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    <title>La construction de l'homo islamicus en France depuis l’orientalisme classique
      jusqu’à nos jours</title>
    <subtitle>Présentation et approche critique de cette image essentialisée</subtitle>
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      <email>charlotte.galland@ens-lyon.fr </email>
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          Pas d'Utilisation Commerciale  Partage dans les mêmes conditions 4.0 International</link>
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    </copyright>
    <abstract>
      <para>Ce travail avait pour principale visée de dresser de manière la plus exhaustive
        possible, une vision d'ensemble de l'image du « musulman » en France, image souvent emprunte
        de nombreux stéréotypes. Il s'agissait en adoptant tout d'abord un plan chronologique de
        retracer depuis le Moyen-Age, la construction progressive de cette image essentialisée ; il
        était dès lors possible de relever de nombreuses continuités avec notre siècle actuel. Le
        troisième moment de ce travail était pour finir une tentative d'exposition des travaux
        post-coloniaux ayant tenté de rompre avec une vision erronée de l'islam. La fin de ce
        mini-mémoire proposait néanmoins un dépassement des études post-coloniales en en montrant
        les faiblesses. </para>
    </abstract>
  </info>

  <chapter>
    <title>Introduction</title>
    <para>« L’islam refuse par essence l’égalité ; une vision du monde pas bien éloignée
      d’Hitler ; une histoire qui nie l’Histoire génère une société close, statique, fermée sur
      elle–même, fascinée par l’immobilité des morts. »</para>
    <figure>
      <title>Présentation vidéo de mon projet</title>
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                <simpara>Cette illustration est mise à disposition selon les termes de la <link xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/">Licence Creative
                    Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0
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                <simpara>Cette illustration est mise à disposition selon les termes de la <link xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/">Licence Creative
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      <caption>
                <para>
                    <link xlink:href="https://media.tremplin.ens-lyon.fr/ressources/users/CharlotteGalland/ConstructionDeLHomoIslamicus/videos/presentation2.mp4">Voir en ligne au format mp4 la</link> Présentation vidéo de mon projet</para>
            </caption>
    </figure>
    <para>Tels sont les dires de l’écrivain français Michel Onfray dans son Traité d’athéologie paru
      en 2005<footnote>
        <para>Michel Onfray, Traité d’athéologie. Physique de la métaphysique, Paris, Grasset,
          2005, p.239 – 256.</para>
      </footnote>, traité illustrant on ne peut mieux le néo-orientalisme présent chez bon nombre
      d’intellectuels ce qui révèle qu’« on ne peut pas détruire en quelques décennies un système
      perceptif et axiologique qui a commandé la pensée d’une culture »<footnote>
        <para>  Colette Guillaumin, L’idéologie raciste, Gallimard, Paris [1972], p.84.</para>
      </footnote> durant des siècles. Effectivement, comme le souligne parfaitement Colette
      Guillaumin dans l’illustration précédemment mentionnée, sur le plan inconscient, « la
      forme et le fondement biologiques qui sont attribués aux conduites culturelles sont restés
      prégnants et dominent notre conception du monde »<footnote>
        <para>  Ibid., p.92.</para>
      </footnote> ce qui donne lieu au fait que sans même nous en apercevoir, nous pouvons
      facilement rester tributaires d’idées reçues concernant l’islam se perpétuant depuis de
      nombreux siècles. Effectivement, dès la fin du VII<superscript>e</superscript> siècle, face à
      l’expansion de la civilisation musulmane à travers le monde, les autorités religieuses et
      politiques de l’Europe chrétienne commencèrent à développer de nombreuses stratégies ayant
      pour but de combattre celui que l’on nommait déjà « l’ennemi musulman », ennemi musulman
      qui correspondait aussi bien à l’« Arabe », qu’au « Sarrasin » ou encore à
      l’« Agarénien ». La période allant de la Réforme aux Lumières vit elle aussi, la
      perpétuation des préjugés traditionnels, la différence étant que  les luttes internes à
      l’Europe (protestants et philosophes contre l’Église catholique) produisirent une plus grande
      diversité de discours sur l’islam. Cependant, il apparaît clair que la radicalisation de
      l’altérité musulmane alla de pair avec la naissance  au XVIII<superscript>e</superscript>
      siècle d’une nouvelle discipline, l’orientalisme, qui correspond pour en donner une définition
      succincte (que nous compléterons de manière détaillée ultérieurement) à l’« ensemble des
      connaissances, des idées philosophiques et des mœurs des peuples orientaux » et plus
      généralement à la « science des orientalistes »<footnote>
        <para>Définition proposée par Émile Littré.</para>
      </footnote>. Dès lors, émergea une vision paradoxale de l’image du « musulman » dans
      la mesure où celle-ci apparaissait étroitement liée à l’exotisme oriental qui repose sur trois
      procédés efficaces ; la fragmentation pittoresque pour mieux consommer, la théâtralisation
      permettant de changer l’autre en spectacle en l’incluant dans un décor et enfin la
      sexualisation permettant de le dominer. Cet exotisme oriental essentialisé se retrouvait ainsi
      parfaitement illustré chez un Flaubert qui définissait le harem comme le « rêve de tous les collégiens »<footnote>
        <para> Gustave Flaubert, Dictionnaire des idées reçues : « HAREM : Comparer toujours un
          coq au milieu de ses poules à un sultan dans son harem. Rêve de tous les
          collégiens. »</para>
      </footnote>, chez un Chateaubriand confessant être parti « chercher des images. Voilà tout. »<footnote>
        <para> Chateaubriand,  <emphasis>Itinéraire de Paris à Jérusalem</emphasis>
                    <emphasis>,
          </emphasis>(1811).</para>
      </footnote> ou encore chez certains peintre orientalistes (tels que Edouard Frédéric Wilhelm
      Richter dans « In the Harem » ou Dominique Ingres en 1862 avec « le Bain
      Turc »). </para>
    <para>Néanmoins, à l’autre pôle de cette vision enchanteresse du monde musulman, dominait une
      vision péjorative de l’Orient, Orient apparaissant comme le miroir inversé de l’Occident et
      désignant non pas la raison, mais la passion, non le <link xlink:href="http://www.universalis-edu.com.acces.bibliotheque-diderot.fr/encyclopedie/progres/">progrès</link> ou la modernité, mais le temps arrêté, le primitif. Dès lors, cette idée
      d’une civilisation musulmane primitive conduisait à plusieurs conceptions erronées du musulman
      pouvant tout aussi bien concerner son physique<footnote>
        <para>« L’Algérien n’a pas de cortex, ou, pour être plus précis, la domination comme
          chez les vertébrés inférieur est diencéphalique. Les fonctions corticales, si elles
          existent, sont très fragiles, pratiquement non intégrées dans la dynamique de
          l’existence » (citation empruntée par Saïd à Frantz Fanon, celle – ci provenant d’un
          article de 1939 intitulé « Le primitivisme des indigènes nord – africains ; ses
          incidences en pathologie mentale » par Antoine Porot et Jean Sutter. E.W Saïd, Freud
          et le monde extra – européen, Paris, Le Serpent à Plumes, 2004, p.32.)</para>
      </footnote>, sa langue même qui était décrite comme essentiellement poétique et incompatible
      avec le rationalisme<footnote>
        <para>« Les philosophes et les savants arabes sont en général d’assez mauvais
          écrivains », (Ernest Renan, L’islam et la science, Paris, L’Archange Minotaure,
          Montpellier, 2003, p.24).</para>
      </footnote> ou encore le texte sacré auquel ce même musulman se référait à savoir le Coran<footnote>
        <para> « J’ai beaucoup étudié le Coran à cause surtout de notre position vis-à-vis des
          populations musulmanes en Algérie et dans tout l’Orient. Je vous avoue que je suis sorti
          de cette étude avec la conviction qu’il y avait eu dans le monde, à tout prendre, peu de
          religions aussi funestes aux hommes que celle de Mahomet. Elle est, à mon sens, la
          principale cause de la décadence aujourd’hui si visible du monde musulman » Alexis de
          Tocqueville, 1843.</para>
      </footnote>. De ce fait, ces idées répandues conduisaient à la certitude que
      « l’oriental » pris au sens large nécessitait, de part son infériorité supposée, une
      représentation externe, tels ces paysans évoqués dans le 18 Brumaire de Louis Bonaparte de
      Karl Marx qui « ne pouvaient se représenter et devaient être représentés », leurs
      représentants devant « en même temps leur paraître comme leurs maîtres, comme une
      autorité supérieure »<footnote>
        <para> Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, Paris, Les Éditions Sociales, 1969
          [1851], p.107.</para>
      </footnote>. </para>
    <para>Cependant, il apparaît clair que le coup d’envoi lancé dans les études postcoloniales par
      Edward Saïd en 1978 avec son illustration L’Orientalisme<footnote>
        <para> E. W. Said, L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident, C. Malamoud (trad.), Seuil,
          Paris, 2005.</para>
      </footnote> marqua un véritable tournant dans la mesure où l’intellectuel palestino-américain
      permit de mettre au jour les mécanismes d’hégémonie à l’illustration chez les orientalistes.
      Dès lors, les travaux de cet universitaire amorcèrent un début de rupture avec ce schéma de
      l’étranger se trouvant nécessairement spectateur de sa propre image représentée sur la scène
      de l’Occident dans la mesure où Saïd joua le rôle d’un « fondateur de discursivité » pour
      reprendre des termes foucaldiens<footnote>
        <para> Michel Foucault, « Qu’est-ce qu’un auteur ? » dans Dits et écrits I, Paris,
          Gallimard, 2001, p.832.</para>
      </footnote>. </para>
    <para>De ce fait, la thèse saidienne s’avère être particulièrement intéressante dans la mesure
      où elle permet de déceler le fait que « c’est le regard qui crée l’objet et non
      l’inverse » pour reprendre une formule de Thomas Deltombe<footnote>
        <para> T. Deltombe, L’islam imaginaire, La construction médiatique de l’islamophobie en
          France au XXe siècle, La Découverte, Paris, 2007</para>
      </footnote>. En effet, comme l’indique déjà le sociologue Pierre Bourdieu dans son
      illustration Sur la télévision<footnote>
        <para> Pierre Bourdieu, Sur la télévision, Liber Raison d’Agir, Paris, 1996.</para>
      </footnote>, nommer, c’est toujours faire voir, « c’est créer, porter à l’existence » ce
      qui permet de rompre avec la classique dichotomie sujet/objet héritée du cartésianisme où
      l’objet étudié aurait une existence « en soi » et correspondrait à un vis-à-vis frontal<footnote>
        <para> Il est utile de rappeler ici que objectum en latin signifie « ce qui est en
          face » d’où l’idée s’étant longtemps perpétuée d’une coupure nette entre l’objet et
          le sujet de la connaissance.</para>
      </footnote>, à un donné brut s’offrant à conscience supposée neutre. Effectivement, il y a ici
      nécessité de souligner que l’universitaire, l’écrivain ou encore le journaliste qui désire
      « connaître le musulman » accomplit nécessairement un acte de « sigillation »
      (pour reprendre une formule du Phédon en 75d <footnote>
        <para> Platon, Phédon, M. Dixsaut (trad.), Flammarion, Paris, 1999, : 75d : « tout ce que
          nous marquons du sceau de l’être autant dans nos questions quand nous questionnons que
          dans nos réponses quand nous répondons ».</para>
      </footnote>) où il « marque du sceau de l’être » ce sur quoi il s’interroge. Ainsi,
      cette précision permet de souligner que tout questionnement sur « ce qu’est
      l’islam », sur « ce qu’est le musulman » suppose déjà une prise minimale sur ce
      qu’il cherche ce qui permet de rompre d’emblée avec l’idéal d’un savoir direct, d’un savoir
      neutre en première personne s’apparentant à la formule grecque autos oida (« j’ai vu
      moi-même »). En effet, la dimension langagière apparaît omniprésente dans toutes les
      recherches que nous entreprenons dans la mesure où les mots ne sont jamais des
      « Vêtements d’Idées » (pour reprendre l’expression husserlienne dans le paragraphe
      9-h de la Krisis<footnote>
        <para>E. Husserl, La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale,
          Gallimard, Paris, 1989.</para>
      </footnote>), le langage conservant toujours son « caractère performatif » pour
      citer John Austin<footnote>
        <para>J. L. Austin, Quand dire, c’est faire, Seuil, Paris, 1991.</para>
      </footnote>. De ce fait, tout travail effectué voulant définir ce qu’est le musulman est
      d’emblée pris dans une dimension théorétique où le rapport aux mots est toujours premier, le
      chercheur ne quittant jamais l’ordre du langage pour accéder à un rapport intuitif à la
      réalité ce qui révèle assez bien les dires de Nietzsche :</para>
    <para> « Il n’y a pas de faits, seulement des interprétations. Nous ne pouvons constater
      aucun factum « en soi » : peut-être est-ce un non sens de vouloir ce genre de choses. »<footnote>
        <para>Nietzsche, Fragments posthumes, t XII, 7, [60], fin juin 1886/début 1887.</para>
      </footnote>
        </para>
  
