhiculés quant à l’image essentialisée « du
                musulman » : présentation, approche critique et dépassement</a>
            </span>
         </dt>
         <dd>
            <dl>
               <dt>
                  <span class="sect1">
                     <a href="#d5e472" shape="rect">Les études post-coloniales ; une rupture
                    remarquable avec les thèses orientalistes et néo-orientalistes mais n’ayant
                    toutefois pas permis de saisir pleinement ce qu’est l’islam « en
                  lui-même »</a>
                  </span>
               </dt>
               <dd>
                  <dl>
                     <dt>
                        <span class="sect2">
                           <a href="#d5e474" shape="rect">Edward Saïd ou le coup d’envoi des
                        études post-coloniales : présentation succincte de l’apport de cet
                        universitaire</a>
                        </span>
                     </dt>
                     <dt>
                        <span class="sect2">
                           <a href="#d5e526" shape="rect">Néanmoins, il est possible de déceler
                        dans les travaux postcoloniaux dont ceux de Saïd, la présence de deux
                        stratégies adoptées qui révèlent une incapacité à saisir pleinement ce
                        qu’est l’islam « en lui-même »</a>
                        </span>
                     </dt>
                  </dl>
               </dd>
               <dt>
                  <span class="sect1">
                     <a href="#d5e572" shape="rect">Dépasser les études post-coloniales pour
                    tenter au mieux de rompre avec le « mythe de l’islamisation » : esquisse de
                    quelques approches possibles</a>
                  </span>
               </dt>
               <dd>
                  <dl>
                     <dt>
                        <span class="sect2">
                           <a href="#d5e574" shape="rect">La nécessité pour quiconque entreprend
                        une étude sur « le musulman » de reconnaître pleinement son « désir de
                        passer – par - l’Autre »</a>
                        </span>
                     </dt>
                     <dt>
                        <span class="sect2">
                           <a href="#d5e625" shape="rect">Revenir à la source coranique elle-même,
                        un autre moyen permettant de dépasser les études postcoloniales et de rompre
                        définitivement avec l’idée d’un islam fondamentalement
                    violent</a>
                        </span>
                     </dt>
                  </dl>
               </dd>
            </dl>
         </dd>
         <dt>
            <span class="chapter">
               <a href="#d5e677" shape="rect">5. Conclusion</a>
            </span>
         </dt>
         <dt>
            <span class="chapter">
               <a href="#d5e689" shape="rect">6. Bibliographie</a>
            </span>
         </dt>
         <dd>
            <dl>
               <dt>
                  <span class="sect1">
                     <a href="#d5e691" shape="rect">Illustrations</a>
                  </span>
               </dt>
               <dt>
                  <span class="sect1">
                     <a href="#d5e717" shape="rect">Ouvrages en version papier
                  consultés</a>
                  </span>
               </dt>
               <dt>
                  <span class="sect1">
                     <a href="#d5e731" shape="rect">Pages web consultées</a>
                  </span>
               </dt>
            </dl>
         </dd>
      </dl>
      <div class="list-of-figures">
         <div class="tocv-title">Liste des figures Contenant une vidéo</div>
         <ul/>
         <div class="toca-title">Liste des figures Contenant un son</div>
         <ul/>
      </div>
      <h1 class="title">
         <a id="d5e29" shape="rect"/>Chapitre 1. Introduction</h1>
      <p>« L’islam refuse par essence l’égalité ; une vision du monde pas bien éloignée d’Hitler ;
          une histoire qui nie l’Histoire génère une société close, statique, fermée sur elle–même,
          fascinée par l’immobilité des morts. »</p>
      <figure id="" class="img">
         <div class="figure">
            <img src="https://media.tremplin.ens-lyon.fr/ressources/users/CharlotteGalland/ConstructionDeLHomoIslamicus/images/Presentation.png" width="400" alt="Présentation vidéo de mon projet"/>
         </div>
         <figcaption>
            <span class="headerCaption"/>
            <p>
               <a class="link" href="https://media.tremplin.ens-lyon.fr/ressources/users/CharlotteGalland/ConstructionDeLHomoIslamicus/videos/presentation2.mp4" target="_top" shape="rect">Voir en ligne au format mp4 la</a> Présentation vidéo de mon
                projet</p>
         </figcaption>
      </figure>
      <br/>
      <p>Tels sont les dires de l’écrivain français Michel Onfray dans son Traité d’athéologie
          paru en 2005<a href="#ftn.d5e68" class="footnote" id="d5e68" shape="rect">
            <sup class="footnote">[1]</sup>
         </a>, traité illustrant on ne peut mieux le néo-orientalisme présent chez
          bon nombre d’intellectuels ce qui révèle qu’« on ne peut pas détruire en quelques
          décennies un système perceptif et axiologique qui a commandé la pensée d’une culture »<a href="#ftn.d5e70" class="footnote" id="d5e70" shape="rect">
            <sup class="footnote">[2]</sup>
         </a> durant
          des siècles. Effectivement, comme le souligne parfaitement Colette Guillaumin dans
          l’illustration précédemment mentionnée, sur le plan inconscient, « la forme et le
          fondement biologiques qui sont attribués aux conduites culturelles sont restés prégnants
          et dominent notre conception du monde »<a href="#ftn.d5e72" class="footnote" id="d5e72" shape="rect">
            <sup class="footnote">[3]</sup>
         </a> ce qui donne lieu au fait que sans même nous en
          apercevoir, nous pouvons facilement rester tributaires d’idées reçues concernant l’islam
          se perpétuant depuis de nombreux siècles. Effectivement, dès la fin du VII<sup>e</sup>
          siècle, face à l’expansion de la civilisation musulmane à travers le monde, les autorités
          religieuses et politiques de l’Europe chrétienne commencèrent à développer de nombreuses
          stratégies ayant pour but de combattre celui que l’on nommait déjà « l’ennemi musulman »,
          ennemi musulman qui correspondait aussi bien à l’« Arabe », qu’au « Sarrasin » ou encore à
          l’« Agarénien ». La période allant de la Réforme aux Lumières vit elle aussi, la
          perpétuation des préjugés traditionnels, la différence étant que  les luttes internes à
          l’Europe (protestants et philosophes contre l’Église catholique) produisirent une plus
          grande diversité de discours sur l’islam. Cependant, il apparaît clair que la
          radicalisation de l’altérité musulmane alla de pair avec la naissance  au
            XVIII<sup>e</sup> siècle d’une nouvelle discipline, l’orientalisme, qui correspond pour
          en donner une définition succincte (que nous compléterons de manière détaillée
          ultérieurement) à l’« ensemble des connaissances, des idées philosophiques et des mœurs
          des peuples orientaux » et plus généralement à la « science des orientalistes »<a href="#ftn.d5e76" class="footnote" id="d5e76" shape="rect">
            <sup class="footnote">[4]</sup>
         </a>. Dès
          lors, émergea une vision paradoxale de l’image du « musulman » dans la mesure où celle-ci
          apparaissait étroitement liée à l’exotisme oriental qui repose sur trois procédés
          efficaces ; la fragmentation pittoresque pour mieux consommer, la théâtralisation
          permettant de changer l’autre en spectacle en l’incluant dans un décor et enfin la
          sexualisation permettant de le dominer. Cet exotisme oriental essentialisé se retrouvait
          ainsi parfaitement illustré chez un Flaubert qui définissait le harem comme le « rêve de
          tous les collégiens »<a href="#ftn.d5e78" class="footnote" id="d5e78" shape="rect">
            <sup class="footnote">[5]</sup>
         </a>, chez un Chateaubriand confessant être parti « chercher
          des images. Voilà tout. »<a href="#ftn.d5e80" class="footnote" id="d5e80" shape="rect">
            <sup class="footnote">[6]</sup>
         </a> ou encore chez certains peintre orientalistes (tels que
          Edouard Frédéric Wilhelm Richter dans « In the Harem » ou Dominique Ingres en 1862 avec
          « le Bain Turc »). </p>
      <p>Néanmoins, à l’autre pôle de cette vision enchanteresse du monde musulman, dominait une
          vision péjorative de l’Orient, Orient apparaissant comme le miroir inversé de l’Occident
          et désignant non pas la raison, mais la passion, non le <a class="link" href="http://www.universalis-edu.com.acces.bibliotheque-diderot.fr/encyclopedie/progres/" target="_top" shape="rect">progrès</a> ou la modernité, mais le temps arrêté, le primitif. Dès lors,
          cette idée d’une civilisation musulmane primitive conduisait à plusieurs conceptions
          erronées du musulman pouvant tout aussi bien concerner son physique<a href="#ftn.d5e86" class="footnote" id="d5e86" shape="rect">
            <sup class="footnote">[7]</sup>
         </a>, sa langue même qui
          était décrite comme essentiellement poétique et incompatible avec le rationalisme<a href="#ftn.d5e88" class="footnote" id="d5e88" shape="rect">
            <sup class="footnote">[8]</sup>
         </a> ou
          encore le texte sacré auquel ce même musulman se référait à savoir le Coran<a href="#ftn.d5e90" class="footnote" id="d5e90" shape="rect">
            <sup class="footnote">[9]</sup>
         </a>. De ce
          fait, ces idées répandues conduisaient à la certitude que « l’oriental » pris au sens
          large nécessitait, de part son infériorité supposée, une représentation externe, tels ces
          paysans évoqués dans le 18 Brumaire de Louis Bonaparte de Karl Marx qui « ne pouvaient se
          représenter et devaient être représentés », leurs représentants devant « en même temps
          leur paraître comme leurs maîtres, comme une autorité supérieure »<a href="#ftn.d5e92" class="footnote" id="d5e92" shape="rect">
            <sup class="footnote">[10]</sup>
         </a>. </p>
      <p>Cependant, il apparaît clair que le coup d’envoi lancé dans les études postcoloniales par
          Edward Saïd en 1978 avec son illustration L’Orientalisme<a href="#ftn.d5e95" class="footnote" id="d5e95" shape="rect">
            <sup class="footnote">[11]</sup>
         </a> marqua un véritable
          tournant dans la mesure où l’intellectuel palestino-américain permit de mettre au jour les
          mécanismes d’hégémonie à l’illustration chez les orientalistes. Dès lors, les travaux de
          cet universitaire amorcèrent un début de rupture avec ce schéma de l’étranger se trouvant
          nécessairement spectateur de sa propre image représentée sur la scène de l’Occident dans
          la mesure où Saïd joua le rôle d’un « fondateur de discursivité » pour reprendre des
          termes foucaldiens<a href="#ftn.d5e97" class="footnote" id="d5e97" shape="rect">
            <sup class="footnote">[12]</sup>
         </a>. </p>
      <p>De ce fait, la thèse saidienne s’avère être particulièrement intéressante dans la mesure
          où elle permet de déceler le fait que « c’est le regard qui crée l’objet et non
          l’inverse » pour reprendre une formule de Thomas Deltombe<a href="#ftn.d5e100" class="footnote" id="d5e100" shape="rect">
            <sup class="footnote">[13]</sup>
         </a>. En effet, comme
          l’indique déjà le sociologue Pierre Bourdieu dans son illustration Sur la télévision<a href="#ftn.d5e102" class="footnote" id="d5e102" shape="rect">
            <sup class="footnote">[14]</sup>
         </a>,
          nommer, c’est toujours faire voir, « c’est créer, porter à l’existence » ce qui permet de
          rompre avec la classique dichotomie sujet/objet héritée du cartésianisme où l’objet étudié
          aurait une existence « en soi » et correspondrait à un vis-à-vis frontal<a href="#ftn.d5e104" class="footnote" id="d5e104" shape="rect">
            <sup class="footnote">[15]</sup>
         </a>, à
          un donné brut s’offrant à conscience supposée neutre. Effectivement, il y a ici nécessité
          de souligner que l’universitaire, l’écrivain ou encore le journaliste qui désire
          « connaître le musulman » accomplit nécessairement un acte de « sigillation » (pour
          reprendre une formule du Phédon en 75d <a href="#ftn.d5e106" class="footnote" id="d5e106" shape="rect">
            <sup class="footnote">[16]</sup>
         </a>) où il « marque du sceau de l’être » ce sur quoi
          il s’interroge. Ainsi, cette précision permet de souligner que tout questionnement sur
          « ce qu’est l’islam », sur « ce qu’est le musulman » suppose déjà une prise minimale sur
          ce qu’il cherche ce qui permet de rompre d’emblée avec l’idéal d’un savoir direct, d’un
          savoir neutre en première personne s’apparentant à la formule grecque autos oida (« j’ai
          vu moi-même »). En effet, la dimension langagière apparaît omniprésente dans toutes les
          recherches que nous entreprenons dans la mesure où les mots ne sont jamais des « Vêtements
          d’Idées » (pour reprendre l’expression husserlienne dans le paragraphe 9-h de la Krisis<a href="#ftn.d5e108" class="footnote" id="d5e108" shape="rect">
            <sup class="footnote">[17]</sup>
         </a>),
          le langage conservant toujours son « caractère performatif » pour citer John Austin<a href="#ftn.d5e110" class="footnote" id="d5e110" shape="rect">
            <sup class="footnote">[18]</sup>
         </a>. De
          ce fait, tout travail effectué voulant définir ce qu’est le musulman est d’emblée pris
          dans une dimension théorétique où le rapport aux mots est toujours premier, le chercheur
          ne quittant jamais l’ordre du langage pour accéder à un rapport intuitif à la réalité ce
          qui révèle assez bien les dires de Nietzsche :</p>
      <p> « Il n’y a pas de faits, seulement des interprétations. Nous ne pouvons constater aucun
          factum « en soi » : peut-être est-ce un non sens de vouloir ce genre de choses. »<a href="#ftn.d5e113" class="footnote" id="d5e113" shape="rect">
            <sup class="footnote">[19]</sup>
         </a>
      </p>
      <p>Ainsi, nous serons amenés à nous interroger tout au long de cet exposé sur la manière
          dont s’est construite progressivement l’image essentialisée de cet « homo islamicus »,
          miroir inversé de l’homme européen censé incarner « le musulman » de manière universelle.
          Nous nous demanderons également si les études postcoloniales, inaugurées par la thèse
          saidienne, ont permis ou non de saisir pleinement ce qu’est l’islam « en lui-même » (tant
          du point de vue religieux que civilisationnel)  en rompant pleinement avec le « mythe de
            l’islamisation »<a href="#ftn.d5e116" class="footnote" id="d5e116" shape="rect">
            <sup class="footnote">[20]</sup>
         </a>.</p>
      <p>Notre réflexion nous conduira dans un premier moment, à étudier la représentation du
          « musulman » durant l’« orientalisme classique » à l’époque coloniale, époque où régnait
          une « islamophobie savante » (pour reprendre l’expression de Raphaël Liogier<a href="#ftn.d5e119" class="footnote" id="d5e119" shape="rect">
            <sup class="footnote">[21]</sup>
         </a>)
          (I) puis il s’agira dans un second temps de montrer comment la vision essentialisée de
          l’islam s’est également perpétuée sous d’autres formes durant la période post-coloniale
          entamée après la Seconde Guerre mondiale ; nous analyserons dès lors les spécificités de
          ce « néo-orientalisme » propre en particulier aux médias de masse s’étant développés
          durant cette période en centrant notre attention particulièrement sur la télévision (II).