    <para>Ainsi, nous serons amenés à nous interroger tout au long de cet exposé sur la
      manière dont s’est construite progressivement l’image essentialisée de cet « homo
      islamicus », miroir inversé de l’homme européen censé incarner « le musulman » de
      manière universelle. Nous nous demanderons également si les études postcoloniales, inaugurées
      par la thèse saidienne, ont permis ou non de saisir pleinement ce qu’est l’islam « en
      lui-même » (tant du point de vue religieux que civilisationnel)  en rompant pleinement
      avec le « mythe de l’islamisation »<footnote>
        <para> Expression empruntée ici à Raphaël Logier (R. Liogier, Le mythe de l’islamisation,
          essai sur une obsession collective, Seuil, Paris, 2012).</para>
      </footnote>.</para>
    <para>Notre réflexion nous conduira dans un premier moment, à étudier la représentation
      du « musulman » durant l’« orientalisme classique » à l’époque coloniale,
      époque où régnait une « islamophobie savante » (pour reprendre l’expression de
      Raphaël Liogier<footnote>
        <para> Id.</para>
      </footnote>) (I) puis il s’agira dans un second temps de montrer comment la vision
      essentialisée de l’islam s’est également perpétuée sous d’autres formes durant la période
      post-coloniale entamée après la Seconde Guerre mondiale ; nous analyserons dès lors les
      spécificités de ce « néo-orientalisme » propre en particulier aux médias de masse s’étant
      développés durant cette période en centrant notre attention particulièrement sur la télévision
      (II). Ces deux premiers moments nous amènerons pour finir, à montrer en quoi les études
      post-coloniales inaugurées principalement par Saïd ont permis de mettre au jour le fait qu’en
      dehors de la découverte de l’homme universel, toute image faite de l’Autre apparaît comme une
      représentation totalement vide. Cependant, il s’agira également d’adopter une approche
      critique de la thèse saidienne en montrant que celle-ci n’est pas parvenue pas à aller
      jusqu’au bout de sa logique dans la critique de cette image figée de  l’« homo
      islamicus ». Nous tenterons par conséquent en dernière instance de montrer que seul un
      travail de fond sur la notion même d’orientalisme et sur le texte sacré lui-même (c’est-à-dire
      sur la source coranique) permettent véritablement de franchir un pas supplémentaire par
      rapport aux « post-colonial studies »  en rompant avec tous les stéréotypes véhiculés
      quant à l’islam du point de vue religieux (III).</para>
  </chapter>
  <chapter>
    <title>La représentation du « musulman » durant l’« orientalisme classique »
      à l’époque coloniale, époque où régnait une « islamophobie savante »</title>
    <sect1>
      <title>Les ancêtres de l’orientalisme classique : un rappel historique nécessaire avant
        d’aborder la période proprement coloniale pour pleinement saisir comment a émergé par la
        suite l’orientalisme</title>
      <sect2>
        <title>Les premiers discours chrétiens au Moyen-Age </title>
        <para>Il s’avère premièrement nécessaire, afin de pleinement saisir la vision du « 
          musulman » ayant dominé durant l’époque proprement coloniale, de poser quelques
          jalons historiques pour comprendre que la construction de cet « homo islamicus »
          atemporel n’a nullement débuté avec l’orientalisme classique au
            XVIII<superscript>e</superscript> siècle mais apparaissait déjà sous forme embryonnaire
          au Moyen-Age.</para>
        <para>En effet, à partir de la fin du VII<superscript>e</superscript> siècle, les autorités
          religieuses et politiques de l’Europe chrétienne étant face à l’expansion de la
          civilisation musulmane développèrent de nombreuses stratégies (martyrs, croisades ou
          encore envoi de missionnaires …) ce qui donna lieu aux premières représentations de
          l’islam dans des ouvrages antimusulmans. Dans ces ouvrages, « l’ennemi
          musulman » apparaissait alors désigné par différentes catégories (Arabes, Sarrasins,
          Maures, Agaréniens, ou encore Turcs). Dès lors, le discours antimusulman à cette époque
          devait remplir trois objectifs à savoir empêcher les conversions à l’islam dans les pays
          conquis, légitimer l’action militaire contre l’envahisseur et justifier enfin la
          répression sociale des musulmans étant sujets des Princes chrétiens. Par conséquent, les
          auteurs chrétiens élaborèrent un « corps de croyances» (Norman Daniel), un « arsenal
          d’images polémiques » ou encore des « armes intellectuelles »<footnote>
            <para> John Tolan, Les Sarrasins, Flammarion, Paris, 2003 [2000], p.20 et 363.</para>
          </footnote> qui avaient d’ores et déjà pour but d’essentialiser l’image « du
          musulman ».</para>
        <para>Cette supériorité était surtout définie à l’époque en termes religieux et les
          arguments mobilisés contre les musulmans étaient principalement théologiques (les
          désaccords portaient principalement sur la nature de la Révélation elle -même, sur le
          caractère trinitaire de Dieu ou encore sur le statut du Prophète Mohammed). L’islam était
          alors perçu comme une forme de paganisme. </para>
        <para>Dans un genre littéraire connaissant un grand succès, à savoir la biographie du
          Prophète Mohammed, ce dernier était peint comme un véritable imposteur dont les
          révélations n’exprimaient nullement la parole de Dieu mais celle de l’Antéchrist ou du
          Diable en personne<footnote>
            <para> Il est remarquable que les caricatures étaient alors nombreuses : certaines
              gravures représentaient en effet le Diable par un petit oiseau dictant ses paroles à
              Mohammed.</para>
          </footnote>. De ce fait, les discours chrétiens avaient tendance à construire des
          structures d’opposition où l’islam était synonyme d’irrationalité, de passion d’émotion
          alors que le christianisme apparaissait quant à lui raisonnable, civilisé et
          spirituellement élevé. </para>
        <para>Cette vision se retrouve par exemple à l’illustration dans les discours sur les
          Sarrasins qui étaient qualifiés de « race perfide »<footnote>
            <para> Par  Riccold de Monte Croce (1243 – 1320).</para>
          </footnote> ou chez certains des Pères de l’Église comme Jean Damascène (676 – 749) qui
          « commença la longue tradition des attaques contre Mohammed consistant à dire qu’il utilise
          Dieu – en simulant la Révélation – afin de justifier son propre plaisir sexuel »<footnote>
            <para> Norman Daniel, L’Islam et l’Occident, Les Éditions du Cerf, Paris, 1993,
              p.16</para>
          </footnote>.</para>
        <para>Il est également nécessaire de rappeler que musulmans et juifs durant cette période
          étaient « logés à la même enseigne »<footnote>
            <para>John Tolan, Les Sarrasins, Flammarion, Paris, 2003 [2000], p.366.</para>
          </footnote> dans la mesure où à partir du XII<superscript>e</superscript> siècle, les
          autorités religieuses et politiques chrétiennes élaborèrent des lois restreignant le
          statut légal des juifs et des musulmans et visant à limiter la « contamination » des
          catholiques par les infidèles.</para>
        <para>De ce fait, comme le souligne l’historien John Tolan dans l’illustration précédemment
          citée, la période médiévale fut, en particulier après les Croisades, déterminante dans la
          construction des représentations négatives de l’islam : </para>
        <para>« Les Européens ne devaient jamais plus fournir contre l’islam un effort
          intellectuel comparable à celui de leurs ancêtres pour expliquer, réfuter et convertir.
          (...) Entre 1300 et les Lumières, il ne s’écrivit pas grand-chose de vraiment nouveau sur l’islam »<footnote>
            <para> Ibid., p.364.</para>
          </footnote>.</para>
      </sect2>
      <sect2>
        <title>Une période s’étendant de la Réforme au siècle des Lumières ayant été marquée par une
          plus grande diversité de discours sur l’islam</title>
        <para>Il apparaît que la période allant de la Réforme aux Lumières fut marquée par une plus
          grande diversité de discours européens sur l’islam dans la mesure où les luttes internes à
          l’Europe (protestants et philosophes contre l’Église catholique) changèrent la vision
          portée sur les musulmans. Effectivement, dans leur combat contre le catholicisme, certains
          théologiens protestants de la Réforme pensèrent trouver des arguments dans l’Islam. Tel
          fut en effet le cas de Martin Luther qui utilisa l’idée de « moralité » turque<footnote>
            <para>Étant donné que du XIV<superscript>e</superscript> au
                XVIII<superscript>e</superscript> siècle, le monde musulman fut principalement
              représenté par l’Empire ottoman, le « Turc » devint alors synonyme de
              « musulman ».</para>
          </footnote> pour combattre l’« immoralité » catholique, tout en redoutant
          cependant une coalition entre les « papistes » et les Turcs. A l’inverse, la
          Contre – Réforme chercha à disqualifier le protestantisme en le comparant à l’islam
          hérétique.</para>
        <para>Cependant, après une extension territoriale jusqu’aux portes de Viennes (1683), le
            XVIII<superscript>e</superscript> siècle connut le déclin de l’Empire ottoman ce qui fit
          dès lors que ce dernier devint « davantage un objet de curiosité que de peur. »<footnote>
            <para> A. Thomson, « L’Europe des Lumières et le monde musulman. Une altérité
              ambiguë », revue Cromohs, 10 (2005)</para>
          </footnote>. Dès lors, les discours sur l’islam commencèrent à apparaître plus ambigus
          comme il est par exemple le cas dans la biographie du Prophète du comte de Boulainvilliers<footnote>
            <para> Le comte de Boulainvilliers, La Vie de Mahomed, 1730.</para>
          </footnote> qui le présente comme un imposteur, un inventeur d’une fausse religion mais
          également comme un véritable conquérant (conquérant comparé aux empereurs Alexandre et
          César). Cette même ambiguïté est également à l’illustration chez Voltaire qui voit dans le
          Prophète une personne « fanatique »<footnote>
            <para> Voltaire, Fanatisme ou Mahomet le Prophète, 1736.</para>
          </footnote> mais qui oppose toutefois dans son Essai sur les mœurs de 1756 l’intolérance
          des chrétiens à la bonté des musulmans<footnote>
            <para> Il est intéressant de constater qu’on retrouve là une utilisation de l’islam
              comme arme pour soutenir sa conception déiste.</para>
          </footnote>.</para>
        <para>Néanmoins, il est remarquable que cette « sympathie » philosophique pour les
          musulmans semble avoir totalement disparu à la fin du XVIII<superscript>e</superscript>
          siècle ; effectivement, ce changement de comportement apparaît principalement dû à
          l’inclusion de l’Empire ottoman dans le système des alliances internationales. Dès lors,
          des écrivains influents tels que William Eton en Grande Bretagne ou encore le comte Volney
          en France<footnote>
            <para> Le comte Volney, Voyage en Égypte et en Syrie, 1787.</para>
          </footnote> reprennent le concept de « despostisme oriental »<footnote>
            <para> Il est intéressant de remarquer que cette notion de « despotisme
              oriental » continuera d’être reprise tout au long du
                XX<superscript>e</superscript>siècle comme l’atteste un cours de Pierre Rondot
              dispensé en 1956-1957 à l’Institut d’Études Politiques. Effectivement, ce général
              français soutient que le « tour de pensée » de certains peuples musulmans »
              les « incline vers les solutions totalitaires ». Selon lui, l’« état
              d’esprit » du « musulman » « semble » le « prédisposer à
              s’orienter plus aisément qu’un autre vers des conceptions totalitaires », la
              dictature semblant « plus naturelle dans l’islam » (P.Rondot, Les Forces
              religieuses et la vie politique : l’Islam, Paris, Les Cours du droit, Institut
              d’Études politiques, 1956 – 1957, p.15 et 52.).</para>
          </footnote>élaboré en 1748 par Montesquieu dans De l’esprit des lois qui décrit une
          situation où seul l’arbitraire règne. Pour Volney par exemple, l’islam apparaît comme la
          cause première de la barbarie du despote ce qui nécessite ainsi de chasser le pouvoir
          musulman hors d’Europe pour rétablir la liberté des peuples soumis. De ce fait,
          l’intégration des Ottomans dans le jeu diplomatique européen, « au lieu de les rendre
          moins Autre aux yeux d’auteurs éclairés, les rejette au contraire dans une altérité plus
          radicale, comme représentants d’un état uniquement fanatique et despotique qui n’a pas sa
          place en Europe. »<footnote>
            <para> A. Thomson, « L’Europe des Lumières et le monde musulman. Une altérité
              ambiguë », revue Cromohs, 10 (2005)</para>
          </footnote>. Dès lors, cette radicalisation de l’altérité musulmane au
            XVIII<superscript>e</superscript> siècle va de pair avec la naissance d’une nouvelle
          discipline, l’orientalisme, qui correspond à un « effort intellectuel sans précédent
          dans l’histoire européenne pour saisir l’Orient en général, et la civilisation musulmane
          en particulier »<footnote>
            <para> A. Hajjat et M. Mohammed, Islamophobie, comment les élites française fabriquent
              le « problème musulman », La Découverte, Paris, 2013, p.168.</para>
          </footnote>.</para>
      </sect2>
    </sect1>
    <sect1>
      <title>La naissance de l’« orientalisme classique » ayant consolidé le « mythe
        musulman » dans le cadre de la période coloniale amorcée à partir du
          XVIII<superscript>e</superscript> siècle </title>
      <sect2>
        <title>Qu’est-ce que l’orientalisme ?</title>
        <para>Il apparaît particulièrement intéressant pour pleinement saisir ce en quoi consiste
          l’orientalisme de convoquer la définition proposée par Edward Saïd dans son introduction à
          l’Orientalisme dans la mesure où la précision de l’analyse saidienne permet de mieux
          entrevoir à quel point la construction de l’image du « musulman » avait une
          assise solide tant dans le monde diplomatique qu’universitaire. Effectivement,
          l’intellectuel palestino-américain distingue trois sens de l’orientalisme ; celui-ci
          consiste tout d’abord en une « institution d’enseignement qui recoupe plusieurs domaines
          des sciences humaines » (histoire, philologie, ethnologie, géographie ect...) et dans
          sa conception plus large, l’orientalisme fait référence à un style de pensée imaginaire ;
          il désigne ainsi la manière de penser se fondant sur une distinction ontologique et
          épistémologique entre l’Orient et l’Occident (nommée « orientalisme imaginaire » par
          Saïd). Enfin, de façon plus concrète, l’orientalisme consiste en une institution globale
          apparue à la fin du XVIII<superscript>e</superscript> siècle qui traite de l’Orient par
          des déclarations , une administration ou encore un gouvernement (Saïd parle alors dans ce
          cas de  l’orientalisme comme « style occidental de domination, de restructuration et
          d’autorité sur l’Orient »<footnote>
            <para> E. W. Said, L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident, op. Cit.,
              Introduction.</para>
          </footnote>). Pour l’universitaire, ce qui explique la puissance des préjugés concernant
          le monde musulman est qu’il existait entre ces trois aspects de l’orientalisme une
          articulation s’étant déroulée en deux temps ; premièrement, à partir de la fin du
            XVIII<superscript>e</superscript> siècle, il y eut une circulation ordonnée entre
          l’orientalisme universitaire et l’orientalisme imaginaire puis, à la même époque,
          l’orientalisme en tant qu’institution universitaire du savoir devint associé à
          l’orientalisme au sens de l’institution du pouvoir et de l’autorité. De ce fait,
          l’apparition de cet orientalisme à l’époque coloniale conduisit à une tripartition du
          monde avec l’Europe occidentale civilisée, le monde sans histoire et sans culture des
          « sauvages » et entre les deux, l’Orient constitué de grandes civilisations en déclin.
                                                                                                   