          Ces deux premiers moments nous amènerons pour finir, à montrer en quoi les études
          post-coloniales inaugurées principalement par Saïd ont permis de mettre au jour le fait
          qu’en dehors de la découverte de l’homme universel, toute image faite de l’Autre apparaît
          comme une représentation totalement vide. Cependant, il s’agira également d’adopter une
          approche critique de la thèse saidienne en montrant que celle-ci n’est pas parvenue pas à
          aller jusqu’au bout de sa logique dans la critique de cette image figée de  l’« homo
          islamicus ». Nous tenterons par conséquent en dernière instance de montrer que seul un
          travail de fond sur la notion même d’orientalisme et sur le texte sacré lui-même
          (c’est-à-dire sur la source coranique) permettent véritablement de franchir un pas
          supplémentaire par rapport aux « post-colonial studies »  en rompant avec tous les
          stéréotypes véhiculés quant à l’islam du point de vue religieux (III).</p>
      <br/>
      <hr/>
      <p>
         <a href="#d5e68" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[1] </sup>
         </a>Michel Onfray, Traité
              d’athéologie. Physique de la métaphysique, Paris, Grasset, 2005, p.239 – 256.</p>
      <p>
         <a href="#d5e70" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[2] </sup>
         </a>  Colette Guillaumin,
              L’idéologie raciste, Gallimard, Paris [1972], p.84.</p>
      <p>
         <a href="#d5e72" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[3] </sup>
         </a>  Ibid., p.92.</p>
      <p>
         <a href="#d5e76" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[4] </sup>
         </a>Définition proposée par
              Émile Littré.</p>
      <p>
         <a href="#d5e78" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[5] </sup>
         </a> Gustave Flaubert,
              Dictionnaire des idées reçues : « HAREM : Comparer toujours un coq au milieu de ses
              poules à un sultan dans son harem. Rêve de tous les collégiens. »</p>
      <p>
         <a href="#d5e80" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[6] </sup>
         </a> Chateaubriand,  <span class="emphasis">
            <em>Itinéraire de Paris à Jérusalem</em>
         </span>
         <span class="emphasis">
            <em>, </em>
         </span>(1811).</p>
      <p>
         <a href="#d5e86" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[7] </sup>
         </a>« L’Algérien n’a pas de
              cortex, ou, pour être plus précis, la domination comme chez les vertébrés inférieur
              est diencéphalique. Les fonctions corticales, si elles existent, sont très fragiles,
              pratiquement non intégrées dans la dynamique de l’existence » (citation empruntée par
              Saïd à Frantz Fanon, celle – ci provenant d’un article de 1939 intitulé « Le
              primitivisme des indigènes nord – africains ; ses incidences en pathologie mentale »
              par Antoine Porot et Jean Sutter. E.W Saïd, Freud et le monde extra – européen, Paris,
              Le Serpent à Plumes, 2004, p.32.)</p>
      <p>
         <a href="#d5e88" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[8] </sup>
         </a>« Les philosophes et
              les savants arabes sont en général d’assez mauvais écrivains », (Ernest Renan, L’islam
              et la science, Paris, L’Archange Minotaure, Montpellier, 2003, p.24).</p>
      <p>
         <a href="#d5e90" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[9] </sup>
         </a> « J’ai beaucoup étudié
              le Coran à cause surtout de notre position vis-à-vis des populations musulmanes en
              Algérie et dans tout l’Orient. Je vous avoue que je suis sorti de cette étude avec la
              conviction qu’il y avait eu dans le monde, à tout prendre, peu de religions aussi
              funestes aux hommes que celle de Mahomet. Elle est, à mon sens, la principale cause de
              la décadence aujourd’hui si visible du monde musulman » Alexis de Tocqueville,
              1843.</p>
      <p>
         <a href="#d5e92" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[10] </sup>
         </a> Karl Marx, Le 18
              Brumaire de Louis Bonaparte, Paris, Les Éditions Sociales, 1969 [1851], p.107.</p>
      <p>
         <a href="#d5e95" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[11] </sup>
         </a> E. W. Said,
              L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident, C. Malamoud (trad.), Seuil, Paris,
              2005.</p>
      <p>
         <a href="#d5e97" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[12] </sup>
         </a> Michel Foucault,
              « Qu’est-ce qu’un auteur ? » dans Dits et écrits I, Paris, Gallimard, 2001, p.832.</p>
      <p>
         <a href="#d5e100" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[13] </sup>
         </a> T. Deltombe, L’islam
              imaginaire, La construction médiatique de l’islamophobie en France au XXe siècle, La
              Découverte, Paris, 2007</p>
      <p>
         <a href="#d5e102" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[14] </sup>
         </a> Pierre Bourdieu, Sur
              la télévision, Liber Raison d’Agir, Paris, 1996.</p>
      <p>
         <a href="#d5e104" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[15] </sup>
         </a> Il est utile de
              rappeler ici que objectum en latin signifie « ce qui est en face » d’où l’idée s’étant
              longtemps perpétuée d’une coupure nette entre l’objet et le sujet de la
              connaissance.</p>
      <p>
         <a href="#d5e106" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[16] </sup>
         </a> Platon, Phédon, M.
              Dixsaut (trad.), Flammarion, Paris, 1999, : 75d : « tout ce que nous marquons du sceau
              de l’être autant dans nos questions quand nous questionnons que dans nos réponses
              quand nous répondons ».</p>
      <p>
         <a href="#d5e108" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[17] </sup>
         </a>E. Husserl, La crise
              des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale, Gallimard, Paris,
              1989.</p>
      <p>
         <a href="#d5e110" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[18] </sup>
         </a>J. L. Austin, Quand
              dire, c’est faire, Seuil, Paris, 1991.</p>
      <p>
         <a href="#d5e113" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[19] </sup>
         </a>Nietzsche, Fragments
              posthumes, t XII, 7, [60], fin juin 1886/début 1887.</p>
      <p>
         <a href="#d5e116" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[20] </sup>
         </a> Expression empruntée
              ici à Raphaël Logier (R. Liogier, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession
              collective, Seuil, Paris, 2012).</p>
      <p>
         <a href="#d5e119" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[21] </sup>
         </a> Id.</p>
      <h1 class="title">
         <a id="d5e121" shape="rect"/>Chapitre 2. La représentation du « musulman »
                durant l’« orientalisme classique » à l’époque coloniale, époque où régnait une
                « islamophobie savante »</h1>
      <p>
         <strong>Table des matières</strong>
      </p>
      <dl class="toc">
         <dt>
            <span class="sect1">
               <a href="#d5e123" shape="rect">Les ancêtres de l’orientalisme classique : un
                  rappel historique nécessaire avant d’aborder la période proprement coloniale pour
                  pleinement saisir comment a émergé par la suite l’orientalisme</a>
            </span>
         </dt>
         <dd>
            <dl>
               <dt>
                  <span class="sect2">
                     <a href="#d5e125" shape="rect">Les premiers discours chrétiens au
                      Moyen-Age </a>
                  </span>
               </dt>
               <dt>
                  <span class="sect2">
                     <a href="#d5e150" shape="rect">Une période s’étendant de la Réforme au
                      siècle des Lumières ayant été marquée par une plus grande diversité de
                      discours sur l’islam</a>
                  </span>
               </dt>
            </dl>
         </dd>
         <dt>
            <span class="sect1">
               <a href="#d5e179" shape="rect">La naissance de l’« orientalisme classique »
                  ayant consolidé le « mythe musulman » dans le cadre de la période coloniale
                  amorcée à partir du XVIII<sup>e</sup> siècle </a>
            </span>
         </dt>
         <dd>
            <dl>
               <dt>
                  <span class="sect2">
                     <a href="#d5e182" shape="rect">Qu’est-ce que
                  l’orientalisme ?</a>
                  </span>
               </dt>
               <dt>
                  <span class="sect2">
                     <a href="#d5e221" shape="rect">Ernest Renan, une figure emblématique de
                      l’orientalisme classique ayant donné une véritable assise universitaire à ce
                      courant en soutenant que l’islam était par nature opposé à toute forme de
                      science</a>
                  </span>
               </dt>
            </dl>
         </dd>
         <dt>
            <span class="sect1">
               <a href="#d5e270" shape="rect">Le mythe orientaliste d’une sexualité débridée
                  et déviante des hommes et des femmes, ces dernières étant nécessairement soumises
                  à l’ordre patriarcal</a>
            </span>
         </dt>
         <dd>
            <dl>
               <dt>
                  <span class="sect2">
                     <a href="#d5e272" shape="rect">La polygamie comme trait propre à l’islam
                      étant à l’origine de nombreux maux</a>
                  </span>
               </dt>
               <dt>
                  <span class="sect2">
                     <a href="#d5e299" shape="rect">Un mythe orientaliste d’une sexualité
                      débridée se retrouvant particulièrement en littérature </a>
                  </span>
               </dt>
            </dl>
         </dd>
      </dl>
      <h2 class="title" style="clear: both">
         <a id="d5e123" shape="rect"/>Les ancêtres de
                  l’orientalisme classique : un rappel historique nécessaire avant d’aborder la
                  période proprement coloniale pour pleinement saisir comment a émergé par la suite
                  l’orientalisme</h2>
      <h3 class="title">
         <a id="d5e125" shape="rect"/>Les premiers discours chrétiens au Moyen-Age
                  </h3>
      <p>Il s’avère premièrement nécessaire, afin de pleinement saisir la vision du « 
              musulman » ayant dominé durant l’époque proprement coloniale, de poser quelques jalons
              historiques pour comprendre que la construction de cet « homo islamicus » atemporel
              n’a nullement débuté avec l’orientalisme classique au XVIII<sup>e</sup> siècle mais
              apparaissait déjà sous forme embryonnaire au Moyen-Age.</p>
      <p>En effet, à partir de la fin du VII<sup>e</sup> siècle, les autorités religieuses et
              politiques de l’Europe chrétienne étant face à l’expansion de la civilisation
              musulmane développèrent de nombreuses stratégies (martyrs, croisades ou encore envoi
              de missionnaires …) ce qui donna lieu aux premières représentations de l’islam dans
              des ouvrages antimusulmans. Dans ces ouvrages, « l’ennemi musulman » apparaissait
              alors désigné par différentes catégories (Arabes, Sarrasins, Maures, Agaréniens, ou
              encore Turcs). Dès lors, le discours antimusulman à cette époque devait remplir trois
              objectifs à savoir empêcher les conversions à l’islam dans les pays conquis, légitimer
              l’action militaire contre l’envahisseur et justifier enfin la répression sociale des
              musulmans étant sujets des Princes chrétiens. Par conséquent, les auteurs chrétiens
              élaborèrent un « corps de croyances» (Norman Daniel), un « arsenal d’images
              polémiques » ou encore des « armes intellectuelles »<a href="#ftn.d5e131" class="footnote" id="d5e131" shape="rect">
            <sup class="footnote">[22]</sup>
         </a> qui avaient d’ores
              et déjà pour but d’essentialiser l’image « du musulman ».</p>
      <p>Cette supériorité était surtout définie à l’époque en termes religieux et les
              arguments mobilisés contre les musulmans étaient principalement théologiques (les
              désaccords portaient principalement sur la nature de la Révélation elle -même, sur le
              caractère trinitaire de Dieu ou encore sur le statut du Prophète Mohammed). L’islam
              était alors perçu comme une forme de paganisme. </p>
      <p>Dans un genre littéraire connaissant un grand succès, à savoir la biographie du
              Prophète Mohammed, ce dernier était peint comme un véritable imposteur dont les
              révélations n’exprimaient nullement la parole de Dieu mais celle de l’Antéchrist ou du
              Diable en personne<a href="#ftn.d5e135" class="footnote" id="d5e135" shape="rect">
            <sup class="footnote">[23]</sup>
         </a>. De ce fait, les discours chrétiens avaient
              tendance à construire des structures d’opposition où l’islam était synonyme
              d’irrationalité, de passion d’émotion alors que le christianisme apparaissait quant à
              lui raisonnable, civilisé et spirituellement élevé. </p>
      <p>Cette vision se retrouve par exemple à l’illustration dans les discours sur les
              Sarrasins qui étaient qualifiés de « race perfide »<a href="#ftn.d5e138" class="footnote" id="d5e138" shape="rect">
            <sup class="footnote">[24]</sup>
         </a> ou chez certains
              des Pères de l’Église comme Jean Damascène (676 – 749) qui « commença la longue
              tradition des attaques contre Mohammed consistant à dire qu’il utilise Dieu – en
              simulant la Révélation – afin de justifier son propre plaisir sexuel »<a href="#ftn.d5e140" class="footnote" id="d5e140" shape="rect">
            <sup class="footnote">[25]</sup>
         </a>.</p>
      <p>Il est également nécessaire de rappeler que musulmans et juifs durant cette période
              étaient « logés à la même enseigne »<a href="#ftn.d5e143" class="footnote" id="d5e143" shape="rect">
            <sup class="footnote">[26]</sup>
         </a> dans la mesure où à partir du
                XII<sup>e</sup> siècle, les autorités religieuses et politiques chrétiennes
              élaborèrent des lois restreignant le statut légal des juifs et des musulmans et visant
              à limiter la « contamination » des catholiques par les infidèles.</p>
      <p>De ce fait, comme le souligne l’historien John Tolan dans l’illustration précédemment
              citée, la période médiévale fut, en particulier après les Croisades, déterminante dans
              la construction des représentations négatives de l’islam : </p>
      <p>« Les Européens ne devaient jamais plus fournir contre l’islam un effort intellectuel
              comparable à celui de leurs ancêtres pour expliquer, réfuter et convertir. (...) Entre
              1300 et les Lumières, il ne s’écrivit pas grand-chose de vraiment nouveau sur
                l’islam »<a href="#ftn.d5e148" class="footnote" id="d5e148" shape="rect">
            <sup class="footnote">[27]</sup>
         </a>.</p>
      <h3 class="title">
         <a id="d5e150" shape="rect"/>Une période s’étendant de la Réforme au
                    siècle des Lumières ayant été marquée par une plus grande diversité de discours
                    sur l’islam</h3>
      <p>Il apparaît que la période allant de la Réforme aux Lumières fut marquée par une plus
              grande diversité de discours européens sur l’islam dans la mesure où les luttes
              internes à l’Europe (protestants et philosophes contre l’Église catholique) changèrent
              la vision portée sur les musulmans. Effectivement, dans leur combat contre le
              catholicisme, certains théologiens protestants de la Réforme pensèrent trouver des
              arguments dans l’Islam. Tel fut en effet le cas de Martin Luther qui utilisa l’idée de
              « moralité » turque<a href="#ftn.d5e153" class="footnote" id="d5e153" shape="rect">
            <sup class="footnote">[28]</sup>
         </a> pour combattre l’« immoralité » catholique, tout
              en redoutant cependant une coalition entre les « papistes » et les Turcs. A l’inverse,
              la Contre – Réforme chercha à disqualifier le protestantisme en le comparant à l’islam
              hérétique.</p>
      <p>Cependant, après une extension territoriale jusqu’aux portes de Viennes (1683), le
                XVIII<sup>e</sup> siècle connut le déclin de l’Empire ottoman ce qui fit dès lors
              que ce dernier devint « davantage un objet de curiosité que de peur. »<a href="#ftn.d5e159" class="footnote" id="d5e159" shape="rect">
            <sup class="footnote">[29]</sup>
         </a>. Dès lors, les discours sur l’islam commencèrent à apparaître plus
              ambigus comme il est par exemple le cas dans la biographie du Prophète du comte de
                Boulainvilliers<a href="#ftn.d5e161" class="footnote" id="d5e161" shape="rect">
            <sup class="footnote">[30]</sup>
         </a> qui le présente comme un imposteur, un inventeur
              d’une fausse religion mais également comme un véritable conquérant (conquérant comparé
              aux empereurs Alexandre et César). Cette même ambiguïté est également à l’illustration
              chez Voltaire qui voit dans le Prophète une personne « fanatique »<a href="#ftn.d5e163" class="footnote" id="d5e163" shape="rect">
            <sup class="footnote">[31]</sup>
         </a>
              mais qui oppose toutefois dans son Essai sur les mœurs de 1756 l’intolérance des
              chrétiens à la bonté des musulmans<a href="#ftn.d5e165" class="footnote" id="d5e165" shape="rect">
            <sup class="footnote">[32]</sup>
         </a>.</p>
      <p>Néanmoins, il est remarquable que cette « sympathie » philosophique pour les
              musulmans semble avoir totalement disparu à la fin du XVIII<sup>e</sup> siècle ;
              effectivement, ce changement de comportement apparaît principalement dû à l’inclusion
              de l’Empire ottoman dans le système des alliances internationales. Dès lors, des
              écrivains influents tels que William Eton en Grande Bretagne ou encore le comte Volney
              en France<a href="#ftn.d5e169" class="footnote" id="d5e169" shape="rect">
            <sup class="footnote">[33]</sup>
         </a> reprennent le concept de « despostisme oriental »<a href="#ftn.d5e171" class="footnote" id="d5e171" shape="rect">
            <sup class="footnote">[34]</sup>
         </a>élaboré en 1748 par Montesquieu dans De l’esprit des lois qui décrit
              une situation où seul l’arbitraire règne. Pour Volney par exemple, l’islam apparaît
              comme la cause première de la barbarie du despote ce qui nécessite ainsi de chasser le
              pouvoir musulman hors d’Europe pour rétablir la liberté des peuples soumis. De ce
              fait, l’intégration des Ottomans dans le jeu diplomatique européen, « au lieu de les
              rendre moins Autre aux yeux d’auteurs éclairés, les rejette au contraire dans une
              altérité plus radicale, comme représentants d’un état uniquement fanatique et
              despotique qui n’a pas sa place en Europe. »<a href="#ftn.d5e174" class="footnote" id="d5e174" shape="rect">
            <sup class="footnote">[35]</sup>
         </a>. Dès lors, cette radicalisation de
              l’altérité musulmane au XVIII<sup>e</sup> siècle va de pair avec la naissance d’une
              nouvelle discipline, l’orientalisme, qui correspond à un « effort intellectuel sans
              précédent dans l’histoire européenne pour saisir l’Orient en général, et la
              civilisation musulmane en particulier »<a href="#ftn.d5e177" class="footnote" id="d5e177" shape="rect">
            <sup class="footnote">[36]</sup>
         </a>.</p>
      <h2 class="title" style="clear: both">
         <a id="d5e179" shape="rect"/>La naissance de
                  l’« orientalisme classique » ayant consolidé le « mythe musulman » dans le cadre
                  de la période coloniale amorcée à partir du XVIII<sup>e</sup> siècle </h2>
      <h3 class="title">
         <a id="d5e182" shape="rect"/>Qu’est-ce que l’orientalisme ?</h3>
      <p>Il apparaît particulièrement intéressant pour pleinement saisir ce en quoi consiste
              l’orientalisme de convoquer la définition proposée par Edward Saïd dans son
              introduction à l’Orientalisme dans la mesure où la précision de l’analyse saidienne
              permet de mieux entrevoir à quel point la construction de l’image du « musulman »
              avait une assise solide tant dans le monde diplomatique qu’universitaire.
              Effectivement, l’intellectuel palestino-américain distingue trois sens de
              l’orientalisme ; celui-ci consiste tout d’abord en une « institution d’enseignement
              qui recoupe plusieurs domaines des sciences humaines » (histoire, philologie,
              ethnologie, géographie ect...) et dans sa conception plus large, l’orientalisme fait
              référence à un style de pensée imaginaire ; il désigne ainsi la manière de penser se
              fondant sur une distinction ontologique et épistémologique entre l’Orient et
              l’Occident (nommée « orientalisme imaginaire » par Saïd). Enfin, de façon plus
              concrète, l’orientalisme consiste en une institution globale apparue à la fin du
                XVIII<sup>e</sup> siècle qui traite de l’Orient par des déclarations , une
              administration ou encore un gouvernement (Saïd parle alors dans ce cas de
               l’orientalisme comme « style occidental de domination, de restructuration et
              d’autorité sur l’Orient »<a href="#ftn.d5e186" class="footnote" id="d5e186" shape="rect">
            <sup class="footnote">[37]</sup>
         </a>). Pour l’universitaire, ce qui explique la
              puissance des préjugés concernant le monde musulman est qu’il existait entre ces trois
              aspects de l’orientalisme une articulation s’étant déroulée en deux temps ;
              premièrement, à partir de la fin du XVIII<sup>e</sup> siècle, il y eut une circulation
              ordonnée entre l’orientalisme universitaire et l’orientalisme imaginaire puis, à la
              même époque, l’orientalisme en tant qu’institution universitaire du savoir devint
              associé à l’orientalisme au sens de l’institution du pouvoir et de l’autorité. De ce
              fait, l’apparition de cet orientalisme à l’époque coloniale conduisit à une
              tripartition du monde avec l’Europe occidentale civilisée, le monde sans histoire et
              sans culture des « sauvages » et entre les deux, l’Orient constitué de grandes
              civilisations en déclin.                                                              
                                                   </p>
      <p>Dès lors, l’analyse des sociétés musulmanes reposait sur deux postulats
              fondamentaux ; premièrement, l’idée dominante durant cette époque était qu’il
              s’avérait impossible d’analyser l’histoire des sociétés orientales avec les mêmes
              outils servant pour analyser l’histoire des sociétés européennes : en effet, les
              auteurs orientalistes tendaient à donner une place peu importante aux facteurs
              économiques ou encore technologiques étant donné qu’ils étaient convaincus que le
              spirituel et le religieux dominaient dans ces cultures orientales. Ce déterminisme
              conduisait alors les orientalistes à prêter une attention toute particulière aux
              textes religieux et en particulier au Coran qui était censé être la clef de
              compréhension du monde musulman à tous les niveaux. Dès lors, l’analyse de ce texte
              sacré débouchait inévitablement sur la formulation de reproches (le fatalisme, la
              polygamie, l’esclavage apparaissaient inhérents à l’islam et constituaient des
              caractéristiques immuables). L’un des emblèmes de cette conception du monde musulman
              est  par exemple, la déclaration du 13 juin 1910 d’Arthur James Balfour à la Chambre
              des communes sur les « « problèmes que nous avons à résoudre en Égypte » où le
              diplomate affirma<a href="#ftn.d5e190" class="footnote" id="d5e190" shape="rect">
            <sup class="footnote">[38]</sup>
         </a> : </p>
      <p>« Vous pouvez parcourir toute l’histoire des Orientaux, dans les régions qu’on
              appelle au sens large l’Est, et vous ne trouverez pas trace de self – government. Tous
              leurs grands siècles se sont produits sous le despotisme, sous un gouvernement
              absolu. » </p>
      <figure id="" class="">
         <figcaption>
            <span class="headerCaption"/>
            <p>
               <a class="link" href="https://media.tremplin.ens-lyon.fr/ressources/users/CharlotteGalland/ConstructionDeLHomoIslamicus/audios/balfour.mp3" target="_top" shape="rect">Écouter en ligne au format mp3 </a> le discours d'Arthur James
                      Balfour</p>
         </figcaption>
      </figure>
      <br/>
      <p>Deuxièmement, l’autre postulat fondamental des analyses des sociétés musulmanes était
              qu’il existe des races différentes au sein du genre humain, chacune possédant
              d’inhérentes caractéristiques biologiques et psychologiques. Dès lors, les
              orientalistes analysaient les dynamiques de l’histoire du monde musulman comme une
              lutte entre mouvements religieux , qui était aussi une lutte des races : ainsi, en
              établissant un lien indissociable entre religion et race, les orientalistes
              contribuaient à racialiser l’appartenance religieuse qui devenait dès lors une
              caractéristique intrinsèque des populations musulmanes.</p>
      <p>De ce fait, il va sans dire que la période coloniale fut marquée par une
              radicalisation de l’altérité musulmane, radicalisation qui se retrouvait dans l’espace
              public avec les expositions coloniales<a href="#ftn.d5e215" class="footnote" id="d5e215" shape="rect">
            <sup class="footnote">[39]</sup>
         </a> ou encore avec les chansons
              populaires telles que « Ali Ben Baba » de Maurice Chevalier apparaissant comme l’acmé
              de la vision « clichée » de l’homme musulman : </p>
      <p>Il cira tant et tantIl eut tant de clientsQu'il s'en vint à ParisLoin de son gourbi </p>
      <p>(...)</p>
      <p>Y devint gros et gras Ali ben babaRha na rha A la banana rhanana !Rhanana ! Ali ben
              babaTrabaja la Moukè reTrbadja bo...</p>
      <h3 class="title">
         <a id="d5e221" shape="rect"/>Ernest Renan, une figure emblématique de
                    l’orientalisme classique ayant donné une véritable assise universitaire à ce
                    courant en soutenant que l’islam était par nature opposé à toute forme de
                    science</h3>
      <figure id="" class="img">
         <div class="figure">
            <img src="https://media.tremplin.ens-lyon.fr/ressources/users/CharlotteGalland/ConstructionDeLHomoIslamicus/images/ErnestRenan.jpg" width="250" alt="Ernest Renan"/>
         </div>
         <figcaption>
            <span class="headerCaption"/>
         </figcaption>
      </figure>
      <br/>
      <p>Il apparaît particulièrement intéressant afin de montrer en quoi l’orientalisme
              classique contribua durant la période coloniale à forger de manière durable le « mythe
              musulman » de convoquer de manière détaillée l’intellectuel Ernest Renan dont le
              prestige dont il jouissait à plusieurs niveaux<a href="#ftn.d5e238" class="footnote" id="d5e238" shape="rect">
            <sup class="footnote">[40]</sup>
         </a> lui permit de véhiculer de manière
              durable une vision réductrice et surtout erronée de l’islam.</p>
      <p>Effectivement, en 1883, Ernest Renan, perçu alors comme l’un des pères fondateurs de
              la III<sup>e</sup> République établie en 1870, prononça une conférence intitulée
              « L’islam et la science » où il affirma :</p>
      <p>« Toute personne un peu instruite des choses de notre temps voit clairement […] la
              nullité intellectuelle des races qui tiennent uniquement de cette religion leur
              culture et leur éducation. Tous ceux qui ont été en Orient ou en Afrique sont frappés
              de ce qu’a de fatalement borné l’esprit d’un vrai croyant, de cette espèce de cercle
              de fer qui entoure sa tête, la rend absolument fermée à la science, incapable de ne
              rien apprendre ni de s’ouvrir à aucune idée nouvelle. »</p>
      <p>  </p>
      <p>Ainsi, il apparaissait pour cet intellectuel que pour la raison humaine, l’islamisme
              n’avait été « que nuisible » dans la mesure où il n’avait fait de ses pays conquis
              qu’« un champ fermé à la culture rationnelle de l’esprit. ». Cette vision de l’islam
              explique ainsi pourquoi Ernest Renan soutint dès 1871 les conquêtes coloniales
              françaises qu’il jugeait nécessaires au redressement des pays musulmans et à la lutte
              contre le « socialisme ». En effet, il apparaissait pour lui que « la conquête d’un
              pays de race inférieure par une race supérieure » n’avait « rien de choquant »,
              l’Angleterre pratiquant elle-même « ce genre de colonisation dans l’Inde, au grand
              avantage de l’Inde, de l’humanité en général, et à son propre avantage. »<a href="#ftn.d5e246" class="footnote" id="d5e246" shape="rect">
            <sup class="footnote">[41]</sup>
         </a>.</p>
      <p>Dès lors, l’influence d’Ernest Renan donna lieu par la suite au « renanisme »<a href="#ftn.d5e249" class="footnote" id="d5e249" shape="rect">
            <sup class="footnote">[42]</sup>
         </a>, courant de pensée qui débuta dès 1869 où il fut établi que les
              lecteurs désireux de s’informer sur l’islam pouvaient se tourner vers le Grand
              Dictionnaire universel du XIX<sup>e</sup> siècle de Pierre Larousse, dictionnaire où
              l’on trouvait à l’article « Coran » plusieurs citations de Renan puis des lignes
              décrivant le texte sacré lui-même comme le résultat d’une « hallucination » et d’un
                « songe »<a href="#ftn.d5e252" class="footnote" id="d5e252" shape="rect">
            <sup class="footnote">[43]</sup>
         </a>. Un autre exemple du renanisme à l’illustration chez certains
              intellectuels se trouve être celui de A. Van Gennep qui affirmait que « l’islam est
              une force de mort »<a href="#ftn.d5e255" class="footnote" id="d5e255" shape="rect">
            <sup class="footnote">[44]</sup>
         </a> et qu’il ne voyait « aucune utilité de répéter
              Renan » et tous ceux qui avaient dit « moins de choses que lui en plus de mots. »<a href="#ftn.d5e257" class="footnote" id="d5e257" shape="rect">
            <sup class="footnote">[45]</sup>
         </a>.</p>
      <p>L’exemple de Gennep se révèle être particulièrement intéressant dans la mesure où il
              révèle l’existence d’un double renanisme dans sa vision du « musulman » à savoir, un
              renanisme académique qu’il défend lui-même (typique de la société savante Ernest Renan
              fondée le 10 novembre 1919 pour promouvoir les études d’histoire religieuse et dont
              faisaient partie Émile Benveniste, Alexandre Koyré ou encore l’orientaliste Maurice –
              Gaudefroy – Demombynes) et  un renanisme pouvant être qualifié de profane (que Gennep
              condamne étant donné qu’il est pour lui à l’origine d’une doxa bavarde concernant le
              monde musulman).</p>
      <p>L’influence du renanisme dans le champ universitaire fut également particulièrement
              visible lorsqu’en 1902, le gouvernement général d’Algérie et la résidence générale de
              Tunis décidèrent d’« organiser à la Sorbonne un enseignement » consacré à la
              « Géographie » et à la « Colonisation de l’Afrique du Nord »<a href="#ftn.d5e261" class="footnote" id="d5e261" shape="rect">
            <sup class="footnote">[46]</sup>
         </a> ; nombreux furent
              alors les professeurs et les personnalités de l’administration coloniale qui
              contribuèrent à ces évolutions comme René Maunier (qui fonda la sociologie coloniale),
              Paul Bourdarie (professeur d’histoire et de sociologie africaines) ou encore Maurice
              Delafosse (tous les trois devinrent membres de l’Académie des sciences coloniales).
              Dès lors, l’Européen et le musulman apparaissaient altérisés de façon radicale, ces
              derniers étant en présence l’un de l’autre comme « deux êtres d’une espèce différente,
              n’ayant rien en commun dans la manière de penser et de sentir »<a href="#ftn.d5e263" class="footnote" id="d5e263" shape="rect">
            <sup class="footnote">[47]</sup>
         </a>. L’islam était
              alors associé à « l’immobilité » comme le témoignent les dires de l’ancien officier
              des Affaires musulmanes Gustave Mercier qui affirmait en 1913 que cette religion « a
              façonné l’homme dès sa naissance, le coulant dans un moule rigide où s’emprisonne sa
              vie civile, où se fige sa vie morale, où se tarit son activité intellectuelle »<a href="#ftn.d5e265" class="footnote" id="d5e265" shape="rect">
            <sup class="footnote">[48]</sup>
         </a>.</p>
      <p>Néanmoins, il est intéressant de constater que l’influence d’Ernest Renan concernant
              l’image véhiculée du musulman demeura présente au-delà de la fin de la période
              proprement coloniale dans la mesure où en 1992, lors du centenaire de la disparition
              de cet intellectuel, certains penseurs comme Jean Balcou soutenaient que cette date
              était l’« occasion de relire et de reméditer Renan, ce Renan qui, en ces retours
              d’intégrismes religieux, de nationalismes sanglants, en cette fin de siècle »
              redevenait d’une « urgente actualité. »<a href="#ftn.d5e268" class="footnote" id="d5e268" shape="rect">
            <sup class="footnote">[49]</sup>
         </a>.</p>
      <h2 class="title" style="clear: both">
         <a id="d5e270" shape="rect"/>Le mythe orientaliste d’une
                  sexualité débridée et déviante des hommes et des femmes, ces dernières étant
                  nécessairement soumises à l’ordre patriarcal</h2>
      <h3 class="title">
         <a id="d5e272" shape="rect"/>La polygamie comme trait propre à l’islam
                    étant à l’origine de nombreux maux</h3>
      <figure id="" class="img">
         <div class="figure">
            <img src="https://media.tremplin.ens-lyon.fr/ressources/users/CharlotteGalland/ConstructionDeLHomoIslamicus/images/FemmesOrientales.jpg" width="300" alt="&#34;Harem Beauty&#34; par Adrien Henri Tanoux (1865-1923)"/>
         </div>
         <figcaption>
            <span class="headerCaption"/>
         </figcaption>
      </figure>
      <br/>
      <p>Il apparaît particulièrement intéressant en dernière instance, de montrer que le
              mythe orientaliste à l’époque de la colonisation repose également sur l’idée que le
              musulman, contrairement au chrétien, est incapable de fonder durablement un lien
              marital durable étant donné que la polygamie et le divorce s’avèrent être des traits
              inhérents à l’islam. Effectivement, comme le soutiennent en 1906 Augustin Bernard
              (professeur à l’École des lettres d’Alger) et Napoléon Lacroix (chef du service des
              Affaires indigènes au gouvernement général)<a href="#ftn.d5e289" class="footnote" id="d5e289" shape="rect">
            <sup class="footnote">[50]</sup>
         </a>, dans le Coran, le mariage musulman
              « repose sur la polygamie et sur le divorce » ce qui est exclusif de « toute idée
              d’association » durable. Les mobiles principaux du mariage sont la « nécessité » et la
              « sensualité » pour ces deux auteurs ce qui rejoint assez bien l’étude du
              lieutenant-colonel Étienne Villot portant sur les mœurs des « indigènes » algériens
              parue en 1871<a href="#ftn.d5e291" class="footnote" id="d5e291" shape="rect">
            <sup class="footnote">[51]</sup>
         </a> ; dans cette étude, Étienne Villot soutient en effet que la
              religion musulmane se caractérise par l’exaltation des « plaisirs de la chair » en
              s’appuyant sur une déclaration du prophète qui aurait dit : ce que « j’aime le plus au
              monde, ce sont les femmes et les parfums ». Selon lui, la polygamie est par conséquent
              la cause de nombreux maux dans la mesure où la femme n’apparaît que comme un objet de
              plaisir. Étienne Villot laisse entendre, en reprenant les analyses de Montesquieu<a href="#ftn.d5e293" class="footnote" id="d5e293" shape="rect">
            <sup class="footnote">[52]</sup>
         </a>, que les modalités du « gouvernement domestique » sont par conséquent
              conformes à celles qui régissent la vie de la cité ; là où règnent le pouvoir absolu
              des hommes et la soumission des femmes, règne également un « gouvernement despotique
              qui aime à abuser de tout » ce qui explique de ce fait la corruption des sociétés
              musulmanes.Dès lors, le mahométisme apparaît réduit à un « état semi-barbare », état
              opposé à celui du christianisme qui inculque quant à lui aux croyants « réserve »,
              « modestie », « solidarité » ainsi que « l’habitude du sacrifice ». Cette dichotomie
              entre civilisations chrétiennes et civilisations musulmanes se retrouve parfaitement
              illustrée chez Charles Letourneau (professeur de sociologie à l’École d’anthropologie
              de Paris) qui en 1903, fait de la polygamie un critère permettant de classer les
              « races ». Selon lui, les « Arabes musulmans » se signalent par des passions
              puissantes comme l’atteste leur « fureur jalouse » étant la cause de nombreuses
              violences domestiques. Au contraire, dans les pays civilisés où règne le
              christianisme, la monogamie est la règle et l’amour des époux est principalement
                « cérébral »<a href="#ftn.d5e295" class="footnote" id="d5e295" shape="rect">
            <sup class="footnote">[53]</sup>
         </a>. De même, en 1921, le juriste Charles Barbet oppose lui aussi les
              « civilisations supérieures » (chrétiennes), où la femme est une « précieuse associée
              de l’homme » à la civilisation musulmane où la femme est ravalée au rang de « bête
              plus ou moins apte à la reproduction » devant se soumettre à la « brutalité du mâle en
                rut »<a href="#ftn.d5e297" class="footnote" id="d5e297" shape="rect">
            <sup class="footnote">[54]</sup>
         </a>.</p>
      <h3 class="title">
         <a id="d5e299" shape="rect"/>Un mythe orientaliste d’une sexualité
                    débridée se retrouvant particulièrement en littérature </h3>
      <p>Il apparaît enfin nécessaire de souligner que cette vision fantasmée de la sexualité
              de « l’homo islamicus » dans l’orientalisme classique se retrouve particulièrement
              présente en littérature comme chez Guy de Maupassant. Effectivement, ce dernier
              soutient dans sa nouvelle « Allouma » (parue le 10 février 1889 dans l’Écho de Paris)
              que la « mahométane » est tenue pour une « bête à plaisir ». De même, dans sa nouvelle
              Marroca publiée en 1882, le narrateur, se rendant à Bougie en Algérie, note à propos
              de « cette terre d’Afrique » qu’on y « aime furieusement ». Tous « embrassent le sang,
              affolent la chair » et « embestialisent ». Maupassant établit alors une hiérarchie
              avec au Nord, la présence d’un « amour des âmes », de l’« idéalisme sentimental » et
              du « platonisme » en opposition au Maghreb où il n’existe qu’un terrible « amour […]
              des sens ». Selon l’écrivain français, la chaleur propre à cette région du globe et le
              comportement des femmes le poussent à « commettre tant de sottises<a href="#ftn.d5e302" class="footnote" id="d5e302" shape="rect">
            <sup class="footnote">[55]</sup>
         </a> » .</p>
      <figure id="" class="img">
         <div class="figure">
            <img src="https://media.tremplin.ens-lyon.fr/ressources/users/CharlotteGalland/ConstructionDeLHomoIslamicus/images/Allouma.jpg" width="200" alt="Allouma par Guy de Maupassant"/>
         </div>
         <figcaption>
            <span class="headerCaption"/>