                   </para>
        <para>Dès lors, l’analyse des sociétés musulmanes reposait sur deux postulats fondamentaux ;
          premièrement, l’idée dominante durant cette époque était qu’il s’avérait impossible
          d’analyser l’histoire des sociétés orientales avec les mêmes outils servant pour analyser
          l’histoire des sociétés européennes : en effet, les auteurs orientalistes tendaient à
          donner une place peu importante aux facteurs économiques ou encore technologiques étant
          donné qu’ils étaient convaincus que le spirituel et le religieux dominaient dans ces
          cultures orientales. Ce déterminisme conduisait alors les orientalistes à prêter une
          attention toute particulière aux textes religieux et en particulier au Coran qui était
          censé être la clef de compréhension du monde musulman à tous les niveaux. Dès lors,
          l’analyse de ce texte sacré débouchait inévitablement sur la formulation de reproches (le
          fatalisme, la polygamie, l’esclavage apparaissaient inhérents à l’islam et constituaient
          des caractéristiques immuables). L’un des emblèmes de cette conception du monde musulman
          est  par exemple, la déclaration du 13 juin 1910 d’Arthur James Balfour à la Chambre des
          communes sur les « « problèmes que nous avons à résoudre en Égypte » où le diplomate
          affirma<footnote>
                        <para> Id., p.73.</para>
          </footnote> : </para>
        <para>« Vous pouvez parcourir toute l’histoire des Orientaux, dans les régions qu’on
          appelle au sens large l’Est, et vous ne trouverez pas trace de self – government. Tous
          leurs grands siècles se sont produits sous le despotisme, sous un gouvernement
          absolu. » </para>
          <figure>
            <title>Arthur James Balfour, le 13 juin 1910, discours à la Chambre des Communes sur
              « les problèmes que nous avons à résoudre en Égypte »</title>
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                      <year>2021</year>
                      <holder>Charlotte Galland</holder>
                    </copyright>
                    <legalnotice>
                      <simpara>Cet enregistrement audio est mis à disposition selon les termes de la
                          <link xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/">Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale -
                          Partage dans les mêmes conditions 4.0 International</link>
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              <caption>
                            <para>
                                <link xlink:href="https://media.tremplin.ens-lyon.fr/ressources/users/CharlotteGalland/ConstructionDeLHomoIslamicus/audios/balfour.mp3">Écouter en ligne au format mp3 </link> le discours d'Arthur James
                  Balfour</para>
                        </caption>
            </mediaobject>
          </figure>
        <para>Deuxièmement, l’autre postulat fondamental des analyses des sociétés musulmanes était
          qu’il existe des races différentes au sein du genre humain, chacune possédant d’inhérentes
          caractéristiques biologiques et psychologiques. Dès lors, les orientalistes analysaient
          les dynamiques de l’histoire du monde musulman comme une lutte entre mouvements religieux
          , qui était aussi une lutte des races : ainsi, en établissant un lien indissociable entre
          religion et race, les orientalistes contribuaient à racialiser l’appartenance religieuse
          qui devenait dès lors une caractéristique intrinsèque des populations musulmanes.</para>
        <para>De ce fait, il va sans dire que la période coloniale fut marquée par une
          radicalisation de l’altérité musulmane, radicalisation qui se retrouvait dans l’espace
          public avec les expositions coloniales<footnote>
            <para> L’article de Christine Peltre s’avère à ce titre particulièrement intéressant
              dans la mesure où il révèle que l’étude des arts musulmans est avant tout une création
              occidentale du XIX<superscript>e</superscript> siècle européen dans le cadre des
              Expositions universelles (comme celle de 1867), expositions révélant cette vision
              essentialisée de la culture musulmane associée aux visions fantasmées des Mille et Une
              Nuits. (C. Peltre, « L’Étude des arts musulmans : une “création
              occidentale” », no 1, 2009 (en ligne :
              http://journals.openedition.org/actesbranly/225 ; consulté le 28 décembre
              2020).</para>
          </footnote> ou encore avec les chansons populaires telles que « Ali Ben Baba »
          de Maurice Chevalier apparaissant comme l’acmé de la vision « clichée » de
          l’homme musulman : </para>

        <para>Il cira tant et tantIl eut tant de clientsQu'il s'en vint à ParisLoin de son gourbi </para>
        <para>(...)</para>
        <para>Y devint gros et gras Ali ben babaRha na rha A la banana rhanana !Rhanana ! Ali ben
          babaTrabaja la Moukè reTrbadja bo...</para>
      </sect2>
      <sect2>
        <title>Ernest Renan, une figure emblématique de l’orientalisme classique ayant donné une
          véritable assise universitaire à ce courant en soutenant que l’islam était par nature
          opposé à toute forme de science</title>
        <figure>
          <title>Ernest Renan</title>
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                    <simpara>Cette illustration est mise à disposition par <link xlink:href="https://search.creativecommons.org/photos/bf01236e-4535-4b0c-b7f1-72b3e4e1d22e">Fæ</link> selon les termes de la <link xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/">Licence
                        Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de
                        Modification 4.0 International.</link>
                    </simpara>
                  </legalnotice>
                </info>
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          </mediaobject>
        </figure>

        <para>Il apparaît particulièrement intéressant afin de montrer en quoi l’orientalisme
          classique contribua durant la période coloniale à forger de manière durable le
          « mythe musulman » de convoquer de manière détaillée l’intellectuel Ernest Renan
          dont le prestige dont il jouissait à plusieurs niveaux<footnote>
            <para> Il est utile de rappeler qu’Ernest Renan jouissait alors d’une triple légitimé :
              littéraire depuis son élection à l’Académie française le 13 juin 1878, scientifique
              grâce à son entrée au Collège de France et politique grâce au soutien que les pères
              fondateurs de la III<superscript>e</superscript>République lui avaient apporté.</para>
          </footnote> lui permit de véhiculer de manière durable une vision réductrice et surtout
          erronée de l’islam.</para>
        <para>Effectivement, en 1883, Ernest Renan, perçu alors comme l’un des pères fondateurs de
          la III<superscript>e</superscript> République établie en 1870, prononça une conférence
          intitulée « L’islam et la science » où il affirma :</para>

        <para>« Toute personne un peu instruite des choses de notre temps voit clairement […]
          la nullité intellectuelle des races qui tiennent uniquement de cette religion leur culture
          et leur éducation. Tous ceux qui ont été en Orient ou en Afrique sont frappés de ce qu’a
          de fatalement borné l’esprit d’un vrai croyant, de cette espèce de cercle de fer qui
          entoure sa tête, la rend absolument fermée à la science, incapable de ne rien apprendre ni
          de s’ouvrir à aucune idée nouvelle. »</para>
        <para>  </para>
        <para>Ainsi, il apparaissait pour cet intellectuel que pour la raison humaine, l’islamisme
          n’avait été « que nuisible » dans la mesure où il n’avait fait de ses pays
          conquis qu’« un champ fermé à la culture rationnelle de l’esprit. ». Cette
          vision de l’islam explique ainsi pourquoi Ernest Renan soutint dès 1871 les conquêtes
          coloniales françaises qu’il jugeait nécessaires au redressement des pays musulmans et à la
          lutte contre le « socialisme ». En effet, il apparaissait pour lui que « la
          conquête d’un pays de race inférieure par une race supérieure » n’avait « rien
          de choquant », l’Angleterre pratiquant elle-même « ce genre de colonisation dans
          l’Inde, au grand avantage de l’Inde, de l’humanité en général, et à son propre avantage. »<footnote>
            <para>E. Renan, La Réforme intellectuelle et morale et autres écrits, p.67</para>
          </footnote>.</para>
        <para>Dès lors, l’influence d’Ernest Renan donna lieu par la suite au « renanisme »<footnote>
            <para>Le renanisme peut être défini comme un courant de pensée constitué par ceux qui
              s’inspirent de l’historien pour « penser les réalités propres à leur champ
              disciplinaire  même s’ils peuvent parfois être critiques lorsqu’ils les jugent
              dépassées par le progrès des connaissances ou les changements intervenus en terre
              mahométane.» (R. Liogier, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession
              collective, op. Cit., p.13).</para>
          </footnote>, courant de pensée qui débuta dès 1869 où il fut établi que les lecteurs
          désireux de s’informer sur l’islam pouvaient se tourner vers le Grand Dictionnaire
          universel du XIX<superscript>e</superscript> siècle de Pierre Larousse, dictionnaire où
          l’on trouvait à l’article « Coran » plusieurs citations de Renan puis des lignes
          décrivant le texte sacré lui-même comme le résultat d’une « hallucination » et d’un « songe »<footnote>
            <para> P.Larousse, Grand dictionnaire universel du
              XIX<superscript>e</superscript> siècle, tome V, p.100 et 101.</para>
          </footnote>. Un autre exemple du renanisme à l’illustration chez certains intellectuels se
          trouve être celui de A. Van Gennep qui affirmait que « l’islam est une force de mort »<footnote>
            <para> Cette idée d’un islam associé nécessairement à l’idée de mort se retrouve
              également dans un ouvrage de 1853 très en vogue recommandé aux instituteurs et qui fut
              tiré à environ 200 000 exemplaires : « l’islamisme n’est par lui-même qu’une sentence
              de mort. » (Théodore Bachelet, Les Arabes. Origines. Moeurs. Religion. Conquêtes,
              Bibliothèque morale de la jeunesse, Rouen, Mégard&amp; Cie, 1853).</para>
          </footnote> et qu’il ne voyait « aucune utilité de répéter Renan » et tous ceux
          qui avaient dit « moins de choses que lui en plus de mots. »<footnote>
            <para> A.Van Gennep, En Algérie, Paris, Mercure de France, 1914, p .152 et p.156.</para>
          </footnote>.</para>
        <para>L’exemple de Gennep se révèle être particulièrement intéressant dans la mesure où il
          révèle l’existence d’un double renanisme dans sa vision du « musulman » à
          savoir, un renanisme académique qu’il défend lui-même (typique de la société savante
          Ernest Renan fondée le 10 novembre 1919 pour promouvoir les études d’histoire religieuse
          et dont faisaient partie Émile Benveniste, Alexandre Koyré ou encore l’orientaliste
          Maurice – Gaudefroy – Demombynes) et  un renanisme pouvant être qualifié de profane (que
          Gennep condamne étant donné qu’il est pour lui à l’origine d’une doxa bavarde concernant
          le monde musulman).</para>
        <para>L’influence du renanisme dans le champ universitaire fut également particulièrement
          visible lorsqu’en 1902, le gouvernement général d’Algérie et la résidence générale de
          Tunis décidèrent d’« organiser à la Sorbonne un enseignement » consacré à la
          « Géographie » et à la « Colonisation de l’Afrique du Nord »<footnote>
            <para> M.Larnaude, « Nécrologie – A.Bernard (1865 - 1947) », Annales de Géographies,
              1948, 305, p.56.</para>
          </footnote> ; nombreux furent alors les professeurs et les personnalités de
          l’administration coloniale qui contribuèrent à ces évolutions comme René Maunier (qui
          fonda la sociologie coloniale), Paul Bourdarie (professeur d’histoire et de sociologie
          africaines) ou encore Maurice Delafosse (tous les trois devinrent membres de l’Académie
          des sciences coloniales). Dès lors, l’Européen et le musulman apparaissaient altérisés de
          façon radicale, ces derniers étant en présence l’un de l’autre comme « deux êtres
          d’une espèce différente, n’ayant rien en commun dans la manière de penser et de sentir »<footnote>
            <para> Ernest Renan, « De la part des peuples sémitiques dans l’histoire de la
              civilisation, dans Qu’est-ce qu’une nation ? et autres essais politiques, 1862,
              p.188.</para>
          </footnote>. L’islam était alors associé à « l’immobilité » comme le témoignent
          les dires de l’ancien officier des Affaires musulmanes Gustave Mercier qui affirmait en
          1913 que cette religion « a façonné l’homme dès sa naissance, le coulant dans un moule
          rigide où s’emprisonne sa vie civile, où se fige sa vie morale, où se tarit son activité intellectuelle »<footnote>
            <para> Gustave Mercier, La Question indigène. Une mise au point des réformes à
              accomplir, Alger, Jourdan, 1913, p.3 et 16.</para>
          </footnote>.</para>
        <para>Néanmoins, il est intéressant de constater que l’influence d’Ernest Renan concernant
          l’image véhiculée du musulman demeura présente au-delà de la fin de la période proprement
          coloniale dans la mesure où en 1992, lors du centenaire de la disparition de cet
          intellectuel, certains penseurs comme Jean Balcou soutenaient que cette date était
          l’« occasion de relire et de reméditer Renan, ce Renan qui, en ces retours d’intégrismes
          religieux, de nationalismes sanglants, en cette fin de siècle » redevenait d’une
          « urgente actualité. »<footnote>
            <para>J.Balcou, Renan, un Celte rationaliste, Rennes, PUF , 1997.</para>
          </footnote>.</para>
      </sect2>
    </sect1>
    <sect1>
      <title>Le mythe orientaliste d’une sexualité débridée et déviante des hommes et des femmes,
        ces dernières étant nécessairement soumises à l’ordre patriarcal</title>
      <sect2>
        <title>La polygamie comme trait propre à l’islam étant à l’origine de nombreux maux</title>
        <figure>
          <title>"Harem Beauty" par Adrien Henri Tanoux (1865-1923) </title>
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                    <simpara>Cette illustration est mise à disposition par <link xlink:href="https://search.creativecommons.org/photos/3801d14a-2340-49a8-b77b-9a776830235a">Sofi01</link>selon les termes de la <link xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/">Licence
                        Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de
                        Modification 4.0 International.</link>
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        </figure>