         </figcaption>
      </figure>
      <br/>
      <p>De même, cette vision essentialisée de la femme et de la sexualité musulmanes se
              retrouve chez un écrivain comme Gustave Flaubert qui dans « Lettre 24 du 13 mars 1850
              adressée à L. Bouilhet »<a href="#ftn.d5e319" class="footnote" id="d5e319" shape="rect">
            <sup class="footnote">[56]</sup>
         </a>, décrit une fête nocturne organisée en Égypte par
              une célèbre courtisane nommée Kuchuk – Hanem et reléguée dans la cité d’Esneh en Haute
              – Égypte : on retrouve dès lors tous les clichés relatifs à la femme orientale où
              l’écrivain décrit la « femme orientale » comme « femme facile », s’adonnant facilement
              à la « satisfaction de ses désirs ».</p>
      <p>Il est toutefois intéressant de constater que cette vision stéréotypée de la
              sexualité musulmane provoqua chez certains intellectuels (certes encore minoritaires)
              de vives réactions comme ce fut le cas en 1931 avec l’homme de lettres Georges
              Grandjean qui stigmatisait les « écrivains » et « journalistes en mal de gloriole »
              qui étaient attirés par la description des débauches « mauresques » pour satisfaire un
              lectorat friand d’exotisme. Georges Grandjean dénonçait ainsi l’islamophobie savante
              et littéraire qui mettait de côté les aspects « nobles » de la civilisation et de la
              religion mahométanes, toutes deux simplifiées à l’extrême par de « petits maîtres »
              qui pensaient alors savoir « philosopher »<a href="#ftn.d5e322" class="footnote" id="d5e322" shape="rect">
            <sup class="footnote">[57]</sup>
         </a>.</p>
      <p>Ainsi, l’islamophobie savante de la fin du XIX<sup>e</sup> siècle peut s’analyser
              comme une forme de racisme qui essentialiste et éternise les traits réels ou supposés
              imputés aux musulmans ; la traduction langagière concrète est la domination du
              singulier - le musulman - où la diversité géographique, linguistique et ethnique n’est
              qu’une apparence car tous partagent en réalité des caractéristiques propres à leur
              religion selon la vision orientaliste. Néanmoins, force est de constater que ces
              représentations de l’islam et du musulman apparaissant très populaires en Europe à
              cette époque perdurent également sous d’autres formes durant la période post-coloniale
              entamée après la Seconde Guerre mondiale ; effectivement, l’apparition des médias de
              masse permettant une plus grande diversification des discours ainsi que la
              multiplication des guerres au Moyen-Orient donnent lieu à ce que nous pouvons nommer
              une forme de « néo-orientalisme », néo-orientalisme se différenciant  de
              l’orientalisme classique mais partageant néanmoins des similitudes incontestables
              qu’il s’agira de souligner.</p>
      <br/>
      <hr/>
      <p>
         <a href="#d5e131" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[22] </sup>
         </a> John Tolan, Les
              Sarrasins, Flammarion, Paris, 2003 [2000], p.20 et 363.</p>
      <p>
         <a href="#d5e135" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[23] </sup>
         </a> Il est remarquable
              que les caricatures étaient alors nombreuses : certaines gravures représentaient en
              effet le Diable par un petit oiseau dictant ses paroles à Mohammed.</p>
      <p>
         <a href="#d5e138" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[24] </sup>
         </a> Par  Riccold de
              Monte Croce (1243 – 1320).</p>
      <p>
         <a href="#d5e140" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[25] </sup>
         </a> Norman Daniel,
              L’Islam et l’Occident, Les Éditions du Cerf, Paris, 1993, p.16</p>
      <p>
         <a href="#d5e143" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[26] </sup>
         </a>John Tolan, Les
              Sarrasins, Flammarion, Paris, 2003 [2000], p.366.</p>
      <p>
         <a href="#d5e148" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[27] </sup>
         </a> Ibid., p.364.</p>
      <p>
         <a href="#d5e153" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[28] </sup>
         </a>Étant donné que du
                XIV<sup>e</sup> au XVIII<sup>e</sup> siècle, le monde musulman fut principalement
              représenté par l’Empire ottoman, le « Turc » devint alors synonyme de
              « musulman ».</p>
      <p>
         <a href="#d5e159" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[29] </sup>
         </a> A. Thomson,
              « L’Europe des Lumières et le monde musulman. Une altérité ambiguë », revue Cromohs,
              10 (2005)</p>
      <p>
         <a href="#d5e161" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[30] </sup>
         </a> Le comte de
              Boulainvilliers, La Vie de Mahomed, 1730.</p>
      <p>
         <a href="#d5e163" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[31] </sup>
         </a> Voltaire, Fanatisme
              ou Mahomet le Prophète, 1736.</p>
      <p>
         <a href="#d5e165" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[32] </sup>
         </a> Il est intéressant
              de constater qu’on retrouve là une utilisation de l’islam comme arme pour soutenir sa
              conception déiste.</p>
      <p>
         <a href="#d5e169" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[33] </sup>
         </a> Le comte Volney,
              Voyage en Égypte et en Syrie, 1787.</p>
      <p>
         <a href="#d5e171" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[34] </sup>
         </a> Il est intéressant
              de remarquer que cette notion de « despotisme oriental » continuera d’être reprise
              tout au long du XX<sup>e</sup>siècle comme l’atteste un cours de Pierre Rondot
              dispensé en 1956-1957 à l’Institut d’Études Politiques. Effectivement, ce général
              français soutient que le « tour de pensée » de certains peuples musulmans » les
              « incline vers les solutions totalitaires ». Selon lui, l’« état d’esprit » du
              « musulman » « semble » le « prédisposer à s’orienter plus aisément qu’un autre vers
              des conceptions totalitaires », la dictature semblant « plus naturelle dans l’islam »
              (P.Rondot, Les Forces religieuses et la vie politique : l’Islam, Paris, Les Cours du
              droit, Institut d’Études politiques, 1956 – 1957, p.15 et 52.).</p>
      <p>
         <a href="#d5e174" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[35] </sup>
         </a> A. Thomson,
              « L’Europe des Lumières et le monde musulman. Une altérité ambiguë », revue Cromohs,
              10 (2005)</p>
      <p>
         <a href="#d5e177" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[36] </sup>
         </a> A. Hajjat et M.
              Mohammed, Islamophobie, comment les élites française fabriquent le « problème
              musulman », La Découverte, Paris, 2013, p.168.</p>
      <p>
         <a href="#d5e186" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[37] </sup>
         </a> E. W. Said,
              L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident, op. Cit., Introduction.</p>
      <p>
         <a href="#d5e190" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[38] </sup>
         </a> Id., p.73.</p>
      <p>
         <a href="#d5e215" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[39] </sup>
         </a> L’article de
              Christine Peltre s’avère à ce titre particulièrement intéressant dans la mesure où il
              révèle que l’étude des arts musulmans est avant tout une création occidentale du
                XIX<sup>e</sup> siècle européen dans le cadre des Expositions universelles (comme
              celle de 1867), expositions révélant cette vision essentialisée de la culture
              musulmane associée aux visions fantasmées des Mille et Une Nuits. (C. Peltre,
              « L’Étude des arts musulmans : une “création occidentale” », no 1, 2009 (en ligne :
              http://journals.openedition.org/actesbranly/225 ; consulté le 28 décembre 2020).</p>
      <p>
         <a href="#d5e238" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[40] </sup>
         </a> Il est utile de
              rappeler qu’Ernest Renan jouissait alors d’une triple légitimé : littéraire depuis son
              élection à l’Académie française le 13 juin 1878, scientifique grâce à son entrée au
              Collège de France et politique grâce au soutien que les pères fondateurs de la
                III<sup>e</sup>République lui avaient apporté.</p>
      <p>
         <a href="#d5e246" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[41] </sup>
         </a>E. Renan, La Réforme
              intellectuelle et morale et autres écrits, p.67</p>
      <p>
         <a href="#d5e249" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[42] </sup>
         </a>Le renanisme peut
              être défini comme un courant de pensée constitué par ceux qui s’inspirent de
              l’historien pour « penser les réalités propres à leur champ disciplinaire  même s’ils
              peuvent parfois être critiques lorsqu’ils les jugent dépassées par le progrès des
              connaissances ou les changements intervenus en terre mahométane.» (R. Liogier, Le
              mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, op. Cit., p.13).</p>
      <p>
         <a href="#d5e252" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[43] </sup>
         </a> P.Larousse, Grand
              dictionnaire universel du XIX<sup>e</sup> siècle, tome V, p.100 et 101.</p>
      <p>
         <a href="#d5e255" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[44] </sup>
         </a> Cette idée d’un
              islam associé nécessairement à l’idée de mort se retrouve également dans un ouvrage de
              1853 très en vogue recommandé aux instituteurs et qui fut tiré à environ 200 000
              exemplaires : « l’islamisme n’est par lui-même qu’une sentence de mort. » (Théodore
              Bachelet, Les Arabes. Origines. Moeurs. Religion. Conquêtes, Bibliothèque morale de la
              jeunesse, Rouen, Mégard&amp; Cie, 1853).</p>
      <p>
         <a href="#d5e257" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[45] </sup>
         </a> A.Van Gennep, En
              Algérie, Paris, Mercure de France, 1914, p .152 et p.156.</p>
      <p>
         <a href="#d5e261" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[46] </sup>
         </a> M.Larnaude,
              « Nécrologie – A.Bernard (1865 - 1947) », Annales de Géographies, 1948, 305, p.56.</p>
      <p>
         <a href="#d5e263" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[47] </sup>
         </a> Ernest Renan, « De
              la part des peuples sémitiques dans l’histoire de la civilisation, dans Qu’est-ce
              qu’une nation ? et autres essais politiques, 1862, p.188.</p>
      <p>
         <a href="#d5e265" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[48] </sup>
         </a> Gustave Mercier, La
              Question indigène. Une mise au point des réformes à accomplir, Alger, Jourdan, 1913,
              p.3 et 16.</p>
      <p>
         <a href="#d5e268" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[49] </sup>
         </a>J.Balcou, Renan, un
              Celte rationaliste, Rennes, PUF , 1997.</p>
      <p>
         <a href="#d5e289" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[50] </sup>
         </a> A.Bernard et
              N.Lacroix, L’Évolution du nomadisme en Algérie, Alger, A.Jourdan, 1906.</p>
      <p>
         <a href="#d5e291" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[51] </sup>
         </a> E.Villot, Mœurs,
              coutumes et institutions des indigènes de l’Algérie, (trouvée dans O. Le Cour
              Grandmaison, « Ennemis mortels », représentations de l’islam et politiques en France à
              l’époque coloniale, La Découverte, Paris, 2019, p.182-183)</p>
      <p>
         <a href="#d5e293" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[52] </sup>
         </a> Montesquieu, De
              l’esprit des lois, tome I, livre XVI, chap IX, « Liaison du gouvernement domestique
              avec le politique ».</p>
      <p>
         <a href="#d5e295" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[53] </sup>
         </a> Ch.Letourneau, La
              Condition de la femme dans les diverses races et civilisations, Paris, V.Giard &amp;
              E.Brière, 1903.</p>
      <p>
         <a href="#d5e297" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[54] </sup>
         </a> Charles Barbet,
               Questions sociales et ethnographiques. France – Algérie – Maroc, ouvrage honoré d’une
              souscription du gouvernement général de l’Algérie, Alger, J. Carbonnel, 1921,
              p.129.</p>
      <p>
         <a href="#d5e302" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[55] </sup>
         </a> G. De Maupassant,
              Marroca (1882) dans A.Ruscio, Amours coloniales, p.75 – 76.</p>
      <p>
         <a href="#d5e319" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[56] </sup>
         </a> dans Correspondance,
              choix et présentation de B.Masson, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2002.</p>
      <p>
         <a href="#d5e322" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[57] </sup>
         </a> G.Grandjean, L’Amour
              en Islam, Paris, Société française d’éditions littéraires et techniques, 1931,
              p.143.</p>
      <h1 class="title">
         <a id="d5e326" shape="rect"/>Chapitre 3. Une vision essentialisée de l’islam
                s’étant également perpétuée sous d’autres formes durant la période post-coloniale
                entamée après la Seconde Guerre mondiale : la présence d’un « néo-orientalisme »
                propre aux médias de masse </h1>
      <p>
         <strong>Table des matières</strong>
      </p>
      <dl class="toc">
         <dt>
            <span class="sect1">
               <a href="#d5e333" shape="rect">La révolution iranienne de 1979, un évènement
                  majeur dans l’histoire du Moyen-Orient ayant donné lieu à une pluralité de
                  discours concernant « le musulman »</a>
            </span>
         </dt>
         <dd>
            <dl>
               <dt>
                  <span class="sect2">
                     <a href="#d5e361" shape="rect">Les intellectuels de gauche et la vision
                      de l’islam dans le cadre de la révolution iranienne de 1979</a>
                  </span>
               </dt>
               <dt>
                  <span class="sect2">
                     <a href="#d5e387" shape="rect">Une vision de l’islam beaucoup plus
                      sceptique sur les plateaux télévisés comme TF1</a>
                  </span>
               </dt>
            </dl>
         </dd>
         <dt>
            <span class="sect1">
               <a href="#d5e399" shape="rect">La présence « d’ambivalences postcoloniales »
                  concernant l’image de l’islam en France : un « homo islamicus » apparaissant
                  intégré sous certains aspects mais étant cependant toujours source de craintes et
                  de préjugés</a>
            </span>
         </dt>
         <dd>
            <dl>
               <dt>
                  <span class="sect2">
                     <a href="#d5e405" shape="rect">La Grande Mosquée de Paris ou le symbole
                      de l’intégration apparente de l’islam en France</a>
                  </span>
               </dt>
               <dt>
                  <span class="sect2">
                     <a href="#d5e437" shape="rect">Une image « du musulman » et de l’islam
                      étant également restée empreinte de certains stéréotypes typiques de l’époque
                      coloniale : du mythe orientaliste de la « musulmane » au mythe contemporain de
                      la « beurette »</a>
                  </span>
               </dt>
            </dl>
         </dd>
         <dt>
            <span class="sect1">
               <a href="#d5e456" shape="rect">Les rééditions d’ouvrages islamophobes
                  oubliés, une conséquence directe l’hypermédiatisation des musulmans à la suite des
                  attentats du 11 septembre 2001</a>
            </span>
         </dt>
      </dl>
      <p>Il apparaît dans ce second moment de notre exposé intéressant de montrer que cette image
          essentialisée de « l’homo islamicus » s’est également perpétuée durant la période
          post-coloniale, période ayant vu le développement des médias de masse dont la télévision,
          média sur lequel nous porterons une attention toute particulière. Effectivement, comme le
          souligne parfaitement Pierre Bourdieu dans son ouvrage Sur la télévision<a href="#ftn.d5e329" class="footnote" id="d5e329" shape="rect">
            <sup class="footnote">[58]</sup>
         </a>, ce
          média apparaît décisif dans la construction de l’image « du musulman » dans la mesure où
          le sensationnel est toujours présent ; en effet, « avec des mots ordinaires, on n’épate
          pas les bourgeois ni le peuple. Il faut des mots extraordinaires. (...) Ces mots font des
          choses, créent des fantasmes, des peurs, des phobies ou, simplement, des représentations
          fausses ». Ainsi, accorder un rôle primordial à ce média dans l’analyse de la construction
          de l’image « du musulman » se révèle être particulièrement intéressant dans la mesure où
          il est possible de distinguer trois étapes majeures dans la construction de cet objet
          « islam de France » à la télévision<a href="#ftn.d5e331" class="footnote" id="d5e331" shape="rect">
            <sup class="footnote">[59]</sup>
         </a>. La présente partie a par conséquent pour principale
          visée de tenter d’exposer au mieux, ces trois étapes successives ayant contribué à forger
          l’« image du musulman ».</p>
      <h2 class="title" style="clear: both">
         <a id="d5e333" shape="rect"/>La révolution iranienne de
                  1979, un évènement majeur dans l’histoire du Moyen-Orient ayant donné lieu à une
                  pluralité de discours concernant « le musulman »</h2>
      <figure id="" class="img">
         <div class="figure">
            <img src="https://media.tremplin.ens-lyon.fr/ressources/users/CharlotteGalland/ConstructionDeLHomoIslamicus/images/khomeini.jpg" width="300" alt="L'Ayatollah Khomeini"/>
         </div>
         <figcaption>
            <span class="headerCaption"/>
         </figcaption>
      </figure>
      <br/>
      <p>Il apparaît premièrement intéressant de prêter une attention particulière à la
            révolution iranienne (dont nous ne rappellerons pas les évènement historiques
            principaux, cette sous-partie ne prétendant pas à une exhaustivité historique)  et son
            traitement médiatique à la télévision dans la mesure où cet évènement majeur dans le
            monde moyen-oriental donna lieu à de multiples points de vue concernant l’image de
            l’islam et du musulman.                                                                
                               </p>
      <p>Il s’avère utile de rappeler tout d’abord que la révolution iranienne correspond à un
            véritable « renouveau de la vision de l’islam »<a href="#ftn.d5e350" class="footnote" id="d5e350" shape="rect">
            <sup class="footnote">[60]</sup>
         </a> sur la scène médiatique dans la
            mesure où avant cette année, on retrouvait les clichés traditionnels propres à
            l’orientalisme classique, clichés où se croisaient la Schéhérazade des Milles et Une
            Nuits et le prophète « mahomet », ce dernier étant regardé alternativement comme un
            « maître spirituel épris de justice et comme un chef de guerre sanguinaire »<a href="#ftn.d5e352" class="footnote" id="d5e352" shape="rect">
            <sup class="footnote">[61]</sup>
         </a>.
            Le seul aspect nouveau étant venu toutefois s’ajouter à tous ces clichés était le
            pétrole ; « l’Orient mythique » apparaissait alors enrichi d’un autre stéréotype : celui
            des « cheikhs saoudiens brassant des milliards de dollars dans leurs somptueux
              palais »<a href="#ftn.d5e354" class="footnote" id="d5e354" shape="rect">
            <sup class="footnote">[62]</sup>
         </a>.</p>
      <p>Il est premièrement intéressant de constater que lorsque lorsque les premiers troubles
            éclatèrent en Iran fin 1976, la télévision française ne consentit nullement à
            s’intéresser aux revendications du peuple iranien, celle-ci préférant largement donner
            une image de l’Iran comme étant un pays musulman prometteur sans conflits et en voie
            d’occidentalisation. A titre d’exemple, Léon Zitrone réalisa pour TF1 un sujet sur le
            couple impérial où il interrogeait le chah sur les tracas du pouvoir et écoutait
            « religieusement sa femme jouer quelques notes de piano »<a href="#ftn.d5e357" class="footnote" id="d5e357" shape="rect">
            <sup class="footnote">[63]</sup>
         </a>. De même, lorsque
            s’ébranlèrent les premières manifestations de 1978 dans la ville sainte de Qom, la
            télévision française ne s’intéressa qu’à l’aménagement de l’île de Kish, véritable éden
            pour touristes milliardaires réalisé « à grand renfort de capitaux français »<a href="#ftn.d5e359" class="footnote" id="d5e359" shape="rect">
            <sup class="footnote">[64]</sup>
         </a>.
            De ce fait, la télévision française et plus généralement les médias ne consentirent
            réellement à s’intéresser aux revendications du peuple iranien qu’à la fin de l’été 1978
            au moment où les choses commencèrent à sérieusement s’envenimer pour le chah.</p>
      <h3 class="title">
         <a id="d5e361" shape="rect"/>Les intellectuels de gauche et la vision de
                    l’islam dans le cadre de la révolution iranienne de 1979</h3>
      <p>La question de l’islam dans le cadre de la révolution iranienne de 1979 plongea les
              élites de gauche dans la« rhétorique marxiste et la mystique révolutionnaire »<a href="#ftn.d5e364" class="footnote" id="d5e364" shape="rect">
            <sup class="footnote">[65]</sup>
         </a> ; effectivement, certains intellectuels comme Jacques Julliard
              évoquèrent la présence « retournement extraordinaire<a href="#ftn.d5e366" class="footnote" id="d5e366" shape="rect">
            <sup class="footnote">[66]</sup>
         </a> ; l’idée
               véhiculée était alors que l’islam constituait la religion parfaite pour renverser la
              domination occidentale dans sa version capitaliste et américaine imposée par le chah.
              Cette religion s’avérait ainsi être idéale pour reprendre à contre-pied les modèles
              révolutionnaires de 1789 et 1917. Cette vision de l’islam comme moyen de vaincre le
              modèle capitaliste se retrouve particulièrement présente chez Michel Foucault qui au
              début de la révolution affirmait : </p>
      <p>« Ce qui est vieux en Iran, c’est le chah : cinquante ans, cent ans de retard. Il a
              l’âge des souverains prédateurs, il porte le rêve vieillot d’ouvrir son pays par la
              laïcisation et l’industrialisation. L’archaïsme aujourd’hui, c’est son projet de
              modernisation, ses armes de despote, son système de corruption. » <a href="#ftn.d5e369" class="footnote" id="d5e369" shape="rect">
            <sup class="footnote">[67]</sup>
         </a>
      </p>
      <figure id="" class="img">
         <div class="figure">
            <img src="https://media.tremplin.ens-lyon.fr/ressources/users/CharlotteGalland/ConstructionDeLHomoIslamicus/images/Foucault2.jpg" width="300" alt="Michel Foucault"/>
         </div>
         <figcaption>
            <span class="headerCaption"/>
         </figcaption>
      </figure>
      <br/>
      <p>Foucault voyait ainsi dans les mouvements iraniens et dans l’islam en particulier,
              « cette chose dont nous avons, nous autres, oublié la possibilité depuis la
              Renaissance et les grandes crises du christianisme : une spiritualité politique »<a href="#ftn.d5e385" class="footnote" id="d5e385" shape="rect">
            <sup class="footnote">[68]</sup>
         </a>.</p>
      <h3 class="title">
         <a id="d5e387" shape="rect"/>Une vision de l’islam beaucoup plus sceptique
                    sur les plateaux télévisés comme TF1</h3>
      <p>Néanmoins, cette image d’un islam s’avérant idéal pour raviver la spiritualité en
              politique était loin de faire l’unanimité dans les médias français. Effectivement sur
              TF1, la « République islamique » apparaissait comme un pur archaïsme opposé à la
              « modernisation » initiée par le chah :</p>
      <p>« Il est évident qu’une République islamique telle que l’envisagent l’ayatollah
              Khomeyni et ses pairs en Iran constituerait une formidable régression, un bond en
              arrière de quelques siècles »<a href="#ftn.d5e391" class="footnote" id="d5e391" shape="rect">
            <sup class="footnote">[69]</sup>
         </a>,</p>
      <p>annoncait un envoyé spécial de TF1 sur un fond de musique traditionnelle accompagné
              par une image d’un paysan, labourant péniblement son champ à l’aide d’une charrue en
              bois.</p>
      <p>De même, dans son édition du 1er février 1979, le magazine de rédaction de TF1 nommé
              « L’Evénement » diffusait deux reportages ayant pour but de donner une image
              nécessairement violente de l’islam en opposition avec un christianisme apaisé. Le
              premier reportage, présentant le « coup d’État de l’homme au turban noir, au regard
              noir, aux paroles brèves », accordait une attention particulière à l’accueil réservé à
              l’« imam » par plusieurs millions de Téhéranais ; sur les images de « policiers
              islamiques » frappant la foule pour permettre à l’hélicoptère de l’ayatollah
              d’atterrir, le journaliste se demandait  : « Sent-on seulement la morsure des fouets
              quand on est ainsi survolté, presque en état de grâce ? ». </p>
      <p>A l’inverse, le second reportage, présentant le voyage du pape Jean-Paul II au
              Mexique était quant à lui, accompagné de chœurs d’enfants et d’un commentaire élogieux
              du journaliste : « En quelques jours au Mexique, il vient de se tailler une popularité
              spontanée et enthousiaste qu’aucun autre pape n’avait connue depuis Jean XXIII ».</p>
      <p>Il convient enfin de souligner qu’après le retour de Khomeyni en Iran, l’image de
              l’islam se dégrada définitivement dans les médias français ; effectivement, le régime
              khomeyniste ressuscita l’idée séculaire d’un « islam » fondamentalement,
              intrinsèquement hostile à toute forme de modernité, idée que l’on retrouve dans
              l’émission « Apostrophes » du 1er juin 1979 consacrée au « judaïsme » et à
              l’islamisme. S’adressant indirectement au recteur de la Mosquée de Paris, Bernard
              Pivot se demandait :  </p>
      <p>« Hamza Boubakeur écrit dans sa préface à l’édition française du Coran que « l’islam
              prêche la charité et la tolérance, interdit le fanatisme et la contrainte en matière
              de foi ». Seulement, moi, je lis dans le journal tous les jours des choses qui se
              passent en Iran (…) Alors qu’est - ce qui se passe, là ? »</p>
      <p>Les dires de Bernard Pivot se révèlent être particulièrement intéressants dans la
              mesure où ils illustrent une grande tradition journalistique à laquelle ont obéi des
              centaines de reportages sur l’islam durant les années suivantes à savoir : faire du
              Coran un livre de recettes pour analyser l’actualité. Effectivement, ces paroles
              illustrent parfaitement le néo-orientalisme à l’illustration dans les médias de masse
              qui prenaient pour référence l’islam de Khomeyni pour valider l’idée que la religion
              musulmane dans son ensemble était bien archaïque, fanatique et anti – occidentale par
              nature.</p>
      <h2 class="title" style="clear: both">
         <a id="d5e399" shape="rect"/>La présence
                  « d’ambivalences postcoloniales » concernant l’image de l’islam en France : un
                  « homo islamicus » apparaissant intégré sous certains aspects mais étant cependant
                  toujours source de craintes et de préjugés<a href="#ftn.d5e401" class="footnote" id="d5e401" shape="rect">
            <sup class="footnote">[70]</sup>
         </a>
      </h2>
      <p>Ce second temps vise à présenter la deuxième étape mentionnée par Thomas Deltombe dans
            la construction de cet objet « islam de France » à la télévision en montrant qu’après
            avoir relégué au second plan les images de la révolution iranienne, les médias français
            prêtèrent une attention toute particulière à la sédentarisation des populations
            immigrées dans l’Hexagone. </p>
      <p>Dès lors, la figure du « musulman » était présentée comme intégrée (comme nous le
            montrerons à travers l’exemple de La Grande Mosquée à Paris) mais n’était néanmoins pas
            exempte de certains préjugés persistants typiques de l’orientalisme classique.</p>
      <h3 class="title">
         <a id="d5e405" shape="rect"/>La Grande Mosquée de Paris ou le symbole de
                    l’intégration apparente de l’islam en France</h3>
      <figure id="" class="img">
         <div class="figure">
            <img src="https://media.tremplin.ens-lyon.fr/ressources/users/CharlotteGalland/ConstructionDeLHomoIslamicus/images/GrandeMosquee.jpg" width="400" alt="La Grande Mosquée de Paris"/>
         </div>
         <figcaption>
            <span class="headerCaption"/>
         </figcaption>
      </figure>
      <br/>
      <p>Il apparaît premièrement particulièrement intéressant d’évoquer de manière détaillée
              l’exemple de la Grande Mosquée de Paris dans la mesure où à partir de l’année 1979 en
              particulier, celle-ci fut érigée comme l’emblème même de l’intégration de l’islam en
              France et comme un lieu où l’on pouvait y rencontrer enfin « le vrai islam », loin de
              celui pratiqué par l’ayatollah en Iran.</p>
      <p>Effectivement, avec la révolution iranienne, les journalistes redécouvrirent
              subitement la Mosquée de Paris ; dès lors, un rôle médiatique primordial était confié
              à Hamza Boubakeur, père du recteur actuel, qui commentait pour les journalistes les
              actualités musulmanes et interprétait à sa manière les versets du Coran en dénonçant
              ce que les journalistes appelaient alors le « fanatisme musulman ». Comme le souligne
              parfaitement Thomas Deltombe, tous les médias trouvaient alors à la Grande Mosquée un
              « islam sur mesure, à la fois exotique et rassurant » qui valait à son recteur
              l’appellation « mon Éminence »<a href="#ftn.d5e423" class="footnote" id="d5e423" shape="rect">
            <sup class="footnote">[71]</sup>
         </a>.</p>
      <p>Néanmoins, force est de constater que Hamza Boubakeur, derrière sa volonté d’ériger
              un islam parfaitement intégré en France, contribua lui-même à perpétuer certains
              stéréotypes quant à l’image du musulman. En effet, en 1974, quelques mois après la
              flambée de violences racistes envers une dizaine de Nord – Africains dans le sud – est
              de la France, l’ancien recteur de la Mosquée de Paris fut l’objet d’une vive
              polémique . Cette controverse eut pour origine une tribune du recteur dans Le Monde le
              22 septembre 1973, tribune dans laquelle il s’appliquait à relativiser le racisme des
              Français : </p>
      <p>« Il serait faux et injuste d’attribuer aux Français une attitude raciste à l’égard
              des Nords – Africains ou de toute autre ethnie. Est – il besoin de dire, en toute
              logique, que les Français ne sont pas tenus de s’adapter aux faits, aux gestes, aux us
              et coutumes des étrangers, quels qu’ils soient, mais qu’il appartient à ces derniers
              de s’imposer un tel effort ? » </p>
      <p>Dans cette tribune, Hamza Boubakeur recommandait également « l’amabilité, l’oubli du
              couteau, le respect de la femme, la politesse des manières et la correction du
              langage » ce qui fit bondir un groupement d’associations musulmanes d’Ile – de –
              France qui voyaient dans ces dires la perpétuation d’une vision stéréotypée de
              l’islam, comme si cette religion était intrinsèquement violente (comme le montre
              ci-dessus la mention de « l’oubli du couteau »).</p>
      <p>De même, cette polémique soulevée par Hamza Boubakeur fut l’occasion pour certains de
              rappeler  que le statut de la Mosquée était extrêmement flou depuis la fin de la
              période coloniale : </p>
      <p>« La Mosquée de Paris subventionnée par le gouvernement français est toujours le
              dernier bastion de l’Algérie française.»<a href="#ftn.d5e430" class="footnote" id="d5e430" shape="rect">
            <sup class="footnote">[72]</sup>
         </a>
      </p>
      <p>Effectivement, il était évident pour les opposants à Hamza Boubakeur que la Grande
              Mosquée de Paris continuait de donner une vision erronée de l’islam dans la mesure où
              cet édifice, bâti dans les années 1820 et inauguré en 1926 (en hommage aux 100 000
              musulmans morts pour la France au cours de la Première Guerre mondiale) retrouvait
              simplement en 1979 sur les écrans de télévision, le rôle qui fut le sien depuis sa
                création<a href="#ftn.d5e433" class="footnote" id="d5e433" shape="rect">
            <sup class="footnote">[73]</sup>
         </a> à savoir être le « phare guidant les musulmans dans le droit
              chemin » et la « vitrine d’une France tolérante et fière de l’être »<a href="#ftn.d5e435" class="footnote" id="d5e435" shape="rect">
            <sup class="footnote">[74]</sup>
         </a>.</p>
      <h3 class="title">
         <a id="d5e437" shape="rect"/>Une image « du musulman » et de l’islam étant
                    également restée empreinte de certains stéréotypes typiques de l’époque
                    coloniale : du mythe orientaliste de la « musulmane » au mythe contemporain de
                    la « beurette »</h3>
      <p>Il apparaît enfin que malgré la présence d’institutions (telles que la Grande Mosquée
              de Paris) censées prôner l’intégration des musulmans sur le sol français, les années
              80 virent néanmoins la perpétuation de certains clichés propres à l’orientalisme
              classique décrit en première partie. Effectivement, le mythe contemporain de « la
              beurette », synonyme de « femme facile » à la sexualité exubérante comporte de
              nombreuses analogies avec les représentations de la femme musulmane forgées par les
              orientalistes. Avec des expressions ayant été très en vogue chez les  jeunes de 12 à
              25 ans telles que « Fais pas ta beurette »<a href="#ftn.d5e440" class="footnote" id="d5e440" shape="rect">
            <sup class="footnote">[75]</sup>
         </a>, nous retrouvons ainsi selon
              l’historien Reinhart Kosseleck<a href="#ftn.d5e442" class="footnote" id="d5e442" shape="rect">
            <sup class="footnote">[76]</sup>
         </a> plusieurs oppositions classiques à savoir
              Occident/Orient, Nord/Sud, raison/passions, élevé/bas, froid/chaud : ces paires
              sémantiques « antonymes » et « asymétriques » (étant donné que le second terme est
              toujours associé à quelque chose d’inférieur) présentent ainsi « les Orientaux
              rêveurs, contemplateurs et les Occidentaux constructeurs, producteurs », les premiers
              étant « inspirés » et les seconds « agités », les uns étant « tournés vers le passé,
              et les autres tendus vers l’avenir »<a href="#ftn.d5e444" class="footnote" id="d5e444" shape="rect">
            <sup class="footnote">[77]</sup>
         </a>.</p>
      <p>Ce mythe contemporain de « la beurette » censé révéler témoigner d’une religion
              musulmane arriérée se retrouve particulièrement présent à la télévision française
              comme l’analyse parfaitement Thomas Deltombe<a href="#ftn.d5e447" class="footnote" id="d5e447" shape="rect">
            <sup class="footnote">[78]</sup>
         </a> en mentionnant certains journaux
              télévisés où il est dit par exemple qu’à Champigny, « les filles négocient et imposent
              une à une leurs envies de vivre mais parfois, il faut aller jusqu’à la déchirure,
              partir de la famille pour devenir soi-même. »<a href="#ftn.d5e449" class="footnote" id="d5e449" shape="rect">
            <sup class="footnote">[79]</sup>
         </a>. Ainsi, l’idée communément répandue
              est que les jeunes femmes maghrébines ne peuvent être françaises (« devenir soi -
              même ») qu’à condition d’avoir rompu avec le cadre familial et en particulier, avec la
              religion de leurs parents ce qui révèle ainsi que le prétendu « choc des cultures »
              vient ainsi se loger au cœur de la cellule familiale immigrée. Spécialistes de
              l’émotion standardisée, les reporters se complaisent ainsi dans des mises en scène
              dramatisantes  (où l’on invite les filles à témoigner sur les plateaux de façon
              anonyme, où l’on filme en gros plan des lettres déchirantes de jeunes filles envoyées
              au Maroc pour y être mariées). L’idéal pour ce type de reportage est ainsi de dénicher
              des adolescentes faisant le procès à des traditions patriarcales « un peu trop
              facilement identifiées à l’islam »<a href="#ftn.d5e451" class="footnote" id="d5e451" shape="rect">
            <sup class="footnote">[80]</sup>
         </a> comme l’atteste l’extrait de journal
              télévisé ci-dessous : </p>
      <p>« Des mariages brisés, des mariages forcés, il y en aurait beaucoup dans les familles
              maghrébines. Les victimes, les femmes. Car ce sont les hommes qui, là – bas, ont le
              pouvoir, ce sont eux qui assurent la postérité, ce sont eux qui assurent l’honneur de
              la famille. (…) Mais aujourd’hui, beaucoup [de femmes] ne veulent plus se soumettre à
              une ligne de conduite trop contraignante.»<a href="#ftn.d5e454" class="footnote" id="d5e454" shape="rect">
            <sup class="footnote">[81]</sup>
         </a>
      </p>
      <h2 class="title" style="clear: both">
         <a id="d5e456" shape="rect"/>Les rééditions d’ouvrages
                  islamophobes oubliés, une conséquence directe l’hypermédiatisation des musulmans à
                  la suite des attentats du 11 septembre 2001</h2>
      <p>Il apparaît pour finir que la troisième étape majeure dans la construction de cet objet
            « islam de France » dans les médias français (durant la période postcoloniale) débute
            avec les attentats du 11 septembre 2001 commis par les terroristes d’Al-Qaïda aux
            États-Unis. Effectivement, on observe alors un regain d’intérêt pour une littérature qui
            avait pourtant été délaissée ; la télévision présentant ces ouvrages oubliés tente dès
            lors elle aussi de réformer son vocabulaire en découpant la communauté musulmane de
            France en deux pôles : les « modérés » qu’il faudrait défendre et les « islamistes »