        <para>Il apparaît particulièrement intéressant en dernière instance, de montrer que le mythe
          orientaliste à l’époque de la colonisation repose également sur l’idée que le musulman,
          contrairement au chrétien, est incapable de fonder durablement un lien marital durable
          étant donné que la polygamie et le divorce s’avèrent être des traits inhérents à l’islam.
          Effectivement, comme le soutiennent en 1906 Augustin Bernard (professeur à l’École des
          lettres d’Alger) et Napoléon Lacroix (chef du service des Affaires indigènes au
          gouvernement général)<footnote>
            <para> A.Bernard et N.Lacroix, L’Évolution du nomadisme en Algérie, Alger, A.Jourdan,
              1906.</para>
          </footnote>, dans le Coran, le mariage musulman « repose sur la polygamie et sur le
          divorce » ce qui est exclusif de « toute idée d’association » durable. Les
          mobiles principaux du mariage sont la « nécessité » et la « sensualité » pour ces
          deux auteurs ce qui rejoint assez bien l’étude du lieutenant-colonel Étienne Villot
          portant sur les mœurs des « indigènes » algériens parue en 1871<footnote>
            <para> E.Villot, Mœurs, coutumes et institutions des indigènes de l’Algérie, (trouvée
              dans O. Le Cour Grandmaison, « Ennemis mortels », représentations de l’islam
              et politiques en France à l’époque coloniale, La Découverte, Paris, 2019,
              p.182-183)</para>
          </footnote> ; dans cette étude, Étienne Villot soutient en effet que la religion musulmane
          se caractérise par l’exaltation des « plaisirs de la chair » en s’appuyant sur une
          déclaration du prophète qui aurait dit : ce que « j’aime le plus au monde, ce sont les
          femmes et les parfums ». Selon lui, la polygamie est par conséquent la cause de
          nombreux maux dans la mesure où la femme n’apparaît que comme un objet de plaisir. Étienne
          Villot laisse entendre, en reprenant les analyses de Montesquieu<footnote>
            <para> Montesquieu, De l’esprit des lois, tome I, livre XVI, chap IX, « Liaison du
              gouvernement domestique avec le politique ».</para>
          </footnote>, que les modalités du « gouvernement domestique » sont par conséquent
          conformes à celles qui régissent la vie de la cité ; là où règnent le pouvoir absolu des
          hommes et la soumission des femmes, règne également un « gouvernement despotique qui aime à
          abuser de tout » ce qui explique de ce fait la corruption des sociétés musulmanes.Dès
          lors, le mahométisme apparaît réduit à un « état semi-barbare », état opposé à celui
          du christianisme qui inculque quant à lui aux croyants « réserve »,
          « modestie », « solidarité » ainsi que « l’habitude du
          sacrifice ». Cette dichotomie entre civilisations chrétiennes et civilisations
          musulmanes se retrouve parfaitement illustrée chez Charles Letourneau (professeur de
          sociologie à l’École d’anthropologie de Paris) qui en 1903, fait de la polygamie un
          critère permettant de classer les « races ». Selon lui, les « Arabes
          musulmans » se signalent par des passions puissantes comme l’atteste leur
          « fureur jalouse » étant la cause de nombreuses violences domestiques. Au
          contraire, dans les pays civilisés où règne le christianisme, la monogamie est la règle et
          l’amour des époux est principalement « cérébral »<footnote>
            <para> Ch.Letourneau, La Condition de la femme dans les diverses races et civilisations,
              Paris, V.Giard &amp; E.Brière, 1903.</para>
          </footnote>. De même, en 1921, le juriste Charles Barbet oppose lui aussi les
          « civilisations supérieures » (chrétiennes), où la femme est une « précieuse
          associée de l’homme » à la civilisation musulmane où la femme est ravalée au rang de
          « bête plus ou moins apte à la reproduction » devant se soumettre à la
          « brutalité du mâle en rut »<footnote>
            <para> Charles Barbet,  Questions sociales et ethnographiques. France – Algérie – Maroc,
              ouvrage honoré d’une souscription du gouvernement général de l’Algérie, Alger, J.
              Carbonnel, 1921, p.129.</para>
          </footnote>.</para>
      </sect2>
      <sect2>
        <title>Un mythe orientaliste d’une sexualité débridée se retrouvant particulièrement en
          littérature </title>
        <para>Il apparaît enfin nécessaire de souligner que cette vision fantasmée de la sexualité
          de « l’homo islamicus » dans l’orientalisme classique se retrouve
          particulièrement présente en littérature comme chez Guy de Maupassant. Effectivement, ce
          dernier soutient dans sa nouvelle « Allouma » (parue le 10 février 1889 dans
          l’Écho de Paris) que la « mahométane » est tenue pour une « bête à
          plaisir ». De même, dans sa nouvelle Marroca publiée en 1882, le narrateur, se
          rendant à Bougie en Algérie, note à propos de « cette terre d’Afrique » qu’on y
          « aime furieusement ». Tous « embrassent le sang, affolent la chair » et
          « embestialisent ». Maupassant établit alors une hiérarchie avec au Nord, la
          présence d’un « amour des âmes », de l’« idéalisme sentimental » et du
          « platonisme » en opposition au Maghreb où il n’existe qu’un terrible « amour […]
          des sens ». Selon l’écrivain français, la chaleur propre à cette région du globe et
          le comportement des femmes le poussent à « commettre tant de sottises<footnote>
            <para> G. De Maupassant, Marroca (1882) dans A.Ruscio, Amours coloniales, p.75 –
              76.</para>
          </footnote> » .</para>
          <figure>
            <title>Allouma par Guy de Maupassant</title>
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                      <simpara>Cette illustration est mise à disposition par <link xlink:href="https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Maupassant_-_La_Main_gauche,_Ollendorff,_1899.djvu/11">Wikimedia</link> selon les termes de la <link xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/">Licence
                          Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de
                          Modification 4.0 International.</link>
                      </simpara>
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          </figure>
        <para>De même, cette vision essentialisée de la femme et de la sexualité musulmanes se
          retrouve chez un écrivain comme Gustave Flaubert qui dans « Lettre 24 du 13 mars 1850
          adressée à L. Bouilhet »<footnote>
            <para> dans Correspondance, choix et présentation de B.Masson, Paris, Gallimard, coll.
              « Folio », 2002.</para>
          </footnote>, décrit une fête nocturne organisée en Égypte par une célèbre courtisane
          nommée Kuchuk – Hanem et reléguée dans la cité d’Esneh en Haute – Égypte : on retrouve dès
          lors tous les clichés relatifs à la femme orientale où l’écrivain décrit la « femme
          orientale » comme « femme facile », s’adonnant facilement à la « satisfaction de
          ses désirs ».</para>
        <para>Il est toutefois intéressant de constater que cette vision stéréotypée de la sexualité
          musulmane provoqua chez certains intellectuels (certes encore minoritaires) de vives
          réactions comme ce fut le cas en 1931 avec l’homme de lettres Georges Grandjean qui
          stigmatisait les « écrivains » et « journalistes en mal de gloriole » qui
          étaient attirés par la description des débauches « mauresques » pour satisfaire
          un lectorat friand d’exotisme. Georges Grandjean dénonçait ainsi l’islamophobie savante et
          littéraire qui mettait de côté les aspects « nobles » de la civilisation et de
          la religion mahométanes, toutes deux simplifiées à l’extrême par de « petits
          maîtres » qui pensaient alors savoir « philosopher »<footnote>
            <para> G.Grandjean, L’Amour en Islam, Paris, Société française d’éditions littéraires et
              techniques, 1931, p.143.</para>
          </footnote>.</para>
        <para>Ainsi, l’islamophobie savante de la fin du XIX<superscript>e</superscript> siècle
          peut s’analyser comme une forme de racisme qui essentialiste et éternise les traits réels
          ou supposés imputés aux musulmans ; la traduction langagière concrète est la domination du
          singulier - le musulman - où la diversité géographique, linguistique et ethnique n’est
          qu’une apparence car tous partagent en réalité des caractéristiques propres à leur
          religion selon la vision orientaliste. Néanmoins, force est de constater que ces
          représentations de l’islam et du musulman apparaissant très populaires en Europe à cette
          époque perdurent également sous d’autres formes durant la période post-coloniale entamée
          après la Seconde Guerre mondiale ; effectivement, l’apparition des médias de masse
          permettant une plus grande diversification des discours ainsi que la multiplication des
          guerres au Moyen-Orient donnent lieu à ce que nous pouvons nommer une forme de
          « néo-orientalisme », néo-orientalisme se différenciant  de l’orientalisme classique
          mais partageant néanmoins des similitudes incontestables qu’il s’agira de
          souligner.</para>
      </sect2>
    </sect1>
  </chapter>
  <chapter>
    <title>Une vision essentialisée de l’islam s’étant également perpétuée sous d’autres formes
      durant la période post-coloniale entamée après la Seconde Guerre mondiale : la présence d’un
      « néo-orientalisme » propre aux médias de masse </title>
    <para>Il apparaît dans ce second moment de notre exposé intéressant de montrer que cette image
      essentialisée de « l’homo islamicus » s’est également perpétuée durant la période
      post-coloniale, période ayant vu le développement des médias de masse dont la télévision,
      média sur lequel nous porterons une attention toute particulière. Effectivement, comme le
      souligne parfaitement Pierre Bourdieu dans son ouvrage Sur la télévision<footnote>
        <para>Pierre Bourdieu, Sur la télévision, Liber Raison d’Agir, Paris, 1996, p.6.</para>
      </footnote>, ce média apparaît décisif dans la construction de l’image « du
      musulman » dans la mesure où le sensationnel est toujours présent ; en effet, « avec
      des mots ordinaires, on n’épate pas les bourgeois ni le peuple. Il faut des mots
      extraordinaires. (...) Ces mots font des choses, créent des fantasmes, des peurs, des phobies
      ou, simplement, des représentations fausses ». Ainsi, accorder un rôle primordial à ce
      média dans l’analyse de la construction de l’image « du musulman » se révèle être
      particulièrement intéressant dans la mesure où il est possible de distinguer trois étapes
      majeures dans la construction de cet objet « islam de France » à la télévision<footnote>
        <para>Nous reprenons ici les trois étapes proposées par Thomas Deltombe (dans T. Deltombe,
          L’islam imaginaire, op. cit.)</para>
      </footnote>. La présente partie a par conséquent pour principale visée de tenter d’exposer au
      mieux, ces trois étapes successives ayant contribué à forger l’« image du
      musulman ».</para>
    <sect1>
      <title>La révolution iranienne de 1979, un évènement majeur dans l’histoire du Moyen-Orient
        ayant donné lieu à une pluralité de discours concernant « le musulman »</title>
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        <title>L'Ayatollah Khomeini</title>
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                  <simpara>Cette illustration est mise à disposition par <link xlink:href="https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Roollah-khomeini.jpg">Wikimedia</link> Domaine public</simpara>
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      </figure>

      <para>Il apparaît premièrement intéressant de prêter une attention particulière à la
        révolution iranienne (dont nous ne rappellerons pas les évènement historiques principaux,
        cette sous-partie ne prétendant pas à une exhaustivité historique)  et son traitement
        médiatique à la télévision dans la mesure où cet évènement majeur dans le monde
        moyen-oriental donna lieu à de multiples points de vue concernant l’image de l’islam et du
        musulman.                                                                                  
         </para>
      <para>Il s’avère utile de rappeler tout d’abord que la révolution iranienne correspond à un
        véritable « renouveau de la vision de l’islam »<footnote>
          <para>Expression que nous empruntons ici également à Thomas Deltombe (Id., p.15)</para>
        </footnote> sur la scène médiatique dans la mesure où avant cette année, on retrouvait les
        clichés traditionnels propres à l’orientalisme classique, clichés où se croisaient la
        Schéhérazade des Milles et Une Nuits et le prophète « mahomet », ce dernier étant
        regardé alternativement comme un « maître spirituel épris de justice et comme un chef
        de guerre sanguinaire »<footnote>
          <para> Id., p.16.</para>
        </footnote>. Le seul aspect nouveau étant venu toutefois s’ajouter à tous ces clichés était
        le pétrole ; « l’Orient mythique » apparaissait alors enrichi d’un autre
        stéréotype : celui des « cheikhs saoudiens brassant des milliards de dollars dans leurs
        somptueux palais »<footnote>
          <para> Id., p.16-17.</para>
        </footnote>.</para>
      <para>Il est premièrement intéressant de constater que lorsque lorsque les premiers troubles
        éclatèrent en Iran fin 1976, la télévision française ne consentit nullement à s’intéresser
        aux revendications du peuple iranien, celle-ci préférant largement donner une image de
        l’Iran comme étant un pays musulman prometteur sans conflits et en voie d’occidentalisation.
        A titre d’exemple, Léon Zitrone réalisa pour TF1 un sujet sur le couple impérial où il
        interrogeait le chah sur les tracas du pouvoir et écoutait « religieusement sa femme
        jouer quelques notes de piano »<footnote>
          <para> « L’évènement », TF1, 13 janvier 1977 (dans Id., p.19).</para>
        </footnote>. De même, lorsque s’ébranlèrent les premières manifestations de 1978 dans la
        ville sainte de Qom, la télévision française ne s’intéressa qu’à l’aménagement de l’île de
        Kish, véritable éden pour touristes milliardaires réalisé « à grand renfort de capitaux français »<footnote>
          <para> JT de 20h, TF1, 15 janvier 1978, JT de 20 heures, Antenne 2, 15 janvier 1978 (dans
            Id., p.19).</para>
        </footnote>. De ce fait, la télévision française et plus généralement les médias ne
        consentirent réellement à s’intéresser aux revendications du peuple iranien qu’à la fin de
        l’été 1978 au moment où les choses commencèrent à sérieusement s’envenimer pour le
        chah.</para>
      <sect2>
        <title>Les intellectuels de gauche et la vision de l’islam dans le cadre de la révolution
          iranienne de 1979</title>
        <para>La question de l’islam dans le cadre de la révolution iranienne de 1979 plongea les
          élites de gauche dans la« rhétorique marxiste et la mystique révolutionnaire »<footnote>
            <para> Id., p.21.</para>
          </footnote> ; effectivement, certains intellectuels comme Jacques Julliard évoquèrent la
          présence « retournement extraordinaire<footnote>
            <para>Jacques Julliard dans Le Nouvel Observateur (30 septembre 1978).</para>
          </footnote> ; l’idée  véhiculée était alors que l’islam constituait la religion parfaite
          pour renverser la domination occidentale dans sa version capitaliste et américaine imposée
          par le chah. Cette religion s’avérait ainsi être idéale pour reprendre à contre-pied les
          modèles révolutionnaires de 1789 et 1917. Cette vision de l’islam comme moyen de vaincre
          le modèle capitaliste se retrouve particulièrement présente chez Michel Foucault qui au
          début de la révolution affirmait : </para>
        <para>« Ce qui est vieux en Iran, c’est le chah : cinquante ans, cent ans de retard. Il
          a l’âge des souverains prédateurs, il porte le rêve vieillot d’ouvrir son pays par la
          laïcisation et l’industrialisation. L’archaïsme aujourd’hui, c’est son projet de
          modernisation, ses armes de despote, son système de corruption. » <footnote>
            <para>« Le chah a cent ans de retard », Corriere Della Sera, 1er octobre
              1978.</para>
          </footnote>
        </para>
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          <title>Michel Foucault</title>
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                    <simpara>Cette illustration est mise à disposition par <link xlink:href="https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Michel_Foucault_1974_Brasil.jpg">Brazil National Archives</link>, Domaine Public </simpara>
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        <para>Foucault voyait ainsi dans les mouvements iraniens et dans l’islam en particulier,
          « cette chose dont nous avons, nous autres, oublié la possibilité depuis la
          Renaissance et les grandes crises du christianisme : une spiritualité politique »<footnote>
            <para> « A quoi rêvent les Iraniens », Le Nouvel Observateur, 16 octobre
              1978</para>
          </footnote>.</para>
      </sect2>
      <sect2>
        <title>Une vision de l’islam beaucoup plus sceptique sur les plateaux télévisés comme
          TF1</title>
        <para>Néanmoins, cette image d’un islam s’avérant idéal pour raviver la spiritualité en
          politique était loin de faire l’unanimité dans les médias français. Effectivement sur TF1,
          la « République islamique » apparaissait comme un pur archaïsme opposé à la
          « modernisation » initiée par le chah :</para>