            contre lesquels il faudrait lutter. Néanmoins, l’amalgame est souvent fait entre ces
            deux pôles, le « musulman » étant souvent réduit ou associé à la figure de
            l’islamiste.</p>
      <p>C’est ainsi dans ce contexte initié par les attentats de 2001 que sont réhabilitées
            certaines fictions réalistes comme celle du Capitaine A et Yvon de Saint – Gouric nommée
              Mektoub<a href="#ftn.d5e460" class="footnote" id="d5e460" shape="rect">
            <sup class="footnote">[82]</sup>
         </a> qui narre les amoures malheureuses d’une Française et d’un musulman
            venant d’Algérie. A titre d’exemple, le 8 juillet 2015, sur le site d’extrême droite
            Jeune Nation, l’auteur anonyme d’une note évoquant ce roman rappelle qu’il est
            primordial de « se plonger » à nouveau « dans des livres anciens pour comprendre la
            situation actuelle (et ses conséquences) »<a href="#ftn.d5e462" class="footnote" id="d5e462" shape="rect">
            <sup class="footnote">[83]</sup>
         </a>.</p>
      <p>L’exemple de Henri Lammens (professeur à l’université Saint – Joseph de Beyrouth ayant
            participé à L’Encyclopédie de l’Islam parue en 1913), se révèle également être
            intéressant dans la mesure où l’activiste d’extrême droite Jean – Gilles Malliarakis
            publie plus de cinquante ans plus tard aux Éditions du Trident qu’il dirige, deux livres
            de cet intellectuel oublié. Le premier, L’Islam. Croyances et Institutions (1926) fait
            en effet l’objet de deux éditions par la maison d’édition précédemment citée (1993 puis
            2014) dans le but de révéler ce en quoi consiste véritablement l’islam.</p>
      <p>De même, l’ouvrage Pathologie de l’Islam et les moyens de le détruire : étude
            psychologique (1897) écrit par l’essayiste Daniel Kimon (fondateur en 1889 du Cercle
            antisémitique de Jules Guérin) apparaît de nouveau publié en 2008 par une petite maison
            d’édition identitaire et nationaliste nommée les Éditions du Lore. L’étude de la préface
            de l’éditeur révèle parfaitement ce « mythe de l’islamisation » ayant refait surface
            depuis les attentats de 2001 dans la mesure où il est dit que ce livre « se doit d’être
            exhumé à l’heure où un nombre croissant de jeunes Européens se convertissent à la
            religion musulmane ». L’éditeur vante alors les mérites de Daniel Kimon qui « met en
            garde l’Europe toute entière contre le danger imminent d’une invasion à grande
            échelle. » et affirme que ce livre « au contenu fort, quasi – prophétique » mérite
            « d’être lu par tous ceux qui jugent l’heure d’une nouvelle « Reconquista» nécessaire et
            primordiale pour la survie de notre peuple. »<a href="#ftn.d5e466" class="footnote" id="d5e466" shape="rect">
            <sup class="footnote">[84]</sup>
         </a>.</p>
      <p>Ainsi, face à ces stéréotypes islamophobes si fortement ancrés même après l’époque
            coloniale, il s’avère pour finir nécessaire, d’étudier de plus près, comment les études
            post-coloniales, inaugurées principalement par Saïd, ont tenté en parallèle de rompre
            avec cette image essentialisée de « l’homo islamicus » que l’on retrouvait dans tous les
            médias de masse ainsi que dans certains travaux universitaires.</p>
      <br/>
      <hr/>
      <p>
         <a href="#d5e329" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[58] </sup>
         </a>Pierre Bourdieu, Sur
              la télévision, Liber Raison d’Agir, Paris, 1996, p.6.</p>
      <p>
         <a href="#d5e331" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[59] </sup>
         </a>Nous reprenons ici
              les trois étapes proposées par Thomas Deltombe (dans T. Deltombe, L’islam imaginaire,
              op. cit.)</p>
      <p>
         <a href="#d5e350" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[60] </sup>
         </a>Expression que nous
              empruntons ici également à Thomas Deltombe (Id., p.15)</p>
      <p>
         <a href="#d5e352" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[61] </sup>
         </a> Id., p.16.</p>
      <p>
         <a href="#d5e354" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[62] </sup>
         </a> Id., p.16-17.</p>
      <p>
         <a href="#d5e357" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[63] </sup>
         </a> « L’évènement »,
              TF1, 13 janvier 1977 (dans Id., p.19).</p>
      <p>
         <a href="#d5e359" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[64] </sup>
         </a> JT de 20h, TF1, 15
              janvier 1978, JT de 20 heures, Antenne 2, 15 janvier 1978 (dans Id., p.19).</p>
      <p>
         <a href="#d5e364" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[65] </sup>
         </a> Id., p.21.</p>
      <p>
         <a href="#d5e366" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[66] </sup>
         </a>Jacques Julliard dans
              Le Nouvel Observateur (30 septembre 1978).</p>
      <p>
         <a href="#d5e369" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[67] </sup>
         </a>« Le chah a cent ans
              de retard », Corriere Della Sera, 1er octobre 1978.</p>
      <p>
         <a href="#d5e385" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[68] </sup>
         </a> « A quoi rêvent les
              Iraniens », Le Nouvel Observateur, 16 octobre 1978</p>
      <p>
         <a href="#d5e391" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[69] </sup>
         </a> JT de 20 heures,
              TF1, 18 novembre 1978.</p>
      <p>
         <a href="#d5e401" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[70] </sup>
         </a>Expression que nous
              reprenons ici à Thomas Deltombe (T. Deltombe, L’islam imaginaire, op. Cit., p.34)</p>
      <p>
         <a href="#d5e423" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[71] </sup>
         </a> Id., p.40.</p>
      <p>
         <a href="#d5e430" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[72] </sup>
         </a> Le Monde, 15 mars
              1974.</p>
      <p>
         <a href="#d5e433" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[73] </sup>
         </a> Il est intéressant
              de constater que cette critique était déjà présente bien avant la polémique déclenchée
              par Hamza Boubakeur ; effectivement, l’Étoile nord – africaine, mouvement de Messali
              Hadj, ironisait dès sa création sur cette « mosquée réclame, […] un cabaret oriental,
              […] fait pour les touristes, les ratés et les cocottes, […] bâti avec l’argent des
              ouvriers qui en sont exclus, […] une insulte à l’esprit de l’islam » (cité par Pascal
              Blanchard, Eric Deroo, Gilles Manceron, Driss El-Yazami et Pierre Fournié, Le Paris
              arabe, La Découverte, Paris, 2003, p.132).</p>
      <p>
         <a href="#d5e435" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[74] </sup>
         </a> T. Deltombe, L’islam
              imaginaire, op. Cit., p.42.</p>
      <p>
         <a href="#d5e440" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[75] </sup>
         </a> C.Vautier « « Fais
              pas ta beurette » : un documentaire se penche sur ce terme très connoté », Clique, 24
              décembre 2016.</p>
      <p>
         <a href="#d5e442" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[76] </sup>
         </a> R.Koselleck, Le
              Futur passé. Contributions à la sémantique des temps historiques, trad. de J. et M.-C.
              Hoock, Paris, Éditions de l’EHESS, 1990, p.190</p>
      <p>
         <a href="#d5e444" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[77] </sup>
         </a> René Maunier,  Loi
              française et coutume indigène en Algérie, Les éditions Domat-Montchrestien, Paris
              1932, p.39.</p>
      <p>
         <a href="#d5e447" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[78] </sup>
         </a> T. Deltombe, L’islam
              imaginaire, op. Cit., p.67.</p>
      <p>
         <a href="#d5e449" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[79] </sup>
         </a> JT de 13 heures,
              TF1, 5 juillet 1987.</p>
      <p>
         <a href="#d5e451" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[80] </sup>
         </a> T. Deltombe, L’islam
              imaginaire, op. Cit., p.67.</p>
      <p>
         <a href="#d5e454" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[81] </sup>
         </a> JT de 13 heures,
              TF1, 14 mars 1989.</p>
      <p>
         <a href="#d5e460" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[82] </sup>
         </a> Fiction publiée en
              1923 aux éditions du Mercure Africain, Alger.</p>
      <p>
         <a href="#d5e462" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[83] </sup>
         </a> « mektoub : de
              l’Algérie d’hier à la France d’aujourd’hui », Jeune Nation, 8 juillet 2015.</p>
      <p>
         <a href="#d5e466" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[84] </sup>
         </a> D.Kimon, Pathologie
              de l’islam et les moyens de le détruire, (1897), Paris, Les Éditions du Lore, 2008,
              p.14, 15, 24, 32 et 145.</p>
      <h1 class="title">
         <a id="d5e469" shape="rect"/>Chapitre 4. Les études post coloniales ou la
                tentative de remettre en cause les stéréotypes véhiculés quant à l’image
                essentialisée « du musulman » : présentation, approche critique et dépassement</h1>
      <p>
         <strong>Table des matières</strong>
      </p>
      <dl class="toc">
         <dt>
            <span class="sect1">
               <a href="#d5e472" shape="rect">Les études post-coloniales ; une rupture
                  remarquable avec les thèses orientalistes et néo-orientalistes mais n’ayant
                  toutefois pas permis de saisir pleinement ce qu’est l’islam « en
                lui-même »</a>
            </span>
         </dt>
         <dd>
            <dl>
               <dt>
                  <span class="sect2">
                     <a href="#d5e474" shape="rect">Edward Saïd ou le coup d’envoi des études
                      post-coloniales : présentation succincte de l’apport de cet
                    universitaire</a>
                  </span>
               </dt>
               <dt>
                  <span class="sect2">
                     <a href="#d5e526" shape="rect">Néanmoins, il est possible de déceler dans
                      les travaux postcoloniaux dont ceux de Saïd, la présence de deux stratégies
                      adoptées qui révèlent une incapacité à saisir pleinement ce qu’est l’islam
                      « en lui-même »</a>
                  </span>
               </dt>
            </dl>
         </dd>
         <dt>
            <span class="sect1">
               <a href="#d5e572" shape="rect">Dépasser les études post-coloniales pour
                  tenter au mieux de rompre avec le « mythe de l’islamisation » : esquisse de
                  quelques approches possibles</a>
            </span>
         </dt>
         <dd>
            <dl>
               <dt>
                  <span class="sect2">
                     <a href="#d5e574" shape="rect">La nécessité pour quiconque entreprend une
                      étude sur « le musulman » de reconnaître pleinement son « désir de passer –
                      par - l’Autre »</a>
                  </span>
               </dt>
               <dt>
                  <span class="sect2">
                     <a href="#d5e625" shape="rect">Revenir à la source coranique elle-même,
                      un autre moyen permettant de dépasser les études postcoloniales et de rompre
                      définitivement avec l’idée d’un islam fondamentalement violent</a>
                  </span>
               </dt>
            </dl>
         </dd>
      </dl>
      <p>Pour rappel, ce dernier moment de notre exposé vise ainsi à montrer en quoi les études
          post-coloniales inaugurées principalement par Saïd ont permis de mettre au jour le fait
          qu’en dehors de la découverte de l’homme universel, toute image faite de l’Autre apparaît
          comme une représentation totalement vide. Cependant, nous tenterons également d’adopter
          une approche critique de la thèse saidienne en montrant que celle-ci n’est pas parvenue à
          aller jusqu’au bout de sa logique dans la critique de cette image figée de  l’« homo
          islamicus ». Il s’agira par conséquent en dernière instance de montrer que seul un travail
          de fond sur la notion même d’orientalisme et sur le texte sacré lui-même (c’est-à-dire sur
          la source coranique) permettent véritablement de franchir un pas supplémentaire par
          rapport aux « post-colonial studies » en rompant avec tous les stéréotypes véhiculés quant
          à l’islam du point de vue religieux.</p>
      <h2 class="title" style="clear: both">
         <a id="d5e472" shape="rect"/>Les études
                  post-coloniales ; une rupture remarquable avec les thèses orientalistes et
                  néo-orientalistes mais n’ayant toutefois pas permis de saisir pleinement ce qu’est
                  l’islam « en lui-même »</h2>
      <h3 class="title">
         <a id="d5e474" shape="rect"/>Edward Saïd ou le coup d’envoi des études
                    post-coloniales : présentation succincte de l’apport de cet universitaire</h3>
      <figure id="" class="img">
         <div class="figure">
            <img src="https://media.tremplin.ens-lyon.fr/ressources/users/CharlotteGalland/ConstructionDeLHomoIslamicus/images/EdwardSaid2.jpg" width="300" alt="Edward Said"/>
         </div>
         <figcaption>
            <span class="headerCaption"/>
         </figcaption>
      </figure>
      <br/>
      <figure id="" class="">
         <figcaption>
            <span class="headerCaption"/>
            <p>
               <a class="link" href="https://media.tremplin.ens-lyon.fr/ressources/users/CharlotteGalland/ConstructionDeLHomoIslamicus/audios/prefacesaid.mp3" target="_top" shape="rect">Écouter en ligne au format mp3 la</a> la préface d'Edward
                      Saïd</p>
         </figcaption>
      </figure>
      <br/>
      <p>Il convient tout d’abord de rappeler l’apport décisif d’Edward Saïd dans le champ des
              études post-coloniales dans la mesure où l’intellectuel palestino-américain permit de
              rompre avec l’image du musulman comme devant nécessairement être spectateur de sa
              propre image représentée sur la scène de l’Occident comme l’attestent ses dires
              ci-dessous : </p>
      <p>« L’orientalisme repose sur l’extériorité, c’est-à-dire sur ce que l’orientaliste,
              poète ou érudit, fait parler l’Orient, le décrit, éclaire ses mystères pour
              l’Occident. L’Orient ne le concerne jamais que comme cause première de ce qu’il dit.
              Ce qu’il dit et ce qu’il écrit, du fait que c’est dit ou écrit, a pour objet
              d’indiquer que l’orientaliste est en dehors de l’Orient, à la fois comme fait
              existentiel et comme fait moral. »<a href="#ftn.d5e516" class="footnote" id="d5e516" shape="rect">
            <sup class="footnote">[85]</sup>
         </a>
      </p>
      <p>Ainsi, en tentant de rompre avec le « mythe de l’islamisation », Saïd permit de jouer
              le rôle du « fondateur de discursivité »<a href="#ftn.d5e519" class="footnote" id="d5e519" shape="rect">
            <sup class="footnote">[86]</sup>
         </a> ; effectivement, l’intellectuel
              n’apparaissait pas uniquement comme l’auteur de ses propres illustrations mais créait
              là également la possibilité et les règles de production pour des textes allant être
              écrits dans le futur. Grâce à sa manière de procéder pseudo-foucaldienne avec une mise
              en circulation entre le pouvoir et le savoir, Saïd mettait ainsi à la lumière le fait
              que toute culture identifiée , qu’elle soit celle de l’Autre (du musulman) ou la
              nôtre, est nécessairement une multiplicité réduite à l’unité par les mécanismes de
              pouvoir. L’universitaire alla ainsi dans son travail bien au-delà des orientalistes
              classiques et des néo-orientalistes dans la mesure où il fit  remonter les premières
              occurrences de la notion d’Orient bien avant l’avènement de l’islam et avant même
              l’avènement du christianisme ; effectivement, dans le contexte grec, cette notion
              était identifiée à celle de « barbaros » à savoir le « non – grec, l’étranger, le
              grossier, le cruel, le non civilisé »<a href="#ftn.d5e521" class="footnote" id="d5e521" shape="rect">
            <sup class="footnote">[87]</sup>
         </a>. De ce fait, son travail historique
              remarquable permettait de mettre au jour à quel point la formation de « l’image de
              l’Autre » comme miroir inversé était un processus de longue date.</p>
      <p>Selon cet intellectuel, systématiser une culture comme un ensemble différent
              s’avérait seulement pertinent dans le cadre d’une « technique de dépaysement »,
              technique qui avait pour unique visée de permettre au savant « un élargissement de la
              prise de conscience de son sentiment de fraternité humaine, de l’universalité de
              certains principes du comportement humain »<a href="#ftn.d5e524" class="footnote" id="d5e524" shape="rect">
            <sup class="footnote">[88]</sup>
         </a>.</p>
      <h3 class="title">
         <a id="d5e526" shape="rect"/>Néanmoins, il est possible de déceler dans
                    les travaux postcoloniaux dont ceux de Saïd, la présence de deux stratégies
                      adoptées<a href="#ftn.d5e528" class="footnote" id="d5e528" shape="rect">
            <sup class="footnote">[89]</sup>
         </a> qui révèlent une incapacité à saisir
                    pleinement ce qu’est l’islam « en lui-même »</h3>
      <p>Effectivement, il convient de remarquer tout d’abord la présence d’une stratégie
              autobiographique où l’auteur postcolonial fait intervenir au milieu de son argument,
              son expérience de sujet oriental ou colonisé. Cette intervention a souvent lieu à un
              moment clef d’énonciation de la vérité ou du savoir et la légitimité de sa critique se
              soutient du fait qu’« il articule en sa personne l’expérience de l’Autre et le savoir
              du sujet occidental »<a href="#ftn.d5e531" class="footnote" id="d5e531" shape="rect">
            <sup class="footnote">[90]</sup>
         </a>. Telle est en effet la stratégie adoptée par Saïd
              qui, en tant que palestinien arabe, prend son vécu comme témoignage de vérité. Un
              rapprochement avec l’antiphilosophie apparaît dès lors frappant dans la mesure où l’on
              retrouve chez un Kierkegaard<a href="#ftn.d5e533" class="footnote" id="d5e533" shape="rect">
            <sup class="footnote">[91]</sup>
         </a>, un Pascal dans les Pensées, ou un Nietzsche cette
              mise en avant de l’expérience subjective comme moyen d’accès à la vérité : </p>
      <p>
         <span class="emphasis">
            <em>« J’étais assis là dans l’attente - dans l’attente de
                  rien, par-delà le bien et le mal jouissant, tantôt de la lumière, tantôt de
                  l’ombre, abandonné à ce jeu, au lac, au midi, au temps sans but. Alors, ami,
                  soudain un est devenu deux - Et Zarathoustra passa auprès de moi…»</em>
         </span>
               </p>
      <p>Nietzsche, Appendice au Gai Savoir </p>
      <p>L’échec de cette stratégie autobiographique dans le cas des ouvrages postcoloniaux
              est parfaitement illustré avec la bande dessinée de Riad Sattouf, l’Arabe du Futur.