        <para>« Il est évident qu’une République islamique telle que l’envisagent l’ayatollah
          Khomeyni et ses pairs en Iran constituerait une formidable régression, un bond en arrière
          de quelques siècles »<footnote>
            <para> JT de 20 heures, TF1, 18 novembre 1978.</para>
          </footnote>,</para>
        <para>annoncait un envoyé spécial de TF1 sur un fond de musique traditionnelle accompagné
          par une image d’un paysan, labourant péniblement son champ à l’aide d’une charrue en
          bois.</para>
        <para>De même, dans son édition du 1er février 1979, le magazine de rédaction de TF1 nommé
          « L’Evénement » diffusait deux reportages ayant pour but de donner une image
          nécessairement violente de l’islam en opposition avec un christianisme apaisé. Le premier
          reportage, présentant le « coup d’État de l’homme au turban noir, au regard noir, aux
          paroles brèves », accordait une attention particulière à l’accueil réservé à
          l’« imam » par plusieurs millions de Téhéranais ; sur les images de « policiers
          islamiques » frappant la foule pour permettre à l’hélicoptère de l’ayatollah
          d’atterrir, le journaliste se demandait  : « Sent-on seulement la morsure des fouets quand
          on est ainsi survolté, presque en état de grâce ? ». </para>
        <para>A l’inverse, le second reportage, présentant le voyage du pape Jean-Paul II au Mexique
          était quant à lui, accompagné de chœurs d’enfants et d’un commentaire élogieux du
          journaliste : « En quelques jours au Mexique, il vient de se tailler une popularité
          spontanée et enthousiaste qu’aucun autre pape n’avait connue depuis Jean
          XXIII ».</para>
        <para>Il convient enfin de souligner qu’après le retour de Khomeyni en Iran, l’image de
          l’islam se dégrada définitivement dans les médias français ; effectivement, le régime
          khomeyniste ressuscita l’idée séculaire d’un « islam » fondamentalement,
          intrinsèquement hostile à toute forme de modernité, idée que l’on retrouve dans l’émission
          « Apostrophes » du 1er juin 1979 consacrée au « judaïsme » et à
          l’islamisme. S’adressant indirectement au recteur de la Mosquée de Paris, Bernard Pivot se
          demandait :  </para>
        <para>« Hamza Boubakeur écrit dans sa préface à l’édition française du Coran que
          « l’islam prêche la charité et la tolérance, interdit le fanatisme et la contrainte
          en matière de foi ». Seulement, moi, je lis dans le journal tous les jours des choses
          qui se passent en Iran (…) Alors qu’est - ce qui se passe, là ? »</para>
        <para>Les dires de Bernard Pivot se révèlent être particulièrement intéressants dans la
          mesure où ils illustrent une grande tradition journalistique à laquelle ont obéi des
          centaines de reportages sur l’islam durant les années suivantes à savoir : faire du Coran
          un livre de recettes pour analyser l’actualité. Effectivement, ces paroles illustrent
          parfaitement le néo-orientalisme à l’illustration dans les médias de masse qui prenaient
          pour référence l’islam de Khomeyni pour valider l’idée que la religion musulmane dans son
          ensemble était bien archaïque, fanatique et anti – occidentale par nature.</para>
      </sect2>
    </sect1>
    <sect1>
      <title>La présence « d’ambivalences postcoloniales » concernant l’image de l’islam
        en France : un « homo islamicus » apparaissant intégré sous certains aspects mais
        étant cependant toujours source de craintes et de préjugés<footnote>
          <para>Expression que nous reprenons ici à Thomas Deltombe (T. Deltombe, L’islam
            imaginaire, op. Cit., p.34)</para>
        </footnote>
            </title>
      <para>Ce second temps vise à présenter la deuxième étape mentionnée par Thomas Deltombe dans
        la construction de cet objet « islam de France » à la télévision en montrant qu’après
        avoir relégué au second plan les images de la révolution iranienne, les médias français
        prêtèrent une attention toute particulière à la sédentarisation des populations immigrées
        dans l’Hexagone. </para>
      <para>Dès lors, la figure du « musulman » était présentée comme intégrée (comme nous
        le montrerons à travers l’exemple de La Grande Mosquée à Paris) mais n’était néanmoins pas
        exempte de certains préjugés persistants typiques de l’orientalisme classique.</para>
      <sect2>
        <title>La Grande Mosquée de Paris ou le symbole de l’intégration apparente de l’islam en
          France</title>
        <figure>
          <title>La Grande Mosquée de Paris</title>
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                    <simpara>Cette illustration est mise à disposition par <link xlink:href="https://commons.wikimedia.org/wiki/File:P1110316_Paris_V_grande_mosqu%C3%A9e_de_Paris_rwk.JPG">Mbzt</link> selon les termes de la <link xlink:href="https://en.wikipedia.org/wiki/GNU_Free_Documentation_License">Licence GNU Free Documentation License.</link>
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          </mediaobject>
        </figure>

        <para>Il apparaît premièrement particulièrement intéressant d’évoquer de manière détaillée
          l’exemple de la Grande Mosquée de Paris dans la mesure où à partir de l’année 1979 en
          particulier, celle-ci fut érigée comme l’emblème même de l’intégration de l’islam en
          France et comme un lieu où l’on pouvait y rencontrer enfin « le vrai islam », loin de
          celui pratiqué par l’ayatollah en Iran.</para>
        <para>Effectivement, avec la révolution iranienne, les journalistes redécouvrirent
          subitement la Mosquée de Paris ; dès lors, un rôle médiatique primordial était confié à
          Hamza Boubakeur, père du recteur actuel, qui commentait pour les journalistes les
          actualités musulmanes et interprétait à sa manière les versets du Coran en dénonçant ce
          que les journalistes appelaient alors le « fanatisme musulman ». Comme le
          souligne parfaitement Thomas Deltombe, tous les médias trouvaient alors à la Grande
          Mosquée un « islam sur mesure, à la fois exotique et rassurant » qui valait à
          son recteur l’appellation « mon Éminence »<footnote>
            <para> Id., p.40.</para>
          </footnote>.</para>
        <para>Néanmoins, force est de constater que Hamza Boubakeur, derrière sa volonté d’ériger un
          islam parfaitement intégré en France, contribua lui-même à perpétuer certains stéréotypes
          quant à l’image du musulman. En effet, en 1974, quelques mois après la flambée de
          violences racistes envers une dizaine de Nord – Africains dans le sud – est de la France,
          l’ancien recteur de la Mosquée de Paris fut l’objet d’une vive polémique . Cette
          controverse eut pour origine une tribune du recteur dans Le Monde le 22 septembre 1973,
          tribune dans laquelle il s’appliquait à relativiser le racisme des Français : </para>

        <para>« Il serait faux et injuste d’attribuer aux Français une attitude raciste à
          l’égard des Nords – Africains ou de toute autre ethnie. Est – il besoin de dire, en toute
          logique, que les Français ne sont pas tenus de s’adapter aux faits, aux gestes, aux us et
          coutumes des étrangers, quels qu’ils soient, mais qu’il appartient à ces derniers de
          s’imposer un tel effort ? » </para>

        <para>Dans cette tribune, Hamza Boubakeur recommandait également « l’amabilité, l’oubli
          du couteau, le respect de la femme, la politesse des manières et la correction du
          langage » ce qui fit bondir un groupement d’associations musulmanes d’Ile – de –
          France qui voyaient dans ces dires la perpétuation d’une vision stéréotypée de l’islam,
          comme si cette religion était intrinsèquement violente (comme le montre ci-dessus la
          mention de « l’oubli du couteau »).</para>
        <para>De même, cette polémique soulevée par Hamza Boubakeur fut l’occasion pour certains de
          rappeler  que le statut de la Mosquée était extrêmement flou depuis la fin de la période
          coloniale : </para>

        <para>« La Mosquée de Paris subventionnée par le gouvernement français est toujours le
          dernier bastion de l’Algérie française.»<footnote>
            <para> Le Monde, 15 mars 1974.</para>
          </footnote>
                </para>
        <para>Effectivement, il était évident pour les opposants à Hamza Boubakeur que la Grande
          Mosquée de Paris continuait de donner une vision erronée de l’islam dans la mesure où cet
          édifice, bâti dans les années 1820 et inauguré en 1926 (en hommage aux 100 000 musulmans
          morts pour la France au cours de la Première Guerre mondiale) retrouvait simplement en
          1979 sur les écrans de télévision, le rôle qui fut le sien depuis sa création<footnote>
            <para> Il est intéressant de constater que cette critique était déjà présente bien avant
              la polémique déclenchée par Hamza Boubakeur ; effectivement, l’Étoile nord –
              africaine, mouvement de Messali Hadj, ironisait dès sa création sur cette
              « mosquée réclame, […] un cabaret oriental, […] fait pour les touristes, les
              ratés et les cocottes, […] bâti avec l’argent des ouvriers qui en sont exclus, […] une
              insulte à l’esprit de l’islam » (cité par Pascal Blanchard, Eric Deroo, Gilles
              Manceron, Driss El-Yazami et Pierre Fournié, Le Paris arabe, La Découverte, Paris,
              2003, p.132).</para>
          </footnote> à savoir être le « phare guidant les musulmans dans le droit
          chemin » et la « vitrine d’une France tolérante et fière de l’être »<footnote>
            <para> T. Deltombe, L’islam imaginaire, op. Cit., p.42.</para>
          </footnote>.</para>
      </sect2>
      <sect2>
        <title>Une image « du musulman » et de l’islam étant également restée empreinte de
          certains stéréotypes typiques de l’époque coloniale : du mythe orientaliste de la
          « musulmane » au mythe contemporain de la « beurette »</title>
        <para>Il apparaît enfin que malgré la présence d’institutions (telles que la Grande Mosquée
          de Paris) censées prôner l’intégration des musulmans sur le sol français, les années 80
          virent néanmoins la perpétuation de certains clichés propres à l’orientalisme classique
          décrit en première partie. Effectivement, le mythe contemporain de « la beurette »,
          synonyme de « femme facile » à la sexualité exubérante comporte de nombreuses
          analogies avec les représentations de la femme musulmane forgées par les orientalistes.
          Avec des expressions ayant été très en vogue chez les  jeunes de 12 à 25 ans telles que
          « Fais pas ta beurette »<footnote>
            <para> C.Vautier « « Fais pas ta beurette » : un documentaire se penche sur ce
              terme très connoté », Clique, 24 décembre 2016.</para>
          </footnote>, nous retrouvons ainsi selon l’historien Reinhart Kosseleck<footnote>
            <para> R.Koselleck, Le Futur passé. Contributions à la sémantique des temps historiques,
              trad. de J. et M.-C. Hoock, Paris, Éditions de l’EHESS, 1990, p.190</para>
          </footnote> plusieurs oppositions classiques à savoir Occident/Orient, Nord/Sud,
          raison/passions, élevé/bas, froid/chaud : ces paires sémantiques « antonymes » et
          « asymétriques » (étant donné que le second terme est toujours associé à quelque
          chose d’inférieur) présentent ainsi « les Orientaux rêveurs, contemplateurs et les
          Occidentaux constructeurs, producteurs », les premiers étant « inspirés » et les
          seconds « agités », les uns étant « tournés vers le passé, et les autres
          tendus vers l’avenir »<footnote>
            <para> René Maunier,  Loi française et coutume indigène en Algérie, Les éditions
              Domat-Montchrestien, Paris 1932, p.39.</para>
          </footnote>.</para>
        <para>Ce mythe contemporain de « la beurette » censé révéler témoigner d’une religion
          musulmane arriérée se retrouve particulièrement présent à la télévision française comme
          l’analyse parfaitement Thomas Deltombe<footnote>
            <para> T. Deltombe, L’islam imaginaire, op. Cit., p.67.</para>
          </footnote> en mentionnant certains journaux télévisés où il est dit par exemple qu’à
          Champigny, « les filles négocient et imposent une à une leurs envies de vivre mais
          parfois, il faut aller jusqu’à la déchirure, partir de la famille pour devenir soi-même. »<footnote>
            <para> JT de 13 heures, TF1, 5 juillet 1987.</para>
          </footnote>. Ainsi, l’idée communément répandue est que les jeunes femmes maghrébines ne
          peuvent être françaises (« devenir soi - même ») qu’à condition d’avoir rompu
          avec le cadre familial et en particulier, avec la religion de leurs parents ce qui révèle
          ainsi que le prétendu « choc des cultures » vient ainsi se loger au cœur de la
          cellule familiale immigrée. Spécialistes de l’émotion standardisée, les reporters se
          complaisent ainsi dans des mises en scène dramatisantes  (où l’on invite les filles à
          témoigner sur les plateaux de façon anonyme, où l’on filme en gros plan des lettres
          déchirantes de jeunes filles envoyées au Maroc pour y être mariées). L’idéal pour ce type
          de reportage est ainsi de dénicher des adolescentes faisant le procès à des traditions
          patriarcales « un peu trop facilement identifiées à l’islam »<footnote>
            <para> T. Deltombe, L’islam imaginaire, op. Cit., p.67.</para>
          </footnote> comme l’atteste l’extrait de journal télévisé ci-dessous : </para>