              Une jeunesse au Moyen – Orient (1978 – 1984) ; effectivement, dans ce « roman
              graphique » de 160 pages qui narre les six premières années de Riad Sattouf (en Libye
              puis en Syrie), le regard « innocent » du narrateur n’est en rien salvateur ;
              effectivement, l’expérience autobiographique ne sert qu’à renforcer des stéréotypes ;
              l’« Arabe » est  présenté comme sale (en témoignent les multiples rappels d’odeurs),
              violent et arriéré. </p>
      <figure id="" class="img">
         <div class="figure">
            <img src="https://media.tremplin.ens-lyon.fr/ressources/users/CharlotteGalland/ConstructionDeLHomoIslamicus/images/arabedufutur.jpg" width="250" alt="L'Arabe du Futur"/>
         </div>
         <figcaption>
            <span class="headerCaption"/>
         </figcaption>
      </figure>
      <br/>
      <p>La relation entre le jeune Riad et sa famille paternelle syrienne est faite de
              fourberies et d’insultes et l’ami yéménite du jeune Riad en Libye est, sans surprise,
              présenté comme étant « abruti ». De ce fait, les caricatures les plus abjectes
              apparaissent légitimées d’autant plus efficacement qu’elles sont portées par un
              « moitié Arabe » ne pouvant de ce fait être accusé de racisme. Par conséquent, comme
              le souligne parfaitement Laurent Bonnefoy dans un article consacré à cette
              publication, il n’y a pas là une grande différence concernant l’image du musulman
              « entre  la lepénisation des esprits, la vulgate zemmourienne et les stéréotypes
              véhiculés dans cette bande dessinée »<a href="#ftn.d5e550" class="footnote" id="d5e550" shape="rect">
            <sup class="footnote">[92]</sup>
         </a>. </p>
      <figure id="" class="img">
         <div class="figure">
            <img src="https://media.tremplin.ens-lyon.fr/ressources/users/CharlotteGalland/ConstructionDeLHomoIslamicus/images/RiadSattouf.jpg" width="250" alt="Riad Sattouf"/>
         </div>
         <figcaption>
            <span class="headerCaption"/>
         </figcaption>
      </figure>
      <br/>
      <p>La seconde stratégie à l’illustration dans la plupart des travaux postcoloniaux est
              celle de la « stratégie exemplifiante »<a href="#ftn.d5e567" class="footnote" id="d5e567" shape="rect">
            <sup class="footnote">[93]</sup>
         </a> où les auteurs ont tendance à un
              moment du développement à introduire un récit dans le discours pour en tirer une
              vérité sur la singularité postcoloniale. Dès lors, la vérité de celui qui est
              singulièrement différent surgit dans le discours sous la forme d’un récit (même
              lorsqu’il s’agit d’un récit autobiographique) ; le récit de l’Autre devient alors
              l’exemple et produit un « effet de vérité ». De ce fait, à travers ce passage
              fonctionnant comme une parenthèse, le discours postcolonial met précisément entre
              parenthèses la singularité et la référence véridique de l’Autre pour que la présence
              de l’Autre dans le discours du savoir fasse l’effet de vérité. Le récit introduit dans
              le discours postcolonial peut être celui de « l’informateur autochtone »<a href="#ftn.d5e569" class="footnote" id="d5e569" shape="rect">
            <sup class="footnote">[94]</sup>
         </a>
              ou « native informant »</p>
      <p>qui offre la possibilité dès lors pour l’occidental d’esquisser les traits de ce
              qu’il conçoit comme son Autre. Dès lors, la figure de l’informateur permet de biffer
              l’écart entre les deux sens de la représentation à savoir, représenter au sens de
              darstellen (re – présenter) et représenter au sens de vertreten (être mandataire ou
              porte – parole de quelqu’un) mais ne contribue nullement à rompre pleinement avec ce
              « mythe de l’islamisation » (pour reprendre l’ouvrage éponyme de Raphaël Liogier).</p>
      <h2 class="title" style="clear: both">
         <a id="d5e572" shape="rect"/>Dépasser les études
                  post-coloniales pour tenter au mieux de rompre avec le « mythe de
                  l’islamisation » : esquisse de quelques approches possibles</h2>
      <h3 class="title">
         <a id="d5e574" shape="rect"/>La nécessité pour quiconque entreprend une
                    étude sur « le musulman » de reconnaître pleinement son « désir de passer – par
                    - l’Autre »<a href="#ftn.d5e576" class="footnote" id="d5e576" shape="rect">
            <sup class="footnote">[95]</sup>
         </a>
      </h3>
      <p>Il s’avère en dernière instance, particulièrement intéressant de s’appuyer sur le
              chapitre V de l’illustration Orientalismes, Occidentalismes, à propos de
              l’illustration d’Edward Saïd, dans la mesure où Anoush Ganjipour tente, à travers la
              présentation du dilemme propre au discours postcolonial, de proposer un dépassement de
              ce discours devant permettre aux futurs travaux de mieux saisir ce qu’est l’islam et
              ce qu’est la civilisation musulmane.</p>
      <figure id="" class="img">
         <div class="figure">
            <img src="https://media.tremplin.ens-lyon.fr/ressources/users/CharlotteGalland/ConstructionDeLHomoIslamicus/images/orientalisme.png" width="250" alt="Orientalismes, Occidentalismes, dirigé par Makram Abbès et Laurent Dartigues"/>
         </div>
         <figcaption>
            <span class="headerCaption"/>
         </figcaption>
      </figure>
      <br/>
      <p>Effectivement, il apparaît selon cet universitaire que le discours postcolonial est
              confronté à un dilemme majeur ; d’un côté, ce discours peut se définir comme une
              critique interne du discours du savoir occidental (critique qui oscille entre d’un
              côté la revendication d’un humanisme élargit et de l’autre, la négation de tout savoir
              se prétendant capable de saisir l’humanité singulière de l’Autre). De l’autre côté, ce
              même discours postcolonial a également la possibilité d’assumer qu’il n’est rien
              d’autre qu’une « une certaine antiphilosophie »<a href="#ftn.d5e594" class="footnote" id="d5e594" shape="rect">
            <sup class="footnote">[96]</sup>
         </a>.</p>
      <p>Dès lors, l’universitaire élabore une proposition permettant de dépasser ce dilemme
              propre au discours postcolonial à savoir reconnaître pleinement le « désir du sujet »
               de  « passer – par - l’Autre ». Effectivement, « est Autre celui dont la présence
              inquiète par son étrangeté le sujet de savoir et son savoir »<a href="#ftn.d5e597" class="footnote" id="d5e597" shape="rect">
            <sup class="footnote">[97]</sup>
         </a>. En reprenant
              ainsi le terme freudien d’inquiétante étrangeté (Unheimliche), Anoush Ganjipour montre
              dès lors qu’un sujet appartient à la classe paradoxale de l’Autre lorsque sa
              représentation par un autre sujet va venir questionner chez ce dernier son sentiment
              du chez soi (das Heimische). De ce fait, « être inquiété par l’Autre » apparaît être
              une condition nécessaire pour la transformation de l’individu en sujet de savoir et
              franchir ce pas permet de  « dépasser le discours que proposait Saïd dans
              l’Orientalisme » : bien que la critique du pouvoir impérial ainsi que de l’institution
              universitaire ne perde aucunement sa pertinence historique, il s’agit néanmoins, par
              delà cette critique, de reconnaître pleinement le « désir du sujet orientaliste »
              c’est – à – dire son « désir de passer – par - l’Autre ». Dès lors, il devient
              possible de parler du désir réciproque qui travaille l’Oriental, désir de devenir à
              son tour le sujet de savoir, c’est – à – dire un occidentaliste. Une telle vision
              permet ainsi de donner lieu à deux types d’orientalismes<a href="#ftn.d5e599" class="footnote" id="d5e599" shape="rect">
            <sup class="footnote">[98]</sup>
         </a> ; le premier
              correspondant à un « orientalisme vulgaire » se demande pour justifier son rapport de
              domination « Pourquoi les Arabes ? » et ne fait dès lors que perpétuer une vision
              essentialisée de la religion musulmane. Le second quant à lui remplace la question
              initiale par « Pourquoi les Arabes, et non pas le rien ? » ; selon Khatibi (dans
              l’illustration mentionnée ci-dessous), à un niveau se voulant forcément métaphysique,
              l’orientaliste s’interroge dès lors sur la signification de son passage – par –
              l’Autre et par la suite, il lui revient de se demander pourquoi il doit passer par cet
              Autre particulier nommé l’Arabe. Par conséquent, on retrouve là le lieu où voit le
              jour la « pensée autre » qui correspond à  une pensée provenant des
              « interpénétrations dissymétriques et contingentes de l’Occidental et de l’Oriental ».
              Cette pensée n’est dès lors « ni tout à fait occidentale ni simplement identifiable au
              nom de l’Orient » et exige de prêter une oreille attentive à ce que dit sa propre
              métaphysique lorsqu’elle parle la langue de l’Autre.</p>
      <figure id="" class="">
         <figcaption>
            <span class="headerCaption"/>
            <p>
               <a class="link" href="https://media.tremplin.ens-lyon.fr/ressources/users/CharlotteGalland/ConstructionDeLHomoIslamicus/audios/anoush.mp3" target="_top" shape="rect">Écouter en ligne au format mp3 la</a> un chapitre d'Anish
                    Ganjipour</p>
         </figcaption>
      </figure>
      <br/>
      <h3 class="title">
         <a id="d5e625" shape="rect"/>Revenir à la source coranique elle-même, un
                    autre moyen permettant de dépasser les études postcoloniales et de rompre
                    définitivement avec l’idée d’un islam fondamentalement violent</h3>
      <p>Il s’agit pour finir de montrer qu’une véritable rupture avec la vision essentialisée
              de l’image du musulman ne peut que s’effectuer en revenant sur l’interprétation de
              certains passages du texte coranique lui-même. Effectivement, force est de constater
              que rares furent les travaux postcoloniaux qui entreprirent une réelle relecture du
              Coran pour mettre au jour le fait que la domination masculine ou encore la violence ne
              sont nullement des traits inhérents à l’islam lui-même.</p>
      <p>A ce titre, il apparaît donc particulièrement intéressant de convoquer Amina Wadud et
              son illustration Qur’an and Woman: Rereading the Sacred Text from a Woman’s
                Perspective<a href="#ftn.d5e629" class="footnote" id="d5e629" shape="rect">
            <sup class="footnote">[99]</sup>
         </a>, illustration dans laquelle la féministe entreprend de manière
              minutieuse une relecture de certains versets polémiques du Coran pour tenter de rompre
              avec les stéréotypes véhiculés quant à l’islam tel que : </p>
      <table border="0" class="blockquote" style="width: 100%; cellspacing: 0; cellpadding: 0;" summary="Block quote">
         <tr>
            <td width="10%" valign="top" rowspan="1" colspan="1"> </td>
            <td width="80%" valign="top" rowspan="1" colspan="1">
               <p>« Comment peut-on en venir à parler de féminisme islamique ? Féministe et
                        musulmane, je veux bien : qu'une femme n'ait pas envie d'ébranler toutes les
                        assises identitaires, je peux comprendre. Mais féministe et islamique, je
                        n'y crois pas. Certains versets se prêtent à interprétations, pas d'autres.
                        Lorsqu'un verset dit : «  Battez-les si elles continuent à être insoumises
                        », qu'on le veuille ou non, le verbe battre, ne se prête pas à de multiples
                        interprétations. » </p>
            </td>
            <td width="10%" valign="top" rowspan="1" colspan="1"> </td>
         </tr>
         <tr>
            <td width="10%" valign="top" rowspan="1" colspan="1"> </td>
            <td colspan="2" align="right" valign="top" rowspan="1">--<span class="attribution">Houria
                       Abdelouahed, <em class="citetitle">Les Femmes du prophète</em>
               </span>
            </td>
         </tr>
      </table>
      <p>Face à de telles affirmations, il apparaît ainsi nécessaire de convoquer l’analyse
              proposée par Amina Wadud dans la mesure où celle-ci rompt premièrement avec la
              conception soutenant que l’islam prône une supériorité de l’homme sur la femme. </p>
      <figure id="" class="img">
         <div class="figure">
            <img src="https://media.tremplin.ens-lyon.fr/ressources/users/CharlotteGalland/ConstructionDeLHomoIslamicus/images/AminaWadud.jpg" width="300" alt="Amina Wadud"/>
         </div>
         <figcaption>
            <span class="headerCaption"/>
         </figcaption>
      </figure>
      <br/>
      <p> Pour démontrer que cela n’est nullement le cas, Amina Wadud entreprend alors une
              analyse du terme « Darajah » (traduit souvent par « degré », « niveau ») et montre que
              le Coran a juste précisé certains points comme le fait que tous les actes accomplis
              avec la «  taqwa » (avec piété, avec une forme de « crainte révérencielle ») ont plus
              de valeur. De même, le Coran établit qu’une distinction peut être faite sur la base de
              la connaissance (verset 11, sourate 58 : « Allah élèvera en degrés ceux d’entre vous
              qui auront cru et ceux qui auront reçu le savoir »). Concernant l’unique verset qui
              distingue le darajah entre l’homme et la femme (verset 228, sourate 2 : « Les femmes
              divorcées doivent observer un délai d’attente de trois menstrues ; et il ne leur est
              pas permis de taire ce qu’Allah a créé dans leurs ventres, si elles croient en Allah
              et au Jour dernier. Et leurs époux feraient mieux de les reprendre pendant cette
              période s’ils désirent la réconciliation. Quant à elles, elles ont des droits
              équivalents à leurs obligations conformément à la bienséance. »), Amina Wadud souligne
              que le contexte de discussion concerne uniquement ici le divorce ; l’avantage que les
              hommes ont est d’être individuellement capable de demander le divorce sans assistance.
              Le divorce est accordé à la femme seulement après l’intervention d’une autorité (comme
              celle d’un juge). Cependant, la féministe insiste sur le fait que ce droit
              correspondait au contexte historique particulier au temps de la révélation (« men did
              have this power) et que des réformes étaient par conséquent parfaitement envisageable
              par la suite.</p>
      <p>De même, face à la fin du verset 34 de la sourate 4 (« Les femmes vertueuses sont
              obéissantes (qanitat) et protègent ce qui doit être protégé avec la protection
              d’Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance (nushuz), exhortez les,
              éloignez vous d’elles dans leurs lits et frappez les (daraba) »), Amina Wadud souligne
              que le mot «  qanitat » fut trop souvent interprété comme impliquant l’idée
              d’obéissance au mari. Or, pour cette féministe, ce terme désigne en réalité un trait
              caractéristique des croyants applicable aussi bien à l’homme qu’à la femme ; ceux-ci
              doivent simplement être coopératifs entre eux (ce qui se distingue de la simple
              obéissance entre les êtres humains qui est quant à elle indiquée par le mot « ta’a »).