        <para>« Des mariages brisés, des mariages forcés, il y en aurait beaucoup dans les
          familles maghrébines. Les victimes, les femmes. Car ce sont les hommes qui, là – bas, ont
          le pouvoir, ce sont eux qui assurent la postérité, ce sont eux qui assurent l’honneur de
          la famille. (…) Mais aujourd’hui, beaucoup [de femmes] ne veulent plus se soumettre à une
          ligne de conduite trop contraignante.»<footnote>
            <para> JT de 13 heures, TF1, 14 mars 1989.</para>
          </footnote>
                </para>
      </sect2>
    </sect1>
    <sect1>
      <title>Les rééditions d’ouvrages islamophobes oubliés, une conséquence directe
        l’hypermédiatisation des musulmans à la suite des attentats du 11 septembre 2001</title>
      <para>Il apparaît pour finir que la troisième étape majeure dans la construction de cet objet
        « islam de France » dans les médias français (durant la période postcoloniale)
        débute avec les attentats du 11 septembre 2001 commis par les terroristes d’Al-Qaïda aux
        États-Unis. Effectivement, on observe alors un regain d’intérêt pour une littérature qui
        avait pourtant été délaissée ; la télévision présentant ces ouvrages oubliés tente dès lors
        elle aussi de réformer son vocabulaire en découpant la communauté musulmane de France en
        deux pôles : les « modérés » qu’il faudrait défendre et les
        « islamistes » contre lesquels il faudrait lutter. Néanmoins, l’amalgame est
        souvent fait entre ces deux pôles, le « musulman » étant souvent réduit ou associé
        à la figure de l’islamiste.</para>
      <para>C’est ainsi dans ce contexte initié par les attentats de 2001 que sont réhabilitées
        certaines fictions réalistes comme celle du Capitaine A et Yvon de Saint – Gouric nommée Mektoub<footnote>
          <para> Fiction publiée en 1923 aux éditions du Mercure Africain, Alger.</para>
        </footnote> qui narre les amoures malheureuses d’une Française et d’un musulman venant
        d’Algérie. A titre d’exemple, le 8 juillet 2015, sur le site d’extrême droite Jeune Nation,
        l’auteur anonyme d’une note évoquant ce roman rappelle qu’il est primordial de « se
        plonger » à nouveau « dans des livres anciens pour comprendre la situation
        actuelle (et ses conséquences) »<footnote>
          <para> « mektoub : de l’Algérie d’hier à la France d’aujourd’hui », Jeune
            Nation, 8 juillet 2015.</para>
        </footnote>.</para>
      <para>L’exemple de Henri Lammens (professeur à l’université Saint – Joseph de Beyrouth ayant
        participé à L’Encyclopédie de l’Islam parue en 1913), se révèle également être intéressant
        dans la mesure où l’activiste d’extrême droite Jean – Gilles Malliarakis publie plus de
        cinquante ans plus tard aux Éditions du Trident qu’il dirige, deux livres de cet
        intellectuel oublié. Le premier, L’Islam. Croyances et Institutions (1926) fait en effet
        l’objet de deux éditions par la maison d’édition précédemment citée (1993 puis 2014) dans le
        but de révéler ce en quoi consiste véritablement l’islam.</para>
      <para>De même, l’ouvrage Pathologie de l’Islam et les moyens de le détruire : étude
        psychologique (1897) écrit par l’essayiste Daniel Kimon (fondateur en 1889 du Cercle
        antisémitique de Jules Guérin) apparaît de nouveau publié en 2008 par une petite maison
        d’édition identitaire et nationaliste nommée les Éditions du Lore. L’étude de la préface de
        l’éditeur révèle parfaitement ce « mythe de l’islamisation » ayant refait surface
        depuis les attentats de 2001 dans la mesure où il est dit que ce livre « se doit d’être
        exhumé à l’heure où un nombre croissant de jeunes Européens se convertissent à la religion
        musulmane ». L’éditeur vante alors les mérites de Daniel Kimon qui « met en garde
        l’Europe toute entière contre le danger imminent d’une invasion à grande échelle. » et
        affirme que ce livre « au contenu fort, quasi – prophétique » mérite « d’être
        lu par tous ceux qui jugent l’heure d’une nouvelle « Reconquista» nécessaire et primordiale
        pour la survie de notre peuple. »<footnote>
          <para> D.Kimon, Pathologie de l’islam et les moyens de le détruire, (1897), Paris, Les
            Éditions du Lore, 2008, p.14, 15, 24, 32 et 145.</para>
        </footnote>.</para>
      <para>Ainsi, face à ces stéréotypes islamophobes si fortement ancrés même après l’époque
        coloniale, il s’avère pour finir nécessaire, d’étudier de plus près, comment les études
        post-coloniales, inaugurées principalement par Saïd, ont tenté en parallèle de rompre avec
        cette image essentialisée de « l’homo islamicus » que l’on retrouvait dans tous
        les médias de masse ainsi que dans certains travaux universitaires.</para>
    </sect1>
  </chapter>
  <chapter>
    <title>Les études post coloniales ou la tentative de remettre en cause les stéréotypes véhiculés
      quant à l’image essentialisée « du musulman » : présentation, approche critique et
      dépassement</title>
    <para>Pour rappel, ce dernier moment de notre exposé vise ainsi à montrer en quoi les études
      post-coloniales inaugurées principalement par Saïd ont permis de mettre au jour le fait qu’en
      dehors de la découverte de l’homme universel, toute image faite de l’Autre apparaît comme une
      représentation totalement vide. Cependant, nous tenterons également d’adopter une approche
      critique de la thèse saidienne en montrant que celle-ci n’est pas parvenue à aller jusqu’au
      bout de sa logique dans la critique de cette image figée de  l’« homo islamicus ».
      Il s’agira par conséquent en dernière instance de montrer que seul un travail de fond sur la
      notion même d’orientalisme et sur le texte sacré lui-même (c’est-à-dire sur la source
      coranique) permettent véritablement de franchir un pas supplémentaire par rapport aux
      « post-colonial studies » en rompant avec tous les stéréotypes véhiculés quant à l’islam
      du point de vue religieux.</para>
    <sect1>
      <title>Les études post-coloniales ; une rupture remarquable avec les thèses orientalistes et
        néo-orientalistes mais n’ayant toutefois pas permis de saisir pleinement ce qu’est l’islam
        « en lui-même »</title>
      <sect2>
        <title>Edward Saïd ou le coup d’envoi des études post-coloniales : présentation succincte de
          l’apport de cet universitaire</title>
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          <title>Edward Said</title>
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                    <simpara>Cette illustration est mise à disposition par <link xlink:href="https://search.creativecommons.org/photos/b0ab0835-19e8-4685-a186-318b92eff5c4">Luis Edwardo Tavares</link> selon les termes de la <link xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/">Licence
                        Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de
                        Modification 4.0 International.</link>
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        <figure>
          <title>Préface à L'Orientalisme, Edward Said)</title>
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                    <simpara>Cet enregistrement audio est mis à disposition selon les termes de la
                        <link xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/">Licence
                        Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans
                        les mêmes conditions 4.0 International</link>
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            <caption>
                            <para>
                                <link xlink:href="https://media.tremplin.ens-lyon.fr/ressources/users/CharlotteGalland/ConstructionDeLHomoIslamicus/audios/prefacesaid.mp3">Écouter en ligne au format mp3 la</link> la préface d'Edward
              Saïd</para>
                        </caption>
          </mediaobject>
        </figure>