              Concernant le verbe « frapper » utilisé dans la traduction française à la fin de ce
              verset étant apparu si polémique, Amina Wadud rappelle que le terme initial,
              « daraba », n’est pas forcément lié à une action violente (comme il est le cas avec la
              phrase « daraba Allah mathalan » signifiant « Allah donne un exemple »). Seul le terme
               « darraba» avec deux « r » suggère l’idée de frapper intensément et de manière
              répétée ce qui montre bien, la confusion à l’illustration dans un bon nombre de
              traductions ayant propagé la vision d’un islam essentiellement violent.</p>
      <figure id="" class="">
         <figcaption>
            <span class="headerCaption"/>
            <p>
               <a class="link" href="https://media.tremplin.ens-lyon.fr/ressources/users/CharlotteGalland/ConstructionDeLHomoIslamicus/audios/amina.mp3" target="_top" shape="rect">Écouter en ligne au format mp3 l'</a>entretien d'Amina Wadud</p>
         </figcaption>
      </figure>
      <br/>
      <br/>
      <hr/>
      <p>
         <a href="#d5e516" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[85] </sup>
         </a> E. W. Said,
              L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident, op. Cit., p.34.</p>
      <p>
         <a href="#d5e519" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[86] </sup>
         </a>Michel Foucault,
              « Qu’est-ce qu’un auteur ? » dans Dits et écrits I, Paris, Gallimard, 2001, p.832.</p>
      <p>
         <a href="#d5e521" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[87] </sup>
         </a> Dictionnaire grec –
              français d’A.Bailly</p>
      <p>
         <a href="#d5e524" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[88] </sup>
         </a>C’est quinze ans
              après la publication de L’Orientalisme et dans la Postface de 1994 que Saïd va
              introduire explicitement cette nuance (E. W. Said, L’Orientalisme, l’Orient créé par
              l’Occident, op. Cit.).</p>
      <p>
         <a href="#d5e528" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[89] </sup>
         </a> Nous nous appuyons
              ici principalement sur le chapitre V dans Orientalismes, Occidentalismes, à propos de
              l’illustration d’Edward Said, Éditions Hermann, Paris, 2018.</p>
      <p>
         <a href="#d5e531" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[90] </sup>
         </a> Ibid., p.188.</p>
      <p>
         <a href="#d5e533" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[91] </sup>
         </a> Kierkegaard affirme
              en effet dans son Post – scriptum aux miettes philosophiques (Paris, Gallimard, 1949,
              p.250) qu’un savoir sur le christianisme a peut être du sens mais qu’il passe sans
              aucun doute à côté de la vérité d’être chrétien. De même, l’auteur postcolonial va
              venir affirmer qu’un savoir pur et dur sur l’islam ne pourra que « porter sur le
              concept vide de l’altérité mais jamais sur « l’être – Autre ».</p>
      <p>
         <a href="#d5e550" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[92] </sup>
         </a> Laurent Bonnefoy
              « « l’Arabe du Futur » ou la force des préjugés », Orient XXI, 23 janvier 2015.</p>
      <p>
         <a href="#d5e567" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[93] </sup>
         </a> Orientalismes,
              Occidentalismes, à propos de l’illustration d’Edward Said, op. Cit., p.190.</p>
      <p>
         <a href="#d5e569" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[94] </sup>
         </a> Terme emprunté à
              Spivak dans A Critique of Postcolonial Reason, Harvard University Press, 1999,  p.
              4-5.</p>
      <p>
         <a href="#d5e576" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[95] </sup>
         </a> Expression que nous
              empruntons ici au chapitre V dans Orientalismes, Occidentalismes, à propos de
              l’illustration d’Edward Said, op. Cit.</p>
      <p>
         <a href="#d5e594" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[96] </sup>
         </a> Anoush Ganjipour
              précise que toute approche post – coloniale souhaitant rester en dessous de ce dilemme
              risque inévitablement de tomber dans le « fétichisme de la différence » qui apparaît
              comme la figure inversée du narcissisme chez celui qui s’érige en Autre de l’Occident
              (Saïd en effet devenait  de plus en plus conscient de ce danger vers la fin de sa
              vie).</p>
      <p>
         <a href="#d5e597" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[97] </sup>
         </a> Orientalismes,
              Occidentalismes, à propos de l’illustration d’Edward Said, op. Cit., p.196.</p>
      <p>
         <a href="#d5e599" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[98] </sup>
         </a> Deux ans avant
              l’ouvrage de Said, Abdelkébir Khatibi (Abdelkébir Khatibi, «  L’orientalisme
              désorienté » (1976), repris dans Maghreb pluriel, Paris, Denoël, 1983, p. 113 – 145)
              publiait un texte où il distinguait deux types d’orientalisme.</p>
      <p>
         <a href="#d5e629" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[99] </sup>
         </a> A. Wadud, Qur’an and
              Woman: Rereading the Sacred Text from a « Woman’s Perspective », Oxford, Oxford
              University Press, 1999.</p>
      <h1 class="title">
         <a id="d5e677" shape="rect"/>Chapitre 5. Conclusion</h1>
      <p>Ainsi, l’étude de l’orientalisme classique (dont les représentations avaient néanmoins
          débuté bien avant avec les discours chrétiens au Moyen-Age et durant la période amorcée
          par la Réforme) permettait de révéler une vision essentialisée de l’islam ; effectivement,
          cette religion apparaissait chez beaucoup d’orientalistes comme « une manière d’être, de
          sentir, de comprendre, un tempérament (...) une psychologie » qui créait « par derrière
          toutes les apparences secondaires d’européanisation un profond refus de toute
            assimilation »<a href="#ftn.d5e680" class="footnote" id="d5e680" shape="rect">
            <sup class="footnote">[100]</sup>
         </a>. La définition proposée par Saïd de l’orientalisme mettait dès lors à
          la lumière l’ancrage intellectuel d’un tel courant ; en effet, l’étude d’un universitaire
          tel que Ernest Renan qui voyait dans l’islam une religion incompatible avec le progrès
          permettait de mieux comprendre la permanence des représentations figées de la religion
          musulmane dans les années postérieures ; effectivement, il était intéressant dans un
          second moment de centrer notre attention sur ce néo-orientalisme à l’illustration dans les
          médias de masse tels que la télévision qui présentait bien souvent une image fluctuante
          « du musulman ». Cette « puissance prescriptive de la parole journalistique »<a href="#ftn.d5e682" class="footnote" id="d5e682" shape="rect">
            <sup class="footnote">[101]</sup>
         </a>
          montrait ainsi que la vision portée sur l’islam du point de vue religieux dépendait
          entièrement de l’actualité (comme l’illustraient la révolution iranienne de 1979 ou encore
          les attentats du 11 septembre 2001). Malgré la création d’un « islam en France » qui était
          censé être incarné du point de vue institutionnel par La Grande Mosquée de Paris, il
          apparaissait d’autre part clair que certains préjugés propres à l’époque coloniale
          perduraient. Effectivement, la perpétuation de ces stéréotypes était on ne peut plus
          visible avec l’étude du mythe contemporain « de la beurette », mythe révélant une mutation
          de l’image de l’« orientale » présente chez certains écrivains du XIX<sup>e</sup>siècle
          comme Guy de Maupassant ou Gustave Flaubert.</p>
      <p>Il était donc primordial dans un dernier temps, face à l’énumération de ces nombreux
          traits censés caractériser de manière atemporelle « l’homo islamicus », de se tourner vers
          les études postcoloniales, études qui avaient le mérite de dénoncer les mécanismes de
          domination à l’illustration dans l’orientalisme sous toutes ses formes ; l’étude de la
          thèse saidienne permettait ainsi grâce à son approche pseudo-foucaldienne, de réaliser que
           toute culture identifiée était nécessairement une multiplicité réduite à l’unité par les
          mécanismes de pouvoir. Néanmoins, il était intéressant dans un second moment d’adopter une
          distance critique vis-à-vis des dires de cet universitaire palestino-américain dans le but
          de montrer que la « stratégie autobiographique » dont il usait abondamment ainsi que la
          « stratégie exemplifiante » se servant de « l’informateur autochtone » révélaient une
          incapacité à rompre pleinement avec le « mythe de l’islamisation ». Dès lors, la
          présentation de quelques approches possibles permettant de dépasser le stade des
          « post-colonial studies » s’avérait doublement intéressante ; premièrement, l’étude
          d’Anoush Ganjipour et de Abdelkébir Khatib permettait, en reprenant le concept freudien
          d’inquiétante étrangeté, de montrer qu’il était possible de procéder à une redéfinition de
          l’orientalisme ; dès lors, celui-ci, en reconnaissant son « désir-de – passer – par
          l’Autre », provenait des interpénétrations dissymétriques et contingentes de l’Occidental
          et de l’Oriental et se détachait ainsi d’une image essentialisée de l’islam. L’étude de
          l’illustration d’Amina Wadud deuxièmement, apportait un nouvel éclairage en montrant que
          seul un retour sur l’interprétation du Coran lui-même permettait véritablement de rompre
          avec tous les stéréotypes véhiculés quant à l’islam ; effectivement, sa relecture
          minutieuse de certains versets polémiques du texte coranique révélait le primat de
          l’interprétation déjà évoqué en introduction,  cette «  interprétation diverse des mêmes
          mots par des êtres de mentalité dissemblable » qui est si souvent la « cause fréquente de
          luttes historiques » pour reprendre les dires de l’anthropologue Gustave Le Bon.</p>
      <br/>
      <hr/>
      <p>
         <a href="#d5e680" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[100] </sup>
         </a>Propos de Louis
              Chevalier en 1947 cités p.265 dans O. Le Cour Grandmaison, « Ennemis mortels »,
              représentations de l’islam et politiques en France à l’époque coloniale, op. cit.</p>
      <p>
         <a href="#d5e682" class="para" shape="rect">
            <sup class="para">[101] </sup>
         </a>Ingrid Riocreux
                <span class="emphasis">
            <em>La langue des médias</em>
         </span>, <span class="emphasis">
            <em>Destruction du langage et fabrication du consentement, </em>
         </span>
         <span class="emphasis">
            <em>L’artilleur, Éditions du Toucan, 2016.</em>
         </span>
      </p>
      <h1 class="title">
         <a id="d5e689" shape="rect"/>Chapitre 6. Bibliographie</h1>
      <p>
         <strong>Table des matières</strong>
      </p>
      <dl class="toc">
         <dt>
            <span class="sect1">
               <a href="#d5e691" shape="rect">Illustrations</a>
            </span>
         </dt>
         <dt>
            <span class="sect1">
               <a href="#d5e717" shape="rect">Ouvrages en version papier
                consultés</a>
            </span>
         </dt>
         <dt>
            <span class="sect1">
               <a href="#d5e731" shape="rect">Pages web consultées</a>
            </span>
         </dt>
      </dl>
      <h2 class="title" style="clear: both">
         <a id="d5e691" shape="rect"/>Illustrations</h2>
      <p>Image de couverture, Marie Antoinette Izart – La tasse de café; Domaine public <a class="link" href="https://www.flickr.com/photos/repolco/32815641333" target="_top" shape="rect">https://www.flickr.com/photos/repolco/32815641333</a>
      </p>
      <p>Ernest Renan, Crative Commons par Fæ, <a class="link" href="https://search.creativecommons.org/photos/bf01236e-4535-4b0c-b7f1-72b3e4e1d22e" target="_top" shape="rect">https://search.creativecommons.org/photos/bf01236e-4535-4b0c-b7f1-72b3e4e1d22e</a>
      </p>
      <p>Michel Foucault, Domaine Public <a class="link" href="https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Michel_Foucault_1974_Brasil.jpg" target="_top" shape="rect">https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Michel_Foucault_1974_Brasil.jpg</a>
      </p>
      <p>Edward Saïd, Creative Commons <a class="link" href="https://search.creativecommons.org/photos/b0ab0835-19e8-4685-a186-318b92eff5c4" target="_top" shape="rect">https://search.creativecommons.org/photos/b0ab0835-19e8-4685-a186-318b92eff5c4</a>
      </p>
      <p>Amina Wadud Oregon State University <a class="link" href="https://search.creativecommons.org/photos/0bd40192-ede2-4880-91dc-c2b24845e569" target="_top" shape="rect">https://search.creativecommons.org/photos/0bd40192-ede2-4880-91dc-c2b24845e569</a>
      </p>
      <p>"Harem Beauty" par Adrien Henri Tanoux, Sofi01 <a class="link" href="https://search.creativecommons.org/photos/3801d14a-2340-49a8-b77b-9a776830235a" target="_top" shape="rect">https://search.creativecommons.org/photos/3801d14a-2340-49a8-b77b-9a776830235a</a>
      </p>
      <p>La Grande mosquée, Licence Free GNU <a class="link" href="https://commons.wikimedia.org/wiki/File:P1110316_Paris_V_grande_mosqu%C3%A9e_de_Paris_rwk.JPG" target="_top" shape="rect">https://commons.wikimedia.org/wiki/File:P1110316_Paris_V_grande_mosqu%C3%A9e_de_Paris_rwk.JPG</a>
      </p>
      <p>Riad Sattouf, Creative Commons, <a class="link" href="https://search.creativecommons.org/photos/70debd87-1361-4b16-9d34-dd4502db3ba9" target="_top" shape="rect">https://search.creativecommons.org/photos/70debd87-1361-4b16-9d34-dd4502db3ba9</a>
      </p>
      <p>L'arabe du Futur, Fair Use, <a class="link" href="https://en.wikipedia.org/wiki/The_Arab_of_the_Future" target="_top" shape="rect">https://en.wikipedia.org/wiki/The_Arab_of_the_Future</a>
      </p>
      <p>L'ayayllah Khomeini, Public Domain, <a class="link" href="https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Roollah-khomeini.jpg" target="_top" shape="rect">https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Roollah-khomeini.jpg</a>
      </p>
      <p>L'orientalisme par Makram Abbès : <a class="link" href="http://cercc.ens-lyon.fr/spip.php?article743" target="_top" shape="rect">http://cercc.ens-lyon.fr/spip.php?article743</a>
      </p>
      <p>Allouma, Creative Commons, <a class="link" href="https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Maupassant_-_La_Main_gauche,_Ollendorff,_1899.djvu/11" target="_top" shape="rect">https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Maupassant_-_La_Main_gauche,_Ollendorff,_1899.djvu/11</a>
      </p>
      <h2 class="title" style="clear: both">
         <a id="d5e717" shape="rect"/>Ouvrages en version papier
                  consultés</h2>
      <p>Austin J.L., Quand dire, c’est faire, Seuil, Paris, coll. « Points Essais », 1991.</p>
      <p>Deltombe Thomas, L’islam imaginaire, La construction médiatique de l’islamophobie en
            France au XXe siècle, La Découverte, Paris, coll. « Poche/Essais », 2007.</p>
      <p>Hajjat Abdellali et Marwan Mohammed, Islamophobie, comment les élites française
            fabriquent le « problème musulman », La Découverte, Paris, 2013.</p>
      <p>Husserl Edmund, La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale,
            Gallimard, Paris, coll. « Tel », 1989.</p>
      <p>Le Cour Grandmaison Olivier, « Ennemis mortels », représentations de l’islam et
            politiques en France à l’époque coloniale, La Découverte, Paris, 2019.</p>
      <p>Liogier Raphael, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, Seuil,
            Paris, 2012.</p>
      <p>Mernissi Fatima, Le Harem politique, Albin Michel, Paris, 1987.</p>
      <p>Platon, Phédon, Monique Dixsaut (trad.), Flammarion, Paris, coll. « GF », 1999.</p>
      <p>Said Edward W., L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident, Catherine Malamoud
            (trad.), Seuil, Paris, coll. « Points Essais », 2005.</p>
      <p>Wadud Amina, Qur’an and Woman: Rereading the Sacred Text from a « Woman’s
            Perspective », Oxford, Oxford University Press, 1999.</p>
      <p>Orientalismes, Occidentalismes, à propos de l’illustration d’Edward Said, Éditions
            Hermann, Paris, coll. « Échanges littéraires », dirigé par Laurent Dartigues et Makram
            Abbès, 2018.</p>
      <h2 class="title" style="clear: both">
         <a id="d5e731" shape="rect"/>Pages web consultées</h2>
      <p>Bonnefoy Laurent, « “L’Arabe du futur” ou la force des préjugés - Une bande dessinée
            marquée par les stéréotypes », sur Orient XXI, 23 janvier 2015 (en ligne : <a class="link" href="https://orientxxi.info/lu-vu-entendu/l-arabe-du-futur-ou-la-force-des-prejuges,0784" target="_top" shape="rect">https://orientxxi.info/lu-vu-entendu/l-arabe-du-futur-ou-la-force-des-prejuges,0784</a> ;
            consulté le 27 novembre 2020).</p>
      <p>Murphy Maureen, Zahia Rahmani, Todd Shepard, Elvan Zabunyan et Rémi Labrusse, « Arts,
            violences, identités : l’apport des études postcoloniales », Perspective, no 1, 2012,
            p. 56-69.</p>
      <p>Pageaux Daniel-Henri et Christine Peltre, « Orientalisme, art et littérature »,
            Encyclopædia Universalis, (en ligne : <a class="link" href="http://www.universalis.edu.com/encyclopedie/orientalisme-art-et-litterature/" target="_top" shape="rect">http://www.universalis.edu.com/encyclopedie/orientalisme-art-et-litterature/</a> ;
            consulté le 28 décembre 2020).</p>
      <p>Peltre Christine, « L’Étude des arts musulmans : une “création occidentale” », no 1,
            2009 (en ligne : <a class="link" href="http://journals.openedition.org/actesbranly/225" target="_top" shape="rect">http://journals.openedition.org/actesbranly/225</a>" ; consulté le 28
            décembre 2020).</p>
      <p>« Amina Wadud », dans Wikipedia, 21 août 2020 (en ligne : <a class="link" href="https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Amina_Wadud&amp;amp;oldid=974128612" target="_top" shape="rect">https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Amina_Wadud&amp;oldid=974128612</a> ;
            consulté le 3 décembre 2020).</p>
      <p>« L’islam, objet médiatique », (en ligne : <a class="link" href="http://islam-objet-mediatique.fr" target="_top" shape="rect">http://islam-objet-mediatique.fr</a> ; consulté le 27 novembre 2020).</p>
   </body>
</html>