        <para>Il convient tout d’abord de rappeler l’apport décisif d’Edward Saïd dans le champ des
          études post-coloniales dans la mesure où l’intellectuel palestino-américain permit de
          rompre avec l’image du musulman comme devant nécessairement être spectateur de sa propre
          image représentée sur la scène de l’Occident comme l’attestent ses dires ci-dessous : </para>
        <para>« L’orientalisme repose sur l’extériorité, c’est-à-dire sur ce que
          l’orientaliste, poète ou érudit, fait parler l’Orient, le décrit, éclaire ses mystères
          pour l’Occident. L’Orient ne le concerne jamais que comme cause première de ce qu’il dit.
          Ce qu’il dit et ce qu’il écrit, du fait que c’est dit ou écrit, a pour objet d’indiquer
          que l’orientaliste est en dehors de l’Orient, à la fois comme fait existentiel et comme
          fait moral. »<footnote>
            <para> E. W. Said, L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident, op. Cit., p.34.</para>
          </footnote>
                </para>
        <para>Ainsi, en tentant de rompre avec le « mythe de l’islamisation », Saïd permit
          de jouer le rôle du « fondateur de discursivité »<footnote>
            <para>Michel Foucault, « Qu’est-ce qu’un auteur ? » dans Dits et écrits I,
              Paris, Gallimard, 2001, p.832.</para>
          </footnote> ; effectivement, l’intellectuel n’apparaissait pas uniquement comme l’auteur
          de ses propres illustrations mais créait là également la possibilité et les règles de
          production pour des textes allant être écrits dans le futur. Grâce à sa manière de
          procéder pseudo-foucaldienne avec une mise en circulation entre le pouvoir et le savoir,
          Saïd mettait ainsi à la lumière le fait que toute culture identifiée , qu’elle soit celle
          de l’Autre (du musulman) ou la nôtre, est nécessairement une multiplicité réduite à
          l’unité par les mécanismes de pouvoir. L’universitaire alla ainsi dans son travail bien
          au-delà des orientalistes classiques et des néo-orientalistes dans la mesure où il fit
           remonter les premières occurrences de la notion d’Orient bien avant l’avènement de
          l’islam et avant même l’avènement du christianisme ; effectivement, dans le contexte grec,
          cette notion était identifiée à celle de « barbaros » à savoir le « non –
          grec, l’étranger, le grossier, le cruel, le non civilisé »<footnote>
            <para> Dictionnaire grec – français d’A.Bailly</para>
          </footnote>. De ce fait, son travail historique remarquable permettait de mettre au jour à
          quel point la formation de « l’image de l’Autre » comme miroir inversé était un
          processus de longue date.</para>
        <para>Selon cet intellectuel, systématiser une culture comme un ensemble différent s’avérait
          seulement pertinent dans le cadre d’une « technique de dépaysement », technique
          qui avait pour unique visée de permettre au savant « un élargissement de la prise de
          conscience de son sentiment de fraternité humaine, de l’universalité de certains principes
          du comportement humain »<footnote>
            <para>C’est quinze ans après la publication de L’Orientalisme et dans la Postface de
              1994 que Saïd va introduire explicitement cette nuance (E. W. Said, L’Orientalisme,
              l’Orient créé par l’Occident, op. Cit.).</para>
          </footnote>.</para>
      </sect2>
      <sect2>
        <title>Néanmoins, il est possible de déceler dans les travaux postcoloniaux dont ceux de
          Saïd, la présence de deux stratégies adoptées<footnote>
            <para> Nous nous appuyons ici principalement sur le chapitre V dans Orientalismes,
              Occidentalismes, à propos de l’illustration d’Edward Said, Éditions Hermann, Paris,
              2018.</para>
          </footnote> qui révèlent une incapacité à saisir pleinement ce qu’est l’islam « en
          lui-même »</title>
        <para>Effectivement, il convient de remarquer tout d’abord la présence d’une stratégie
          autobiographique où l’auteur postcolonial fait intervenir au milieu de son argument, son
          expérience de sujet oriental ou colonisé. Cette intervention a souvent lieu à un moment
          clef d’énonciation de la vérité ou du savoir et la légitimité de sa critique se soutient
          du fait qu’« il articule en sa personne l’expérience de l’Autre et le savoir du sujet occidental »<footnote>
            <para> Ibid., p.188.</para>
          </footnote>. Telle est en effet la stratégie adoptée par Saïd qui, en tant que palestinien
          arabe, prend son vécu comme témoignage de vérité. Un rapprochement avec l’antiphilosophie
          apparaît dès lors frappant dans la mesure où l’on retrouve chez un Kierkegaard<footnote>
            <para> Kierkegaard affirme en effet dans son Post – scriptum aux miettes philosophiques
              (Paris, Gallimard, 1949, p.250) qu’un savoir sur le christianisme a peut être du sens
              mais qu’il passe sans aucun doute à côté de la vérité d’être chrétien. De même,
              l’auteur postcolonial va venir affirmer qu’un savoir pur et dur sur l’islam ne pourra
              que « porter sur le concept vide de l’altérité mais jamais sur « l’être –
              Autre ».</para>
          </footnote>, un Pascal dans les Pensées, ou un Nietzsche cette mise en avant de
          l’expérience subjective comme moyen d’accès à la vérité : </para>
        <para/>
        <para>
                    <emphasis>« J’étais assis là dans l’attente - dans l’attente de rien, par-delà le
            bien et le mal jouissant, tantôt de la lumière, tantôt de l’ombre, abandonné à ce jeu,
            au lac, au midi, au temps sans but. Alors, ami, soudain un est devenu deux - Et
            Zarathoustra passa auprès de moi…»</emphasis>  </para>
        <para>Nietzsche, Appendice au Gai Savoir </para>
        <para>L’échec de cette stratégie autobiographique dans le cas des ouvrages postcoloniaux est
          parfaitement illustré avec la bande dessinée de Riad Sattouf, l’Arabe du Futur. Une
          jeunesse au Moyen – Orient (1978 – 1984) ; effectivement, dans ce « roman graphique »
          de 160 pages qui narre les six premières années de Riad Sattouf (en Libye puis en Syrie),
          le regard « innocent » du narrateur n’est en rien salvateur ; effectivement,
          l’expérience autobiographique ne sert qu’à renforcer des stéréotypes ;
          l’« Arabe » est  présenté comme sale (en témoignent les multiples rappels
          d’odeurs), violent et arriéré. </para>
        <figure>
          <title>L'Arabe du Futur</title>
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                  <legalnotice>
                    <simpara>Cette illustration est mise à disposition selon les termes du <link xlink:href="https://en.wikipedia.org/wiki/The_Arab_of_the_Future">"Fair use"
                        en basse définition</link>
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        </figure>
        <para>La relation entre le jeune Riad et sa famille paternelle syrienne est faite de
          fourberies et d’insultes et l’ami yéménite du jeune Riad en Libye est, sans surprise,
          présenté comme étant « abruti ». De ce fait, les caricatures les plus abjectes
          apparaissent légitimées d’autant plus efficacement qu’elles sont portées par un
          « moitié Arabe » ne pouvant de ce fait être accusé de racisme. Par conséquent,
          comme le souligne parfaitement Laurent Bonnefoy dans un article consacré à cette
          publication, il n’y a pas là une grande différence concernant l’image du musulman « entre
           la lepénisation des esprits, la vulgate zemmourienne et les stéréotypes véhiculés dans
          cette bande dessinée »<footnote>
            <para> Laurent Bonnefoy « « l’Arabe du Futur » ou la force des
              préjugés », Orient XXI, 23 janvier 2015.</para>
          </footnote>. </para>
        <figure>
          <title>Riad Sattouf</title>
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                    <simpara>Cette illustration est mise à disposition par <link xlink:href="https://search.creativecommons.org/photos/70debd87-1361-4b16-9d34-dd4502db3ba9">Selbymay</link> selon les termes de la <link xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/">Licence
                        Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de
                        Modification 4.0 International.</link>
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          </mediaobject>
        </figure>
        <para>La seconde stratégie à l’illustration dans la plupart des travaux postcoloniaux est
          celle de la « stratégie exemplifiante »<footnote>
            <para> Orientalismes, Occidentalismes, à propos de l’illustration d’Edward Said,
              op. Cit., p.190.</para>
          </footnote> où les auteurs ont tendance à un moment du développement à introduire un récit
          dans le discours pour en tirer une vérité sur la singularité postcoloniale. Dès lors, la
          vérité de celui qui est singulièrement différent surgit dans le discours sous la forme
          d’un récit (même lorsqu’il s’agit d’un récit autobiographique) ; le récit de l’Autre
          devient alors l’exemple et produit un « effet de vérité ». De ce fait, à travers ce
          passage fonctionnant comme une parenthèse, le discours postcolonial met précisément entre
          parenthèses la singularité et la référence véridique de l’Autre pour que la présence de
          l’Autre dans le discours du savoir fasse l’effet de vérité. Le récit introduit dans le
          discours postcolonial peut être celui de « l’informateur autochtone »<footnote>
            <para> Terme emprunté à Spivak dans A Critique of Postcolonial Reason, Harvard
              University Press, 1999,  p. 4-5.</para>
          </footnote> ou « native informant »</para>
        <para>qui offre la possibilité dès lors pour l’occidental d’esquisser les traits de ce qu’il
          conçoit comme son Autre. Dès lors, la figure de l’informateur permet de biffer l’écart
          entre les deux sens de la représentation à savoir, représenter au sens de darstellen (re –
          présenter) et représenter au sens de vertreten (être mandataire ou porte – parole de
          quelqu’un) mais ne contribue nullement à rompre pleinement avec ce « mythe de
          l’islamisation » (pour reprendre l’ouvrage éponyme de Raphaël Liogier).</para>
      </sect2>
    </sect1>
    <sect1>
      <title>Dépasser les études post-coloniales pour tenter au mieux de rompre avec le « mythe
        de l’islamisation » : esquisse de quelques approches possibles</title>
      <sect2>
        <title>La nécessité pour quiconque entreprend une étude sur « le musulman » de
          reconnaître pleinement son « désir de passer – par - l’Autre »<footnote>
            <para> Expression que nous empruntons ici au chapitre V dans Orientalismes,
              Occidentalismes, à propos de l’illustration d’Edward Said, op. Cit.</para>
          </footnote>
                </title>
        <para>Il s’avère en dernière instance, particulièrement intéressant de s’appuyer sur le
          chapitre V de l’illustration Orientalismes, Occidentalismes, à propos de l’illustration
          d’Edward Saïd, dans la mesure où Anoush Ganjipour tente, à travers la présentation du
          dilemme propre au discours postcolonial, de proposer un dépassement de ce discours devant
          permettre aux futurs travaux de mieux saisir ce qu’est l’islam et ce qu’est la
          civilisation musulmane.</para>
        <figure>
          <title>Orientalismes, Occidentalismes, dirigé par Makram Abbès et Laurent
            Dartigues</title>
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                    <simpara>Cette illustration est mise à disposition par <link xlink:href="http://cercc.ens-lyon.fr/spip.php?article743">ENS-Lyon</link>
                      selon les termes de la <link xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/">Licence
                        Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de
                        Modification 4.0 International.</link>
                    </simpara>
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              </imagedata>
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          </mediaobject>
        </figure>
        <para>Effectivement, il apparaît selon cet universitaire que le discours postcolonial est
          confronté à un dilemme majeur ; d’un côté, ce discours peut se définir comme une critique
          interne du discours du savoir occidental (critique qui oscille entre d’un côté la
          revendication d’un humanisme élargit et de l’autre, la négation de tout savoir se
          prétendant capable de saisir l’humanité singulière de l’Autre). De l’autre côté, ce même
          discours postcolonial a également la possibilité d’assumer qu’il n’est rien d’autre qu’une
          « une certaine antiphilosophie »<footnote>
            <para> Anoush Ganjipour précise que toute approche post – coloniale souhaitant rester en
              dessous de ce dilemme risque inévitablement de tomber dans le « fétichisme de la
              différence » qui apparaît comme la figure inversée du narcissisme chez celui qui
              s’érige en Autre de l’Occident (Saïd en effet devenait  de plus en plus conscient de
              ce danger vers la fin de sa vie).</para>
          </footnote>.</para>
        <para>Dès lors, l’universitaire élabore une proposition permettant de dépasser ce dilemme
          propre au discours postcolonial à savoir reconnaître pleinement le « désir du
          sujet »  de  « passer – par - l’Autre ». Effectivement, « est Autre
          celui dont la présence inquiète par son étrangeté le sujet de savoir et son savoir »<footnote>
            <para> Orientalismes, Occidentalismes, à propos de l’illustration d’Edward Said,
              op. Cit., p.196.</para>
          </footnote>. En reprenant ainsi le terme freudien d’inquiétante étrangeté (Unheimliche),
          Anoush Ganjipour montre dès lors qu’un sujet appartient à la classe paradoxale de l’Autre
          lorsque sa représentation par un autre sujet va venir questionner chez ce dernier son
          sentiment du chez soi (das Heimische). De ce fait, « être inquiété par l’Autre »
          apparaît être une condition nécessaire pour la transformation de l’individu en sujet de
          savoir et franchir ce pas permet de  « dépasser le discours que proposait Saïd dans
          l’Orientalisme » : bien que la critique du pouvoir impérial ainsi que de
          l’institution universitaire ne perde aucunement sa pertinence historique, il s’agit
          néanmoins, par delà cette critique, de reconnaître pleinement le « désir du sujet
          orientaliste » c’est – à – dire son « désir de passer – par - l’Autre ». Dès
          lors, il devient possible de parler du désir réciproque qui travaille l’Oriental, désir de
          devenir à son tour le sujet de savoir, c’est – à – dire un occidentaliste. Une telle
          vision permet ainsi de donner lieu à deux types d’orientalismes<footnote>
            <para> Deux ans avant l’ouvrage de Said, Abdelkébir Khatibi (Abdelkébir Khatibi, « 
              L’orientalisme désorienté » (1976), repris dans Maghreb pluriel, Paris, Denoël,
              1983, p. 113 – 145) publiait un texte où il distinguait deux types
              d’orientalisme.</para>
          </footnote> ; le premier correspondant à un « orientalisme vulgaire » se demande pour
          justifier son rapport de domination « Pourquoi les Arabes ? » et ne fait dès lors que
          perpétuer une vision essentialisée de la religion musulmane. Le second quant à lui
          remplace la question initiale par « Pourquoi les Arabes, et non pas le
          rien ? » ; selon Khatibi (dans l’illustration mentionnée ci-dessous), à un niveau se
          voulant forcément métaphysique, l’orientaliste s’interroge dès lors sur la signification
          de son passage – par – l’Autre et par la suite, il lui revient de se demander pourquoi il
          doit passer par cet Autre particulier nommé l’Arabe. Par conséquent, on retrouve là le
          lieu où voit le jour la « pensée autre » qui correspond à  une pensée provenant
          des « interpénétrations dissymétriques et contingentes de l’Occidental et de
          l’Oriental ». Cette pensée n’est dès lors « ni tout à fait occidentale ni simplement
          identifiable au nom de l’Orient » et exige de prêter une oreille attentive à ce que
          dit sa propre métaphysique lorsqu’elle parle la langue de l’Autre.</para>
        <figure>
          <title>Lecture d'une partie du chapitre d'Anish Ganjipour</title>
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                    <year>2021</year>
                    <holder>Charlotte Galland</holder>
                  </copyright>
                </info>
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                    <year>2021</year>
                    <holder>Charlotte Galland</holder>
                  </copyright>
                  <legalnotice>
                    <simpara>Cet enregistrement audio est mis à disposition selon les termes de la
                        <link xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/">Licence
                        Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans
                        les mêmes conditions 4.0 International</link>
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          </mediaobject>
          <caption>
                        <para>
                            <link xlink:href="https://media.tremplin.ens-lyon.fr/ressources/users/CharlotteGalland/ConstructionDeLHomoIslamicus/audios/anoush.mp3">Écouter en ligne au format mp3 la</link> un chapitre d'Anish
            Ganjipour</para>
                    </caption>
        </figure>

      </sect2>
      <sect2>
        <title>Revenir à la source coranique elle-même, un autre moyen permettant de dépasser les
          études postcoloniales et de rompre définitivement avec l’idée d’un islam fondamentalement
          violent</title>
        <para>Il s’agit pour finir de montrer qu’une véritable rupture avec la vision essentialisée
          de l’image du musulman ne peut que s’effectuer en revenant sur l’interprétation de
          certains passages du texte coranique lui-même. Effectivement, force est de constater que
          rares furent les travaux postcoloniaux qui entreprirent une réelle relecture du Coran pour
          mettre au jour le fait que la domination masculine ou encore la violence ne sont nullement
          des traits inhérents à l’islam lui-même.</para>
        <para>A ce titre, il apparaît donc particulièrement intéressant de convoquer Amina Wadud et
          son illustration Qur’an and Woman: Rereading the Sacred Text from a Woman’s Perspective<footnote>
            <para> A. Wadud, Qur’an and Woman: Rereading the Sacred Text from a « Woman’s
              Perspective », Oxford, Oxford University Press, 1999.</para>
          </footnote>, illustration dans laquelle la féministe entreprend de manière minutieuse une
          relecture de certains versets polémiques du Coran pour tenter de rompre avec les
          stéréotypes véhiculés quant à l’islam tel que : </para>
        <blockquote>
          <attribution>Houria  Abdelouahed, <citetitle>Les Femmes du
            prophète</citetitle>
                    </attribution>
          <epigraph>
            <para>« Comment peut-on en venir à parler de féminisme islamique ? Féministe et
              musulmane, je veux bien : qu'une femme n'ait pas envie d'ébranler toutes les assises
              identitaires, je peux comprendre. Mais féministe et islamique, je n'y crois pas.
              Certains versets se prêtent à interprétations, pas d'autres. Lorsqu'un verset dit : « 
              Battez-les si elles continuent à être insoumises », qu'on le veuille ou non, le verbe
              battre, ne se prête pas à de multiples interprétations. » </para>
          </epigraph>
        </blockquote>

        <para>Face à de telles affirmations, il apparaît ainsi nécessaire de convoquer l’analyse
          proposée par Amina Wadud dans la mesure où celle-ci rompt premièrement avec la conception
          soutenant que l’islam prône une supériorité de l’homme sur la femme. </para>
        <figure>
          <title>Amina Wadud</title>
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                    <simpara>Cette illustration est mise à disposition par "<link xlink:href="https://search.creativecommons.org/photos/0bd40192-ede2-4880-91dc-c2b24845e569">Oregon state University"</link> selon les termes de la <link xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/">Licence
                        Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de
                        Modification 4.0 International.</link>
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              </imagedata>
            </imageobject>

          </mediaobject>
        </figure>
        <para> Pour démontrer que cela n’est nullement le cas, Amina Wadud entreprend alors une
          analyse du terme « Darajah » (traduit souvent par « degré »,
          « niveau ») et montre que le Coran a juste précisé certains points comme le fait
          que tous les actes accomplis avec la «  taqwa » (avec piété, avec une forme de
          « crainte révérencielle ») ont plus de valeur. De même, le Coran établit qu’une
          distinction peut être faite sur la base de la connaissance (verset 11, sourate 58 :
          « Allah élèvera en degrés ceux d’entre vous qui auront cru et ceux qui auront reçu le
          savoir »). Concernant l’unique verset qui distingue le darajah entre l’homme et la femme
          (verset 228, sourate 2 : « Les femmes divorcées doivent observer un délai d’attente de
          trois menstrues ; et il ne leur est pas permis de taire ce qu’Allah a créé dans leurs
          ventres, si elles croient en Allah et au Jour dernier. Et leurs époux feraient mieux de
          les reprendre pendant cette période s’ils désirent la réconciliation. Quant à elles, elles
          ont des droits équivalents à leurs obligations conformément à la bienséance. »),
          Amina Wadud souligne que le contexte de discussion concerne uniquement ici le divorce ;
          l’avantage que les hommes ont est d’être individuellement capable de demander le divorce
          sans assistance. Le divorce est accordé à la femme seulement après l’intervention d’une
          autorité (comme celle d’un juge). Cependant, la féministe insiste sur le fait que ce droit
          correspondait au contexte historique particulier au temps de la révélation (« men did
          have this power) et que des réformes étaient par conséquent parfaitement envisageable par
          la suite.</para>

        <para>De même, face à la fin du verset 34 de la sourate 4 (« Les femmes vertueuses sont
          obéissantes (qanitat) et protègent ce qui doit être protégé avec la protection d’Allah. Et
          quant à celles dont vous craignez la désobéissance (nushuz), exhortez les, éloignez vous
          d’elles dans leurs lits et frappez les (daraba) »), Amina Wadud souligne que le mot « 
          qanitat » fut trop souvent interprété comme impliquant l’idée d’obéissance au mari. Or,
          pour cette féministe, ce terme désigne en réalité un trait caractéristique des croyants
          applicable aussi bien à l’homme qu’à la femme ; ceux-ci doivent simplement être
          coopératifs entre eux (ce qui se distingue de la simple obéissance entre les êtres humains
          qui est quant à elle indiquée par le mot « ta’a »). Concernant le verbe
          « frapper » utilisé dans la traduction française à la fin de ce verset étant
          apparu si polémique, Amina Wadud rappelle que le terme initial, « daraba »,
          n’est pas forcément lié à une action violente (comme il est le cas avec la phrase
          « daraba Allah mathalan » signifiant « Allah donne un exemple »). Seul le terme
           « darraba» avec deux « r » suggère l’idée de frapper intensément et de manière
          répétée ce qui montre bien, la confusion à l’illustration dans un bon nombre de
          traductions ayant propagé la vision d’un islam essentiellement violent.</para>
        <figure>
          <title>Amina Wadud, entretien pour le journal Libération en 2005</title>
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                    <year>2021</year>
                    <holder>Charlotte Galland</holder>
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                    <holder>Charlotte Galland</holder>
                  </copyright>
                  <legalnotice>
                    <simpara>Cet enregistrement audio est mis à disposition selon les termes de la
                        <link xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/">Licence
                        Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans
                        les mêmes conditions 4.0 International</link>
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          <caption>
                        <para>
                            <link xlink:href="https://media.tremplin.ens-lyon.fr/ressources/users/CharlotteGalland/ConstructionDeLHomoIslamicus/audios/amina.mp3">Écouter en ligne au format mp3 l'</link>entretien d'Amina Wadud</para>
                    </caption>
        </figure>

      </sect2>
    </sect1>
  </chapter>
  <chapter>
    <title>Conclusion</title>
    <para>Ainsi, l’étude de l’orientalisme classique (dont les représentations avaient néanmoins
      débuté bien avant avec les discours chrétiens au Moyen-Age et durant la période amorcée par la
      Réforme) permettait de révéler une vision essentialisée de l’islam ; effectivement, cette
      religion apparaissait chez beaucoup d’orientalistes comme « une manière d’être, de
      sentir, de comprendre, un tempérament (...) une psychologie » qui créait « par
      derrière toutes les apparences secondaires d’européanisation un profond refus de toute assimilation »<footnote>
        <para>Propos de Louis Chevalier en 1947 cités p.265 dans O. Le Cour Grandmaison,
          « Ennemis mortels », représentations de l’islam et politiques en France à
          l’époque coloniale, op. cit.</para>
      </footnote>. La définition proposée par Saïd de l’orientalisme mettait dès lors à la lumière
      l’ancrage intellectuel d’un tel courant ; en effet, l’étude d’un universitaire tel que Ernest
      Renan qui voyait dans l’islam une religion incompatible avec le progrès permettait de mieux
      comprendre la permanence des représentations figées de la religion musulmane dans les années
      postérieures ; effectivement, il était intéressant dans un second moment de centrer notre
      attention sur ce néo-orientalisme à l’illustration dans les médias de masse tels que la
      télévision qui présentait bien souvent une image fluctuante « du musulman ». Cette
      « puissance prescriptive de la parole journalistique »<footnote>
        <para>Ingrid Riocreux <emphasis>La langue des médias</emphasis>, <emphasis>Destruction du
            langage et fabrication du consentement, </emphasis>
                    <emphasis>L’artilleur, Éditions du
            Toucan, 2016.</emphasis>
                </para>
      </footnote> montrait ainsi que la vision portée sur l’islam du point de vue religieux
      dépendait entièrement de l’actualité (comme l’illustraient la révolution iranienne de 1979 ou
      encore les attentats du 11 septembre 2001). Malgré la création d’un « islam en France »
      qui était censé être incarné du point de vue institutionnel par La Grande Mosquée de Paris, il
      apparaissait d’autre part clair que certains préjugés propres à l’époque coloniale
      perduraient. Effectivement, la perpétuation de ces stéréotypes était on ne peut plus visible
      avec l’étude du mythe contemporain « de la beurette », mythe révélant une mutation de
      l’image de l’« orientale » présente chez certains écrivains du
        XIX<superscript>e</superscript>siècle comme Guy de Maupassant ou Gustave Flaubert.</para>
    <para>Il était donc primordial dans un dernier temps, face à l’énumération de ces nombreux
      traits censés caractériser de manière atemporelle « l’homo islamicus », de se tourner vers
      les études postcoloniales, études qui avaient le mérite de dénoncer les mécanismes de
      domination à l’illustration dans l’orientalisme sous toutes ses formes ; l’étude de la thèse
      saidienne permettait ainsi grâce à son approche pseudo-foucaldienne, de réaliser que  toute
      culture identifiée était nécessairement une multiplicité réduite à l’unité par les mécanismes
      de pouvoir. Néanmoins, il était intéressant dans un second moment d’adopter une distance
      critique vis-à-vis des dires de cet universitaire palestino-américain dans le but de montrer
      que la « stratégie autobiographique » dont il usait abondamment ainsi que la
      « stratégie exemplifiante » se servant de « l’informateur autochtone » révélaient une
      incapacité à rompre pleinement avec le « mythe de l’islamisation ». Dès lors, la
      présentation de quelques approches possibles permettant de dépasser le stade des
      « post-colonial studies » s’avérait doublement intéressante ; premièrement, l’étude
      d’Anoush Ganjipour et de Abdelkébir Khatib permettait, en reprenant le concept freudien
      d’inquiétante étrangeté, de montrer qu’il était possible de procéder à une redéfinition de
      l’orientalisme ; dès lors, celui-ci, en reconnaissant son « désir-de – passer – par
      l’Autre », provenait des interpénétrations dissymétriques et contingentes de l’Occidental
      et de l’Oriental et se détachait ainsi d’une image essentialisée de l’islam. L’étude de
      l’illustration d’Amina Wadud deuxièmement, apportait un nouvel éclairage en montrant que seul
      un retour sur l’interprétation du Coran lui-même permettait véritablement de rompre avec tous
      les stéréotypes véhiculés quant à l’islam ; effectivement, sa relecture minutieuse de certains
      versets polémiques du texte coranique révélait le primat de l’interprétation déjà évoqué en
      introduction,  cette «  interprétation diverse des mêmes mots par des êtres de mentalité
      dissemblable » qui est si souvent la « cause fréquente de luttes historiques » pour
      reprendre les dires de l’anthropologue Gustave Le Bon.</para>
  </chapter>
  <chapter>
    <title>Bibliographie</title>
    <sect1>
      <title>Illustrations</title>
      <para>Image de couverture, Marie Antoinette Izart – La tasse de café; Domaine public <link xlink:href="https://www.flickr.com/photos/repolco/32815641333">https://www.flickr.com/photos/repolco/32815641333</link>
            </para>
      <para>Ernest Renan, Creative Commons par Fæ, <link xlink:href="https://search.creativecommons.org/photos/bf01236e-4535-4b0c-b7f1-72b3e4e1d22e"/>
            </para>
      <para>Michel Foucault, Domaine Public <link xlink:href="https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Michel_Foucault_1974_Brasil.jpg">https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Michel_Foucault_1974_Brasil.jpg</link>
            </para>
      <para>Edward Saïd, Creative Commons <link xlink:href="https://search.creativecommons.org/photos/b0ab0835-19e8-4685-a186-318b92eff5c4"/>
            </para>
      <para>Amina Wadud Oregon State University <link xlink:href="https://search.creativecommons.org/photos/0bd40192-ede2-4880-91dc-c2b24845e569"/>
            </para>
      <para>"Harem Beauty" par Adrien Henri Tanoux, Sofi01 <link xlink:href="https://search.creativecommons.org/photos/3801d14a-2340-49a8-b77b-9a776830235a"/>
            </para>
      <para>La Grande mosquée, Licence Free GNU <link xlink:href="https://commons.wikimedia.org/wiki/File:P1110316_Paris_V_grande_mosqu%C3%A9e_de_Paris_rwk.JPG">https://commons.wikimedia.org/wiki/File:P1110316_Paris_V_grande_mosqu%C3%A9e_de_Paris_rwk.JPG</link>
            </para>
      <para>Riad Sattouf, Creative Commons, <link xlink:href="https://search.creativecommons.org/photos/70debd87-1361-4b16-9d34-dd4502db3ba9"/>
            </para>
      <para>L'arabe du Futur, Fair Use, <link xlink:href="https://en.wikipedia.org/wiki/The_Arab_of_the_Future"/>
            </para>
      <para>L'ayayllah Khomeini, Public Domain, <link xlink:href="https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Roollah-khomeini.jpg">https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Roollah-khomeini.jpg</link>
            </para>
      <para>L'orientalisme par Makram Abbès : <link xlink:href="http://cercc.ens-lyon.fr/spip.php?article743">http://cercc.ens-lyon.fr/spip.php?article743</link>
            </para>
      <para>Allouma, Creative Commons, <link xlink:href="https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Maupassant_-_La_Main_gauche,_Ollendorff,_1899.djvu/11"/>
            </para>
    </sect1>
    <sect1>
      <title>Ouvrages en version papier consultés</title>
      <para>Austin J.L., Quand dire, c’est faire, Seuil, Paris, coll. « Points Essais »,
        1991.</para>
      <para>Deltombe Thomas, L’islam imaginaire, La construction médiatique de l’islamophobie en
        France au XXe siècle, La Découverte, Paris, coll. « Poche/Essais », 2007.</para>
      <para>Hajjat Abdellali et Marwan Mohammed, Islamophobie, comment les élites française
        fabriquent le « problème musulman », La Découverte, Paris, 2013.</para>
      <para>Husserl Edmund, La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale,
        Gallimard, Paris, coll. « Tel », 1989.</para>
      <para>Le Cour Grandmaison Olivier, « Ennemis mortels », représentations de l’islam
        et politiques en France à l’époque coloniale, La Découverte, Paris, 2019.</para>
      <para>Liogier Raphael, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, Seuil,
        Paris, 2012.</para>
      <para>Mernissi Fatima, Le Harem politique, Albin Michel, Paris, 1987.</para>
      <para>Platon, Phédon, Monique Dixsaut (trad.), Flammarion, Paris, coll. « GF »,
        1999.</para>
      <para>Said Edward W., L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident, Catherine Malamoud
        (trad.), Seuil, Paris, coll. « Points Essais », 2005.</para>
      <para>Wadud Amina, Qur’an and Woman: Rereading the Sacred Text from a « Woman’s
        Perspective », Oxford, Oxford University Press, 1999.</para>
      <para>Orientalismes, Occidentalismes, à propos de l’illustration d’Edward Said, Éditions
        Hermann, Paris, coll. « Échanges littéraires », dirigé par Laurent Dartigues et
        Makram Abbès, 2018.</para>
      <para/>
    </sect1>
    <sect1>
      <title>Pages web consultées</title>
      <para>Bonnefoy Laurent, « “L’Arabe du futur” ou la force des préjugés - Une bande
        dessinée marquée par les stéréotypes », sur Orient XXI, 23 janvier 2015 (en ligne :
          <link xlink:href="https://orientxxi.info/lu-vu-entendu/l-arabe-du-futur-ou-la-force-des-prejuges,0784">https://orientxxi.info/lu-vu-entendu/l-arabe-du-futur-ou-la-force-des-prejuges,0784</link> ;
        consulté le 27 novembre 2020).</para>
      <para>Murphy Maureen, Zahia Rahmani, Todd Shepard, Elvan Zabunyan et Rémi Labrusse,
        « Arts, violences, identités : l’apport des études postcoloniales », Perspective,
        no 1, 2012, p. 56-69.</para>
      <para>Pageaux Daniel-Henri et Christine Peltre, « Orientalisme, art et
        littérature », Encyclopædia Universalis, (en ligne : <link xlink:href="http://www.universalis.edu.com/encyclopedie/orientalisme-art-et-litterature/">http://www.universalis.edu.com/encyclopedie/orientalisme-art-et-litterature/</link> ;
        consulté le 28 décembre 2020).</para>
      <para>Peltre Christine, « L’Étude des arts musulmans : une “création occidentale” »,
        no 1, 2009 (en ligne : <link xlink:href="http://journals.openedition.org/actesbranly/225">http://journals.openedition.org/actesbranly/225</link>" ; consulté le 28 décembre
        2020).</para>
      <para>« Amina Wadud », dans Wikipedia, 21 août 2020 (en ligne : <link xlink:href="https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Amina_Wadud&amp;amp;oldid=974128612">https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Amina_Wadud&amp;oldid=974128612</link> ;
        consulté le 3 décembre 2020).</para>
      <para>« L’islam, objet médiatique », (en ligne : <link xlink:href="http://islam-objet-mediatique.fr">http://islam-objet-mediatique.fr</link> ;
        consulté le 27 novembre 2020).</para>
    </sect1>
  </chapter>

</book>